- LIVRES août et Septembre 2017 -
 
 


 

Réédition de Pieds nus dans l’aube

Le 27 octobre prochain on pourra voir l’adaptation cinématographique de ce classique de notre littérature, Pieds nus dans l’aube de Félix Leclerc pour lequel côté casting, on verra Roy Dupuis.. Qui donnera le goût sans doute à certains de revenir au roman et de comparer si le film est fidèle à l’esprit du livre. La maison Fides a eu l’idée géniale de profiter de cette opportunité pour rééditer ce titre. Car on aura retenu de Leclerc, le barde qui a conquis la France dans les années cinquante, et qui de ce fait est devenu un géant chez nous. Qui a relégué un peu dans l’ombre son activité littéraire. C’est d’autant plus important que Pieds nus dans l’aube est le premier roman de Leclerc. Tout tourne autour de la vision qu’un enfant peut avoir du monde adulte et le côté initiatique de ce passage. La réédition est en poche dans la collection Biblio.

Pieds nus dans l’aube. Félix Leclerc. Fides 234p.   


 


 

Un essai majeur sur le roman dans la famille littéraire

François Dumont est un essayiste de grand talent et coauteur de l’Histoire de la littérature québécoise chez Boréal qui fait autorité. Cette fois il nous gratifie d’une réflexion sur la vérité du roman dans L’ombre du roman. Comme c’est le cas des ouvrages un peu pointu et pour respecter l’intention première de l’auteur nous reproduisons ici la quatrième de couverture. « Le roman est aujourd'hui le seul genre à témoigner d'une certaine présence de la littérature. En général, quand un essai est commenté, c'est en tant que discours idéologique ; si on s'intéresse aux cahiers et carnets, c'est pour mieux connaître leur auteur ; quand la poésie circule au-delà de son cercle restreint, c'est qu'elle est devenue chanson. La nouvelle ou le récit profitent à l'occasion de leur parenté avec le roman, mais la littérature non narrative n'est jamais à l'avant-plan. Or, considérer l'arrière-plan permet de voir autrement la littérature - et le roman lui-même quand il est littéraire. »  Nous apprécierons le cas d’espèce qu’il fait de l’ex critique du Devoir, très contesté, Jean-Pierre Issenhuth. Rare sont les critiques d’ici qui font l’objet d’une analyse.

L’ombre du roman. François Dumont. Nota Bene 264p.    www.groupenotabene.com


 


 

Ceux qui ont réhabilité Sade

D’auteur maudit qu’on a enfermé d’abord à la Bastille puis chez les déments, le marquis de Sade dont les œuvres se sont retrouvées dans les « enfers » des bibliothèques pour cause d’amoralité sexuelle, a trouvé à la fin du XIXème une circulation clandestine de sa littérature, puis d’ardents défenseurs au siècle suivant. Et c’est une sacrée brochette de gens en renom qui ont voulu chacun à leur façon réhabiliter le divin marquis, et pas des moindres allant d’Apollinaire à Georges Bataille. Et pour prendre la mesure de cette reconversion, un bel essai nous arrive, parmi les merveilleuses surprises de cette rentrée du livre  signé Michaël Trahan « La postérité du scandale ».  Ce dernier surtout connu comme poète en est ici avec son premier essai. Ça promet. Il revient sur les années allant de 1909 à 1939. Nous saluerons ce véritable travail de bénédictin pour nous faire connaître ce chapitre méconnu de l’histoire des lettres françaises. Et qui allait ensuite donner libre cours à une floraison d’ouvrages en tout genre sur la vie et l’œuvre de celui dont le patronyme a donné naissance au mot sadisme.

La postérité du scandale. Michaël Trahan. Nota Bene
224p.     www.groupenotabene.com.


 


 

Décryptage de l’ascension fulgurante d’Emmanuel Macron

Ce n’est pas rien. Aussitôt devenu le nouveau locataire de l’Élysée, Emmnauel Macron a tenu à s’identifier comme un président jupitérien, ce qui n’est pas peu dire du niveau d’estime qu’il se porte d’une part et comment il entend régner à son poste. Et déjà son autoritarisme lui a valu une chute vertigineuse dans les récents sondages. Les français reprochaient à Hollande son peu de goût pour le style monarque, mais s’ils en réclamaient un, il ne faut pas qu’il le soit trop quand même. Macron se veut en quelque sorte comme une sorte de dauphin d’un De Gaulle, chargé d’une mission. Mais même s’il brasse la cage, le leader de la France en marche fait secrètement l’admiration de ses ennemis politiques, médusés qu’ils sont par l’ascension fulgurante de cette personnalité dans le paysage politique, lui qui a surfé habilement sur la droite et la gauche, transcendant les clivages habituels et réduisant à néant le deuxième courant politique. Pour mieux prendre en compte cette destinée exceptionnelle, un ouvrage parait, Emmanuel Macron, les coulisses d’une victoire de François-Xavier Bourmaud. Il est grand reporter au service politique du Figaro. Ce n’est pas la première fois qu’il s’intéresse à Macron puisqu’il lui a consacré une biographie l’an dernier « Le banquier qui voulait être roi » chez le même éditeur l’Archipel. Dire qu’il a bien potassé son sujet est un euphémisme.

Emmanuel Macron, les coulisses d’une victoire. François-Xavier Bourmaud.
L’Archipel 274p. www.editionsarchipel.com


 


 

70ème anniversaire du crash de la soucoupe de Roswell
C’est une des grandes énigmes touchant à la question de la présence ou non des extraterrestres. Il s’agit de l’affaire Roswell du nom de cette localité du Nouveau-Mexique où supposément s’écrasa un engin volant non identifié le 8 juillet 1947. Depuis ce temps, cette histoire a enflammé les imaginations les plus diverses. Il y a un ufologue qui a consacré toute sa vie à cette aventure hors de l’ordinaire c’est Gildas Bourdais qui a consacré deux précédent livres sur le sujet. Il lance maintenant son troisième Roswell la vérité qui fait le point sur les derniers faits entourant ce fait. Pour ne pas gâcher votre plaisir on ne vous en donnera pas la conclusion. Mais il y a le témoignage troublant à la toute fin d’un astronaute américain. On ne vous en dit pas plus. Mais pour ceux que ça passionne, vous avez là du pur bonbon.

Roswell la vérité. Gildas Bourdais. Presses du Châtelet 270p.   www.pressesduchatelet.com

  


 


 

De belles variations criminelles

Par le passé Richard Migneault nous a donné « Crimes à la librairie » et « Crimes à la bibliothèque ». Dans les deux cas, le principe de la démarche est la suivante,  savoir de demander à un aréopage de bons auteurs d’imaginer des crimes dans un décor donné. Ce qui nous a valu les ouvrages précités. Ce qui a eu l’heur de trouver un public tant en France qu’ici, puisqu’il récidive en passant commande à dix-huit auteurs de concocter un crime à leur goût cette fois avec pour théâtre un musée. Ça donne donc au final Crimes au musée. Et c’est formidable de voir comment les sollicités ont sauté à pieds joints dans cet exercice de style qui est à la littérature ce que les variations sont à la musique. Difficile de départager les meilleures nouvelles qu’on y trouve. Ils sont tous bons et ce pourrait faire un joli film à sketches comme on en faisait autrefois au cinéma italien notamment. Amateurs de polars vous allez vous délecter. Ça se déguste à la petite cuillère.

Crimes au musée. Collectif sous la direction de Richard Migneault. Druide 340p.    www.editionsdruide.com


 


 

De l’altruisme morbide teinté de cynisme

e, on connaît peu les auteurs de chez nous anglo-saxon. Chez Flammarion Québec on corrige le tir avec un désopilant romancier canadien Trevor Cole dont c’est le premier livre traduit en français « L’Eugénie pratique ». Attention! Qu’on ne s’y méprenne pas. Ce n’est pas une analyse de la championne de tennis Eugénie Bouchard. C’est une histoire déjantée d’une jeune femme qui vit dans un petit bourg nommé Kotemee. Elle aura la douleur de voir sa mère mourir du cancer. Une longue et pénible agonie. Et qui développe chez sa fille survivante, une sorte de remords. Ele aurait souhaitée pouvoir abréger ses souffrances. Le tout virera à l’obsession au point où elle « activera » le départ dans l’Au-delà de ses amies se trouvant dans la même situation de fin de vie. Vous dire comme c’est drôle. Pas étonnant que le romancier à l’humour très british se soit vu décerner le prix Stephen-Leacock pour ce titre. Et quiconque nous fait rire comme lui, est un bienfaiteur de l’humanité. C’est le meilleur tonique contre les vicissitudes de l’existence.

L’Eugénie pratique. Trevor Cole. Flammarion Québec 364p.    www.flammarion.qc.ca


 


 

Pour le grand plaisir de lire

Dans la collection « Écarts » des éditions Druide, le onzième roman de Yolande Villemaire « Le rose des temps ». Normand de Bellefeuille qui dirige la collection et fin lettré, a dû prendre un immense plaisir à lire le manuscrit, non pas pour la trame narratrice, car l’histoire va dans toutes les directions (à prendre dans un sens positif) mais par la manière qu’à l’auteure à s’exprimer sur les choses à travers la protagoniste qui a pour prénom Viviane et qui s’intéresse au rapport avec le temps, tout comme la romancière d’ailleurs. On y aborde la non réincarnation du Dalaï-lama, la civilisation de la Haute-Égypte, des observations de baleine, la vie chez les Aztèques et quoi encore. Difficile à qualifier, mais quel bonheur de parcourir ces pages qui indiquent que l’écrivaine possède une vaste culture générale qu’elle met à contribution. Au sortir de l’ouvrage, le lecteur est plus intelligent que lorsqu’il y est entré. Comme dans un roman initiatique.

Le rose des temps. Yolande Villemaire. Druide 486p.   www.editionsdruide.com

 


 


 

Un thriller dans le monde des affaires

Dans le règne animal on sait tenir son rang. Un petit animal sait d’instinct qu’il ne s’en prendra pas à un grand fauve. Il en va ainsi dans le monde des affaires où c’est la loi du plus fort qui règne en maître et où la seule chose stable c’est le changement. S’il y en a un qui connaît bien les arcanes des hautes directions d’entreprises c’est Éric de Belleval qui est une pointure, lui qui a dirigé entre autres la Fondation du groupe pétrolier français Elf. Ila passé au total deux décennies dans la grande entreprise. Il nous donne à lire Libre-échange titre opportun s’il en est un par les temps qui courent. Avec comme personnage central, un dénommé Alan Schwartz numéro deux d’une multinationale canadienne, la Beta Gold Corporation. Il s’observe entre le départ d’un précédent président et l’arrivée du nouveau. C’est toute la dynamique du pouvoir qui est exposé, véritable théâtre de cruauté. C’est rythmé en diable et ça ne vous donne pas nécessairement le goût d’être si ambitieux que ça. Le principe d’Icare vous connaissez ?

Libre-échange. Éric de Belleval. Les éditions Sémaphore 184p.   www.editionssemaphore.qc.ca


 


 

La dernière aventure du limier Armand Gamache

Si vous ne la connaissez pas encore, l’actualité vous a appris que la romancière Louise Penny née à Toronto et vivant maintenant à Sutton est une amie du couple Bill et Hillary Clinton qu’elle a invité à North Hatley entouré d’un fort battage médiatique. Pour les amants des polars, elle est la créatrice du personnage de l’enquêteur Armand Gamache, son personnage fétiche. Le voici à nouveau dans Un outrage mortel. Il va sortir de sa retraite pour accepter le commandement de l’école de police de la Sûreté du Québec. Et ce ne sera pas une sinécure. Car un professeur de l’institution se retrouvera assassiné. Et sur sa table de chevet, une pièce à conviction embarrassante, une vieille carte géographique centenaire qui avait été remis à Gamache. Des soupçons se porteront vers lui. Comment se sortira t-il de ce guêpier, lui a quelques squelettes dans le placard ? Tous les bons ingrédients sont érunis pour faire un succès assuré de ce qui est déjà rendu en tête du palmarès du New York Times.

Un outrage mortel. Louise Penny. Flammarion Québec 496p.     www.flammarion.qc.ca


 


 

Autour d’enterrées vivantes

Il faut toujours compter sur un romancier allemand pour réussir parfaitement dans le genre macabre. On dirait que le sordide leur convient parfaitement. Et ce n’est pas Enterrées vivantes d’Arno Strobel qui viendra démentir cette légende artistique au roman comme au cinéma. C’est que ceux et celles qui sont hantés par la perspective d’être mise sous terre alors que vous êtes en vie, ont tout intérêt à ne pas lire cet ouvrage à glacer le sang. Qui commence par une jeune femme, Eva, qui vivra cette horreur. Finalement on apprendra que c’est un cauchemar. Mais étrangement elle portera les meurtrissures qui peuvent s’identifier à quelqu’un qui se débat. Ensuite c’est sa demi-sœur qui elle connaîtra réellement cette mort horrible, confinée de force dans un cercueil. Et il y en aura une autre. La police voudra interroger Eva qui s’est évaporée dans la nature après consultatio9n avec son psychiatre. Vous n’allez surtout pas vous ennuyer.

Enterrées vivantes. Arnold Stroble. L’Archipel 299p.   www.editionsarchipel.com


 


 

Superbe tribut à Pierre Théberge

Pierre Théberge conservateur en art visuel, muséologue et historien a été directeur du Musée des beaux-arts de Montréal de 1986 à 1997 et ensuite jusqu’en 2008 directeur du Musées des beaux-arts du Canada. Il a laissé sa marque comme celui qui s’est donné pour mission de démocratiser l’art pictural et sculptural et le mettre à la disposition du grand public. C’est lui qui fit entrer Tintin au Musée des beaux-arts de Montréal, en créant un certain remous dans les milieux conservateurs de l’art. Pierre Théberge est un passionné va sans dire et qui est encore trop méconnu. Voici que Nicolas Mavrikakis lui rend le plus beau tribut qui soit avec non pas un, mais deux ouvrages aux éditions Varia sur l’homme et son accomplissement. Le premier de nature biographique Les aventures de Pierre Théberge et l’autre Écrits et entretiens sur l’art. Ce qui a de bien dans cette démarche c’est, bien sûr de connaître un grand ami des arts, mais aussi pour le néophyte, comment on exerce cette profession au quotidien. Ça peut générer sans doute des vocations. Il y a énormément d’anecdotes à travers ces pages. Bref, saluons la maison d’édition pour cette magnifique reconnaissance.


 


 

Roman autobiographique d’un musicien et écrivain noir

Didier Leclair ce canadien d’origine rwandaise est entré en littérature avec « Toronto, je t’aime » qui fit bonne impression et qui lui valut une distinction, le prix Trillium. C’est un auteur qui se signale par le fait qu’il écrit avec ses tripes. Son dernier opus Le bonheur est un parfum sans nom qui sort en librairie, raconte l’histoire d’un artiste qui porte la double casquette de musicien jazz et d’écrivain. Il vit en reclus après un mariage malheureux. Il n’écrit plus depuis belle lurette. Il a deux enfants et des amis musiciens, son cénacle préféré. Cupidon va lui décocher une flèche en la personne de la dénommée Miss Perfumado, toute une pointure. Qui va disparaître dans la nature. On se mettra en quête de la retrouver. Pendant ce temps là, un de ses potes le convainc d’écrire sa biographie, en dépit que l’artiste n’a pas plus d’ego que ça. Il va quand même s’y mettre et ça donne le livre que voici. C’est vivant en diable avec une observation de ce qui peut passer par la tête d’un individu tout entier consacré au jazz. C’est un livre fort avec des dialogues d’une grande vivacité. A lire sans faute.

Le bonheur est un parfum sans nom. Didier Leclair. Éditions David 250p.    www.editionsdavid.com


 


 

Naissance d’une poétesse

C’est un moment émouvant de lire les premiers poèmes d’une poétesse qui promet, nous avons nommé Claire Lagacé qui débarque avec ce recueil En cale sèche. Si on veut connaître un peu de sa personnalité, nous vous invitons à parcourir ces strophes qui en disent un peu sur les observations qu’elle fait du monde qui l’entoure. Extrait de « Poèmes béton » : « L’histoire dans le béton        surgit souvent dans notre pays de quartiers l’histoire inscrite dans le béton c’est difficilement poétique mais des fois il y a des graffitis poèmes FUCK THE POLICE ». Jolies fulgurances. Et pleins d’autres belles surprises attendent le lecteur. On sait que la chance sourit aux audacieux, soyez-le et procurez-vous cette première incursion poétique. Interpellation garantie.

En cale sèche. Clara Lagacé. Éditions David 58p.   www.editionsdavid.com


 


 

Aux prises avec des enfants radicalisées

On ne peut plus trouver plus d’actualité que le thème du roman Basculer dans l’enfer de Jocelyne Mallet-Parent puisqu’il est question de parents qui découvrent avec désarroi que leurs enfants se sont radicalisées au profit du Djihad. Il y a d’abord Ariane qui apprend que sa fille Élise, jusqu’ici au-dessus de tout soupçon, que l’on inculpe de participation à un attentat terroriste dans le métro. En même temps qu’on se trouve avec une fiction, il y a un modèle maître qui est analysé avec profondeur au plan psychologique pour nous donner des pistes de compréhension devant ce phénomène somme toute tout récent. L’auteure tente de répondre à la question de savoir comment on en arrive à basculer ainsi vers l’extrême ? Ceux que la question intéresse ou par pure prévention si vous avez des enfants, vous avez tout intérêt à vous jeter dans ces pages éclairantes.

Basculer dans l’enfer. Jocelyne Mallet-Parent. Éditions David 256p.    www.editionsdavid.com


 


 

Douze nouvelles par une auteure atteinte de lucidité chronique

A la rédaction nous aimons bien le genre de la nouvelle. Car c’est souvent pour l’auteur un beau kaléidoscope de son talent qui se déploie dans toutes ses couleurs. Et une preuve magnifique nous est offerte avec On n’sait jamais à quoi s’attendre d’Hélène Koscielniak. La couverture du livre à de quoi nous intriguer avec cette femme les yeux bandés de noir devant une énorme ampoule électrique allumée. Assez surréaliste. Mais les histoires elles sont d’un réalisme saisissant puisque ce sont des croquis de la vie quotidienne comme ces mères fanatiques de hockey et qui superposent leurs ambitions sur leurs garçons, ou ce père totalement déjanté qui a trouvé le moyen de patenter un truc pour éloigner les ours. Bref, vous allez prendre du bon temps. Le seul reproche et c’est véniel, c’est que c’est trop court.

On n’sait jamais à quoi s’attendre. Hélène Koscielniak.  Les éditions L’Interligne 175p.      www.interligne.ca


 


 

Variations sur le Tracel de Cap-Rouge

Stéphane Ledien qui entreprend en ce moment un doctorat, a trouvé le temps de nous éblouir avec le petit défi qu’il s’est donné à lui-même de coucher sur papier des variations sous forme de nouvelles, autour d’un thème central le Tracel de Cap-Rouge. Ouvrage magnifique du génie civil, c’est un viaduc qui sert uniquement au passage des convois de chemin de fer. Une structure plus que centenaire qui l’inspire énormément. En fait il répond à cette question de Marcel Duchamp placé en entrée de jeu du recueil qui disait « Faut-il réagir contre la presse des voies ferrées entre deux passages de trains ? ». Et Ledien de réagir par l’écriture qui donne du sens aux choses, à cette énorme chose toute de fer vêtue. Il a réussi au moins une chose. A nous donner le goût d’aller voir de plus près cette structure métallique.

Des trains y passent encore. Stéphane Ledien. Lévesque éditeur 104p.    www.levesqueediteur.com


 


 

Que la véritable Heather Thorne se lève

Andrée A. Michaud ne fait pas dans la facilité.. Pour Routes secondaires elle nous met en présence du personnage d’Heather Thorne. Il y en a une qui est morte, l’autre porte son nom, une troisième nous dit en toute fin de page, Heather Thorne c’est moi. Allez savoir. La romancière est l’auteure de « Bondrée » qui a reçu une pluie de distinctions. Elle a été deux fois lauréate du Prix du Gouverneur général dont une pour ce titre en question. Ici, elle laisse entendre qu’il y a peut-être un peu d’elle dans tout ça. Comme nous disons souvent en pareil cas de thriller psychologique, si vous êtes scénariste et en panne de sujet allez voir de ce côté. Même en terminant sa lecture plane un mystère. On a envie de dire, que la véritable Heather Thorne se lève. Ce bouquin est tout sauf banal.

Routes secondaires. Andrée A. Michaud. Québec Amérique 242p.   
www.quebec-amerique.com


 


 

Du théâtre pour sauver de jeunes élèves autochtones

C’est un roman tout en sensibilité que nous présente l’auteure innue, Naomi Fontaine avec Manikanetish traduisible par Petite Marguerite. Le nom qui donne son titre à l’ouvrage est celui de cette école d’une réserve autochtone de la Côte-Nord. Et où il ya vingt ans, l’enseignante nommée Petite Marguerite, sans enfant elle-même a tout donné aux siens pour les sortir de leur condition. Et le théâtre a été la voie choisi pour que les âmes puissent s’exprimer. C’est une histoire simple et belle écrit à l’encre rouge du cœur.

Manikanetish. Naomi Fontaine. Mémoire d’encrier 139p.    www.memoiredencrier.com


 


 

Sur une égyptienne migrante au Canada

Le sujet des migrations de population est dans l’air du temps. On voit aux actualités télé ces masses qui quittent un pays menaçant pour se réfugier ailleurs, en quête d’un meilleur monde. La littérature suit le mouvement et on commence à avoir des témoignages personnalisés sur ce que ça engage que de tirer un trait sur son environnement culturel d’origine pour en épouser un autre. Nous vous soulignons un témoignage vibrant en ce sens, celui de May Telmissany égyptienne d’origine qui est professeur de cinéma et d’études arabes à l’Université d’Ottawa. Ceci n’est pas un paradis raconte sa confrontation avec ce qu’elle observe chez nous, dans son pays natal où elle revient quelquefois et ailleurs sur la planète. En même temps c’est une radiographie du monde. On se rend compte de ce qu’est en clair, la mondialisation où les frontières ne seront plus désormais étanches comme avant.

Ceci n’est pas un paradis. May Telmissany. Mémoire d’encrier 170p.    www.memoiredencrier.com


 


 

Des solutions concrètes pour nourrir l’humanité

Les statistiques sont alarmantes, la faim est criante dans le monde et encore une fois des millions de gens ne mangent pas suffisamment, avec les graves conséquences que ça entraîne. Par ailleurs, l’industrie chimique tient un autre discours, à savoir que le problème de la faim a diminué grâce aux cultures intensives et qu’on n’a pas le choix de poursuivre. Eh bien Pierre Rabhi et Juliette Duquesne opposent un sérieux démenti. Le premier est le renommé agroécologue et la seconde journaliste d’enquête et concernée par les problèmes environnementaux. Ils signent un pamphlet Pour en finir avec la faim dans le monde qui ne reprend pas la problématique bien connue, mais qui offre des solutions concrètes et vérifiées pour juguler le fléau de la faim et protéger notre bonne vieille terre pour qu’elle renouvelle ses ressources.

Pour en finir avec la faim dans le monde. Pierre Rabhi et Juliette Duquesne. Presses du Châtelet 122p.    www.pressesduchatelet.com

 


 


 

Un roman solide sur l’opposition au franquisme

Un livre signé Isabelle Alonso est d’office chargé de passion, de grandes exaltations des sentiments. Je peux me passer de l’aube est de cette mouture d’autant que ça se déroule en pleine guerre civile espagnole puis les années de gouverne de Franco. La romancière met en scène Angel Alcala Llach alors qu’il n’a que seize ans. Nous sommes en 1939. Le conflit est terminé, mais lui a eu le malheur d’être du mauvais côté. Heureusement pour lui dans une certaine mesure il aura la vie sauve mais n’échappera pas moins à une année de travaux forcés. Il va ensuite entrer dans la clandestinité et lutter contre la dictature en place. C’est tout ce climat que restitue signora Alonso avec une maestria digne d’un réalisateur de cinéma spécialisé dans les grandes épopées. Son héros nous redonne confiance dans certains fondements de la nature humaine.

Je peux me passer de l’aube. Isabelle Alonso. Héloïse d’Ormesson 302p.   www.editions-heloisedormesson.com

 


 


 

Sur la notion de performance artistique québécoise à saveur nationale

Certains esprits se désolent du fait des deux solitudes québécoise où entre autres, les anglophones s’ils sont davantage bilingues, ignorent tout de la culture francophone. En tout cas ce n’est pas le fait d’Erin Hurley qui est professeure de théâtre au Département d’anglais de l’Université McGill et qui possède notre culture sur le bout des doigts. Et elle en donne une parfaite illustration dans une étude majeure De l’Expo 67 à Céline Dion, essai sur la performance nationale. Au Québec la chronique artistique qui fait office de couverture culturelle use énormément du mot événement pour évoquer une représentation de spectacle ou d’art. On tombe vite dans l’enflure. Mais qu’est-ce qui donne un aspect national à une création ? C’est ce qu’explore l’universitaire, consacrant de longues pages à Céline Dion qui doit être flattée de faire l’objet d’une étude de haut niveau, elle qui n’a pas complétée ses études secondaires. Ce qui est renversant c’est de prendre conscience du regard que porte l’essayiste si renseignée sur ce que nous sommes. Elle contribue avec cette démarche à mieux nous connaître nous-mêmes.

De l’Expo 67 à Céline Dion. Nota Bene 316p.      www.groupenotabene.com


 


 

L’émancipation d’une jeune québécoise en 1967

Il était une fois une fille de Gatineau qui en 1967 aspire à plus d’oxygène dans sa vie. Elle a des aspirations à plus de liberté. Nous sommes au moment de la fameuse Exposition universelle de Montréal qui ouvrira tellement d’horizons aux québécois. Cette Nathalie, c’est son prénom, va se trouver une complice qui a les mêmes ambitions qu’elle. A deux on fait beaucoup, c’est connu. Un temps nouveau qui est le vingt-deuxième roman réussi de Micheline Duff nous replonge dans cette époque qui ravivera bien des souvenirs. C’était un peu comme la chanson de Renée Claude « Le début d’un temps nouveau ». Tous les espoirs étaient alors permis.

Un temps nouveau. Micheline Duff. Québec Amérique 296p.   
www.quebec-amerique.com


 




 

Le coin de la BD

Deux titres nous parviennent qui vont contribuer à nous faire oublier les aléas climatiques. Le premier album est le quatrième tome de La vie compliquée de Léa Olivier intitulé « Angoisses » et publié aux éditions Les malins. Leurs auteurs si vous ne les connaissez pas encore, la québécoise Catherine Girard-Audet et les bédéistes belges Alcante et Ludowick Borecki. Notre Léa est la parfaite métaphysicienne en herbe qui s’interroge énormément sur tout. Ses neurones sont loin de refroidir. Ainsi, si le commun des mortels aime s’évader en milieu champêtre, ce n’est pas du tout la tasse de thé de notre héroïne qui y voit au contraire tout un lot de désagréments. Mais en dépit de son fichu caractère elle demeure attachante.

Dans un tout autre registre cette fois, aux éditions Glénat, c’est une plongée en plein cœur de la Renaissance avec le trio Didier Convart, Éric Adam et Thibaud de Rochebrune qui débarque avec Michel Ange dont ce serait le premier tome avec « Le Banquet des Damnés ». C’est un polar de plusieurs siècles avec un dément qui tranche des têtes et qui signe ses forfaits d’une locution latine. Un serial killer avant l’heure. Et attention à Michel-Ange qu8i va interrompre momentanément sa fresque pour se rendre à un étrange rendez-vous. Et il y aura l’équivalent d’un commissaire, le prévôt, pour tenter d’élucider le tout. Dans le genre on en demande.


 


 

Montréal noir en format poche

Nous vous signalons la sortie en format poche de Montréal noir ce collectif d’auteurs qui avait fait paraître ce titre en 2003 aux éditions Les 400 coups. François Barcelo, Marie-Claire Blais, Chrystine Brouillet, Gilles Pellerin, André Marois, Patrick Sénécal et André Truand. Quel terrible actualité avec entre autre la nouvelle de Chrystine Brouillet sur une histoire de bébé abandonn au moment où une gardienne d’enfant junkie a laissé sans surveillance un poupon qui aurait pu périr dans un incendie. Ce petit recueil tout en monde ré mineur en musique, c’est-à-dire sombre, va faire plaisir à ceux qui se délectent de choses glauques. Si, il y en a. Paraitrait-il que ça fait partie de la nature humaine.


 


 

Variations sur des ruptures amoureuses

Une rupture amoureuse ce n’est jamais jojo, ça fait mal, parfois terriblement mal. Certains ne s’en remettent jamais. Surtout s’ils ont des cœurs de porcelaine. Elles sont deux, Maryse Latendresse et Marie Lamarre qui ont eu l’idée de demander à des écrivaines de coucher sur papier ce que leur inspire la rupture. Elle sont donc au total vingt femmes, donc sous un seul angle de vu, qui expriment à leur manière ces brisures affectives. Il y a des pages magnifiques, et les plus intéressantes ne sont pas nécessairement celles où il y a du ressentiment. Le sentiment d’échec touche, que ce soit dans un camp comme dans l’autre. Et dans ce monde où la seule chose stable est le changement, les amours qu’on ne jurait pour l’éternité, connaissent hélas des dates de péremption. Surtout à l’ère, où la touche « supprimer » est souvent mise à contribution.

Larguer les amours. Collectif. Tête première 237p.     www.tetepremiere.com


 


 

Devenez un maître de la sculpture argileuse

En voyant sur notre table des arrivages cette Initiation au modelage d’Anne Pinot-Gaufroy il nous est venu à l’esprit cette pensée qu’à notre époque où on vante tant la préservation de nos ressources terrestres, que l’on ne prône pas en même temps, ce contact avec les nobles matériaux qui composent notre planète. Surtout au chapitre des loisirs. C’est ici un guide pour devenir des Rodin en herbe avec toute la technique de base pour savoir comment potelé cette matière et créer des modèles bien à nous. Et puis en même temps il y a un aspect thérapeutique non négligeable qui permet de dégager nos têtes trop encombrées.

Initiation au modelage. Anne Pinot-Gaufroy. Mango  www.mangoeditions.com
Repères pour illustration :


 






 

Le coin Miam miam

Quatre titres ouvrent la rentrée des ouvrages de cuisine. Ça promet. Caroline Guézille lance le bal avec Le petit traité Rustica des produits séchés. La beauté des aliments séchés c’est qu’ils solutionnent deux problématiques, la date de péremption et la question de l’espace de conservation. Là on travaille le volet déshydratation en même temps qu’on peut apprêter des plats sans devoir réhydrater les aliments. Ça donne des délices comme des soufflés aux fruits de mer et même des smoothies et jujubes maisons.

Chez le même éditeur Le petit traité Rustica de la bière maison de cette même Caroline Guézille véritable fée des fourneaux. Il y a deux aspects à considérer dans ces pages. D’abord la fabrication de sa propre bière, blondes, blanches, brunes ou rousses en reprenant des techniques ancestrales éprouvées. Puis une fois les délicieux nectars conçus, de pouvoir les incorporer à des recettes. Et quiconque a déjà goûté des cuissons qui mettent à contribution la bière, savent en quoi ça rehausse les saveurs. Il y a au total 75 recettes faites de bières.

Chez l’éditeur Mango, un beau voyage dans le Sud-Est asiatique avec Bienvenue en Thaïlande de Julie Schwob qui a une double fonction. De guide de voyage, du moins sur l’aspect des connaissances touchant à cette riche civilisation et en même temps un beau livre de recettes. Comme dans tous ces pays en voie de développement, les recettes sont simples et font appel à un  minimum d’ingrédients à la portée de toutes les bourses. Ce qui donne de la valeur ajoutée aux plats ce sont les épices. Juste à voir les photographies, ça donne faim. Et quoi de plus santé.

Et saluons chez Broquet l’ouvrage de dépannage par excellence d’Andrea Stewart « Recettes éclair » qui va en aider beaucoup qui s’épuisent à chercher quoi faire ou qui trouvent que cuisiner prend trop de temps. C’est un ensemble de 80 recettes faciles à préparer et marquer au sceau de la diversité. Ce peut être des tacos aux bâtonnets de poisson, des médaillons de lotte, des saucisses glacées à la moutarde ou bien du porc aux figues. Le minimum d’ingrédients pour un maximum de saveurs.


 




 

Deux grands photographes à découvrir

On ne dira jamais assez en quoi la maison d »édition Taschen apporte une contribution colossale à la diffusion des arts visuels et architecturaux. Nous avons deux beaux exemples de l’histoire de la photographie avec ces deux monographies consacrées à deux pointures de la lentille, les américains Edward Weston (1886-1956) né près de Chicago et dont les clichés des années vingt et trente sont d’une grande modernité. Il était par essence un généraliste, s’intéressant aux natures mortes, au nu (qui fait penser parfois à Man Ray) et au portrait. Toute l’éclatante majesté des photos en noir et blanc. Son compatriote Paul Outerbridge (1896-1958) presque exact contemporain, était le photographe le mieux payé de son temps et dut s’exiler en Californie, en raison du scandale causé par ses photos érotiques. En voyant le résultat on comprend pourquoi si on se replace à cette époque. Chacun des deux tomes comprend une biographie qui8 résume le parcours. On ne vous en dira pas plus et vous savez pourquoi ? Parce qu’une image vaut mille mots. Vous pouvez imaginez combien de mots ces albums contiennent.


 






 

Heureux qui comme Ulysse…

Les éditions Ulysse nous font la faveur de trois guides qui dans leur genre sont des références incontestables. Le premier concerne l’archipel d’Hawaï dont Mark Twain disait qu’elle était la plus belle flotte d’îles jamais ancrée à la surface des océans. Les snowbirds québécois qui regardent trop souvent en direction de la Floride, devraient changer un peu d’air et apprécier ces beautés naturelles incomparables et ces volcans. Cet état américain à nul autre pareil vaut le détour. Et c’est tout le mérite du guide de nous donner le goût de prendre le premier avion pour s’y rendre. Les premiers explorateurs européens qui s’y rendirent ont eu raison d’évoquer un véritable paradis terrestre.

Pour ceux qui connaissent Hawaï et qui veulent profiter d’autres formes d’ensoleillement, seront peut-être tentés de regarder du côté des Croisières dans les Caraïbes. On qualifiait jadis les paquebots comme des villes flottantes. Avec ce qu’ils sont devenus, à savoir de véritables géants des mers, difficile de trouver un descriptif de remplacement. Poussés par un rêve comme le dit avec justesse l’écrivain Erik Orsenna en parlant de ces beaux navires, ce bouquin détaille sur les compagnies qui sillonnent ces circuits caribéens, les ports d’embarquements de même que les escales qui jalonnent les circuits et ce qu’on peut y faire une fois le pied à terre. Et c’est l’occasion de faire des connaissances diverses sur les ponts, comme dans les salles à manger et à travers moult activités programmés. L’ennui ne fait pas partie du vocabulaire de croisière.

Et puis un incontournable le fameux guide sur New York. Nous on craque énormément sur ce classique de la Grosse Pomme avec les données mis à jour. Et puis ce n’est pas simplement un guide touristique banal. C’est une mine de renseignements. Ainsi on apprend que le mât de l’Empire State Building avait été conçu au départ pour amarrer les dirigeables! Et ce que le visteur appréciera plus que tout, c’est la recherche faite par l’équipe de rédaction pour dénicher des lieux d’hébergements qui ne coûtent pas la peau des fesses.


 


 

Trilogie métaphysique pour Jean-François Beauchemin

Nous portons à votre attention les sorties en format de poche de trois titres aux éditions Nomades, qui forment la trilogie proposée par Jean-François Beauchemin sur fond de regard métaphysique sur l’existence. Avec d’abord Comme enfant je suis cuit, un titre on ne peut plus lucide. On assiste aux questionnements de Jérôme qui se demande si une vie complète et qui a du sens doit passer par l’altérité. Puis Garage Molinari où on retrouve Jérôme et son demi-frère Jules. Ils ont la douleur de perdre leur mère. Pour combler ce vide et se donner un semblant de vie de famille, le premier va former un couple avec Joëlle une voisine d’HLM. Mais ça ne règle pas tout car depuis le décès de leur mère Jules se replie sur lui-même. Enfin, Les Choses terrestre on suit les difficultés que rencontre le même Jules. Pourtant, bien qu’il reçoive tout l’amour des siens il peine à donner un sens à sa vie.


 


 

L’humanité tardive de Carl un prédateur de la mine

Bruno Massé est grandement gagné à la cause environnementale. Il y a plusieurs façons de passer des messages de la sauvegarde de notre bonne vieille planète. Ce peut-être le roman. Et c’est ainsi qu’il nous offre Creuse ton trou une très belle histoire à teneur humaine. Pas au début en tout cas, où un dénommé Carl est envoyé par sa compagnie pour arracher le droit de creuser et par la bande exploiter les gens de la localité. Mais au fur et à mesure des pages, on se rend compte que ce prédateur de la finance va s’humaniser au contact de ce petit bled de Saint-Jude-le-Vaillant. On le verra même confier son désarroi sentimental. C’est loin d’être le même homme qu’au début. Le village sera-t-il sauvé des sinistres intentions initiales ? On vous laisse le soin de le découvrir. Si l’homme c’est bien connu pour l’homme, parfois il peut se muer agneau.

Creuse ton trou. Bruno Massé. Québec-Amérique 236p.   
www.quebec-amerique.com


 


 

La vengeance est un plat qui se mange froid

Ce dicton s’applique très bien à cet homme qui avait promis sur le lit de mort de son père, de venger la mort du frère mort à la mine de Liévin en décembre 1974 lors d’un coup de grisou. Quatre décennies vont passer et ce frère va retourner dans les Houillères pour faire la peau du dernier contremaître. Il n’a rien à perdre puisque personne ne l’attend. Il va donc commettre un crime d’honneur en somme. Voilà l’essentiel de ce qu’on trouve dans ce roman à poigne de Sorj Chalandon. Le vengeur parle tout au long à la première personne. Il décrit ensuite son procès. C’est toute la mécanique d’un crime qui est exposé et qui fera le bonheur des amateurs de psychologie des profondeurs. Le jour d’avant c’est son titre, devrait valoir assurément à son auteur une distinction en cette rentrée littéraire prometteuse.

Le jour d’avant. Sorj Chalandon. Grasset 326p.   


 


 

Un agenda intelligent

Les téléphones intelligents ont tous des applications qui fournissent des agendas, ou du moins par le biais des messageries. L’ennui c’est que c’est le téléphone qui est intelligent et non l’usager qui faute, de se servir judicieusement de ces outils se permettent d’oublier des rendez-vous. Le bon vieil agenda format papier est loin d’être détrôné. Et il y en a qui attirent particulièrement l’attention, comme cet Agenda du français pratique 2018 publié chez Québec Amérique. Il a cette particularité d’être, outre un agenda où vous pouvez consigner vos obligations quotidiennes, est aussi un répertoire téléphonique, mais surtout un petit cours de poche en langue française. En effet, il comporte 258 questions de français. C’est toujours intéressant car la langue française, élaborée dans son histoire pour une aristocratie, contient hélas tellement de pièges. On n’a jamais fini d’apprendre avec elle et on s’en rend bien compte en parcourant ces pages. Pratique en diable et utilitaire.

Agenda du français pratique 2018. Québec Amérique. 
www.quebec-amerique.com


 


 

Le guide de l’auto 2018 est arrivé avec un spécial Corvette

Nous devons remercier les éditions de l’Homme qui ont tellement dépanné d’enfants qui ne savaient quoi offrir à leur père quand venait le temps des Fêtes. En offrant Le guide de l’auto on s’enlevait une épine du pied. Et l’heureux récipiendaire qu’on n’entendait plus ensuite, plongeait avec ravissement à la découverte des nouveaux modèles de voitures à venir, même s’il ne pouvait dans la plupart des cas se les offrir. L’idée était de rêver. Le charme opère depuis 52 ans et l’ouvrage n’a pas pris une ride. Les Denis Duquet, Gabriel Gélinas, Marc Lachapelle et Daniel Melançon et leurs collaborateurs ont encore mis une fois le paquet pour nous présenter un résultat exceptionnel. On trouvera entre autres des tests réalisés sur 11 VUS compacts, un dossier sur la voiture autonome qui intrigue tellement. Mais surtout 48 pages sur la mythique Corvette. Tout ce que vous avez voulu savoir sur ce bolide qui fait rêver et que vous n’osiez demander.

Le guide de l’auto 2018. Collectif. Les éditions de L’Homme 45p. 


 


 

Un nationalisme québécois qui prend l’eau

Si vous désespérez du Parti québécois et que vous prévoyez la mort de tout regain pour l’indépendance, allez lire le brûlot décapant de Christian Saint-Germain qui parait chez Liber Naître colonisé en Amérique. C’est une charge à fond de train contre la dérive du parti fondé par René Lévesque, formation qui prend l’eau de tout côté. Et attendez de lire le portrait qu’il fait de Jean-François Lisée qu’il décrit comme aussi rafraîchissant que Nana Mouskouri, portant chemise monochrome de Chez Ernest et aussi fougueux que Gabriel Loubier du temps de l’Union nationale. Il rive son clou au cercueil en somme. Il parle véritablement d’un suicide collectif. C’est peu dire. Et pour tirer à bout portant il a un sens aigu de la dérision. Notre homme est professeur de philosophie à l’Université du Québec à Montréal. C’est lui dont on disait énormément de bien au sujet de son précédent pamphlet sorti l’an dernier « Le mal du Québec » dont on saluait entre autres, une profonde connaissance des goûts populaires des québécois.

Naître colonisé en Amérique. Christian Saint-Germain Liber 201p.   


 










 

Le coin santé physique et psychique (1)

Un éloge du désordre c’est assez rare, alors qu’on s’évertue à nous vanter les mérites du contraire. C’est pourtant ce que fait Tim Harford avec son livre décapant Bordélique, le pouvoir du désordre pour transformer votre!, qui est édité chez deboeck. A notre époque de performance à tout prix, qui frise parfois la psychorigidité qui est souvent le fruit d’une névrose, le désordre n’est jamais très loin, tel l’exemple qu’il nous donne du GPS qui a parfois des ratés et qui nous mène à des lieux non désirés. Faut-il détester le petit bidule pour autant ? En même temps, cette anarchie proposée est un appel à relaxer. Sa lecture est salutaire.

Rêver en fin de vie  de Jeanne van Bronkhorst chez AdA. C’est une lecture un peu pointue du monde des rêves adaptée aux fins dernières. L’auteure veut nous montrer comment les rêves des mourants peuvent les aider à aborder le grand passage qui va suivre. Et comment trouver des significations aux signaux que les rêves nous envoient.
Ça été le premier lancement de la rentrée et le plus fou qui soit, à l’image du thème choisi Le manuel du parfait écolier tannant coécrit par Marie Catherine Lapointe et Sarah Marcotte Boislard. C’est aux éditions Cardinal. A notre époque de rectitude sociale où tout doit être convenable et ordonné, ce bouquin est à ne pas mettre entre les mains de tous les enfants car c’est un répertoire de tours pendables, mais vraiment. Même on peu parler d’audace, tant il y a de rébellion au système dans ces pages décapantes. Au lancement fou, fou, fou, les enfants auxquels le livre est destiné, s’amusaient énormément. Et on nous prévenait que sur la table il fallait faire attention, des gourmandises tentantes contenaient des produits vraiment indigestes. Juste pour se payer de notre gueule. Pour donner le ton il y a un chapitre qui donne des trucs pour être dégoûtant. C’est peu dire. On rit tellement il y a de suggestions malignes. Vivement l’anarchie, ça défoule.

La question du genre sexuel est récurrent dans l’actualité, comme quoi l’homo sapiens commence à se rendre compte que l’être humain est loin d’être homogène et qu’il reflète bien la définition qu’en donnait André Malraux quand il le définissait comme un tas de petits secrets. Maggie Nelson nous présente son effet qui fut très remarqué aux États-Unis Les argonautes chez Triptyque où son style l’emprunte à l’autobiographie et à l’essai. Les passages les plus intéressants sont consacrés à ses considérations sur ce qu’est la masculinité et la féminité. On trouve de tout dans ces réflexions même sur le sentiment sexuel durant l’allaitement. Décidément sa grille d’analyse est hors norme et fait du bien à travers cette uniformisation sociale source de profond ennui.

Devenir son propre patron semble être le rêve des jeunes de cette génération. Ils ne veulent surtout pas être à la solde d’un patron dont le fantasme ultime est de voir tous les travailleurs au salaire minimum. En tout cas c’est la réalité d’un québécois sur dix selon les dernières statistiques. Mais si dire « bye bye boss » et souhaiter en devenir un est une aspiration légitime, ça ne veut pas dire que c’est une sinécure pour autant. Si vous ne possédez pas les bases requises pour partir en affaires, oubliez-ça, vous courrez la malchance de vivre un véritable cauchemar. C’est pourquoi une lecture est recommandée entre toutes, c’est Éviter les pièges en affaires écrit par Me Sylvie Bougie qui est elle-même entrepreneure en quelque sorte puisqu’elle gère son propre cabinet du droit des affaires. Si elle adore sa vocation de juriste, ça l’oblige à être une perpétuelle étudiante puisque les lois changent continuellement. Et elle nous en donne de merveilleux exemples. A ce jour c’est LE guide de référence pour tout patron en herbe. C’est publié chez Fides. Quand on vous dit que nul n’est censé ignorer la loi, ça n’a jamais été aussi vrai que dans le merveilleux monde du business.

Il ya cinq ans au soir du 12 septembre 2012, toute à sa joie de devenir la première femme premier ministre du Québec, Pauline Marois qui s’adressait à ses supporters et aux téléspectateurs fut soulevé et emporté manu militari par ses gardes du corps. Nous étions au Métropolis et un événement historique se déroulait sous nos yeux. Derrière en coulisse, un dément anti séparatiste enragé, muni d’un arsenal terrifiant, tira à bout portant sur un technicien de scène le tuant d’un coup et en visa un autre, Dave Courage le blessant grièvement. Heureusement son arme s’enraya. On n’ose à peine imaginer la suite et peut-être ce qui aurait pu arriver à la cheffe du Parti québécois. Denis-Daniel Chabot qui était encore reporter à Radio-Canada a été le premier à rencontrer le survivant de l’attentat. Ce dernier se raconte dans Survivre à l’attentat du Métropolis aux éditions La Semaine. Son scribe qui a travaillé précédemment chez le même éditeur aux souvenirs du pianiste Richard Abel, sait mettre en mots les émotions. Courage nous parle de son choc post-traumatique, de sa colère contre la sécurité négligente en pareille circonstance qui lui valut d’aller en Cour pour réclamer une compensation au Groupe Spectra et au gouvernement. L’affaire se conclut finalement par un arrangement hors cours qui semble bien loin du 295 mille dollars réclamé. Puis cette affaire finira par briser sa vie de couple. Le prix à payer a été énorme. Sans compter le choc post-traumatique. Lui n’oubliera jamais ce qu’il a vécu.
Le Dr. Yves Lamontage ex président du Collège des médecins  et créateur de la Fondation des maladies mentales de même que le Centre de recherche Fernand-Séguin accouche d’une plaquette chez Québec Amérique Le guide de survie du patient. Son but, offrir à celui doit consulter un médecin des pistes pour ne pas se perdre dans le dédale du système de santé. Comment reconnaît-on un bon médecin généraliste ? Est-ce une bonne chose que de s’informer de nos bobos sur Internet, etc. On apprend avec effroi que nos salles d’opérations dans nos hôpitaux ne fonctionnent que six heures durant dans une journée puisqu’on ferme boutique à 16h. Pas étonnant qu’on voit des listes d’attente interminables pour se faire opérer. Et on cherche des solutions ?


 




 

Le coin santé physique et psychique (2)

Le yoga physique nous le connaissons bien, avec ses différentes postures, certaines classiques du genre, assis en lotus. Mais il y a aussi le yoga des sens qui s’appuie lui, sur les trois états naturels de l’expérience humaine : la veille, le rêve et le sommeil profond. C’est à ces trois aspects que s’attache Richard Boyer aux éditions Accarias avec le Yoga des sens, du rêve et du sommeil profond. Pour en arriver à puiser dans les rêves que nous faisons, des énergies bienfaisantes.

Demeurons chez le même éditeur avec la Vie quotidienne du pouvoir de Lily Jattiot. A première vue, le mot pouvoir renvoie à la politique. Mais ce n’est pas de ça dont il question. Plutôt des jeux de pouvoirs dans nos interrelations. Car nous sommes, souvent en dépit de nous, en mode d’opposition aux autres. On en connaît qui prennent un malin plaisir à écraser leurs semblables. C’est que leur Soi est fortement carencée pour avoir tant besoin de dominer l’environnement. Disciple d’Arnaud Desjardins, l’auteure est psychanalyste jungienne et conseillère en management.

Aux éditions de l’Éveil la sociologue Tiphaine Besnard-Santini est une spécialiste des théories de la sexualité. Et c’est dans son champ d’expertise qu’elle publie Épanouissement sexuel et psychothérapie. Son regard de professionnelle du comportement humain arrive à point nommé, puisque c’est une réflexion à voix haute sur la notion de genre au moment où à cause de l’information répandue sur les transgenres ont des doutes sur leur identité. L’humain est complexe on le sait et pour elle c’est une source d’émerveillement.

 Chez l’éditeur Sully, faites connaissance avec Shundo Aoyama une nonne nippone et grand maître en spiritualité. Elle nous raconte son parcours dans sa biographie Une vie de nonne zen. On connaît les trajectoires des moines catholiques, mais c’est à un tout autre monde que nous invite cette femme de sagesse. Et elle n’est pas dans un univers totalement éthéré. Au contraire, elle aborde sans fards les questions auxquelles elle a dû faire face comme abbesse du temple de formation à Nagoya. On a beau être religieuse, il faut aussi des sous pour soutenir son apostolat. Mais son message a été bien entendu. Une âme très pure à découvrir.

Un jour Bernard Larin ancien journaliste à Radio-Canada puis communiquant du monde municipal rencontre quelqu’un qui lui a dit que la discipline c’était la liberté. Et ça l’a interloqué, lui qui pratique la quête de sens. Il sait à quel point, surtout à l’ère des médias sociaux, les gens sont à la fois pressés et dépendants. Ils pensent parfois à la vie mais ne la vivent pas. C’est donc pour ces agités qu’il a élaboré ses Courtes méditations pour gens pressés aux éditions du Dauphin Blanc. Le temps de dire à quel point c’est profitable de prendre du temps pour soi et de ne pas attendre que la maladie survienne pour devenir sage.

Les deux prochains titres le sont aux éditions marie claire. Alain Pénichot nous fait découvrir les bienfaits du Yoga du visage. Qui requiert peu de choses, son visage et ses deux mains. Mais on peine à imaginer comment de bonnes manipulations du faciès peuvent procurer une grande sensation de bien-être. Cet automassage dirigé donne des résultats rapides et peut s’effectuer n’importe où. Et surtout bénéfique au bureau quand on a des coups de pompe.

A ceux que la médication classique provoquent des effets secondaires, on préférera se tourner vers l’homéopathie, médecine douce s’il en est. Le pharmacien Alain Robert s’est fendu de son Guide pratique de l’homéopathie qui passe en revue toutes les afflictions physiques possibles et comment les traiter avec les posologies pour chacune. Ce sont des tableaux très compréhensibles. Après quoi vous pouvez commander le traitement recommandé.

Et cédons la parole à Julien Todeschini qui est nutritionniste diététicien et qui s’est spécialisé dans l’alimentation du sportif. Voici son plan de regain de vie avec En forme en 12 semaines aux éditions Vigot. Appuyé sur les récentes études scientifiques, il a limité son programme certes à si peu de temps, mais l’effet se veut durable. A condition de se montrer discipliné. Il nous apprend en même temps sur notre anatomie, notamment sur la répartition des graisses entre les hommes et les femmes.


 


 

De beaux souvenirs d’enfance

Quand on pense à l’importance que joue l’enfance dans le développement futur de l’individu, on peut mieux apprécier les auteurs qui racontent ainsi leurs premiers pas dans le monde. C’est le cas de Jacques Boulerice qui se livre à ce doux exercice, car somme toute il a eu une assez belle jeunesse. Mais Dans ma voiturette d’enfant il ne se contente pas de parler de lui à la première personne. A la façon d’un journal, lui parle de carnets, il évoque avec beaucoup de tendresse ce qu’il voit évoluer autour de lui et même assez récemment. On pourra confronter son sens de l’observation au sien. C’est un livre de paix qu’il fait bon lire pour la récréation des bons esprits.

Dans ma voiturette d’enfant. Jacques Boulerice. Fides 274p.     www.groupefides.com


 


 

La nouvelle politique étrangère des USA n’annonce rien de bon

Si vous êtes pessimiste vous allez adorer les prédictions du docteur en droit Thomas Flichy de la Neuville qui se fend d’un essai réaliste qui a pour titre Le retournement de Trump. Grosso modo, il constate comme nous tous un repli isolationniste au plan des échanges commerciaux. Mais en même temps, Trump opte pour la bonne vieille recette qui consiste à provoquer des conflits, intervenir et réaliser après coup une colonisation financière. Exactement comme cela s’est fait par le passé. Et en conclusion il nous prévient que la violence va ainsi redoublée. En sous-titre, à glacer le sang il écrit que c’est « la fin de notre monde ». Et ceux qui voudraient prolonger leur connaissance du sujet, l’essayiste offre en fin de page, une bibliographie intéressante.

Le retournement Trump. Thomas Flichy de la Neuville. Cerf 118p.  www.editionscerf.fr


 


 

Un premier roman et une première saga

S’il faut en croire la tendance, les québécois en matière de lecture semble donner du côté roman, une nette préférence aux sagas sur fond d’histoire romancée. On pourrait multiplier les exemples de ce qui cartonnent en librairie chez les éditeurs. Fides entre dans la ronde avec une saga du genre, mais confiée à une novice du domaine car William et Eva de Mélanie Côté marque l’entrée de cette dernière dans le monde du roman. Peut-être même en littérature. En tout cas, ça regarde bien. Car nous sommes exactement au début du siècle dernier à Salaberry-de-Valleyfield. Contre son gré elle va devoir s’exiler du milieu rural alors qu’elle doit gagner Montréal et gagner péniblement son croûton dans une filature. A la dure est ici un euphémisme. Seule lumière dans ce sombre tableau existentiel digne de Zola, la rencontre avec William. L’amour adoucit bien des misères. A deux ils affronteront les vicissitudes de l’existence et elles sont ici nombreuses. Le style est emporté. Et ceux qui éprouvent des difficultés de vision apprécieront le recours à une typographie grossie. Vous aurez sans doute très hâte au tome 2.

William et Eva.  Tome 1 A un fil du bonheur. Mélanie Côté. Fides 341p.   www.groupefides.com


 


 

Le Millénium 5, toute une cuvée

Dire que le volet 5 de la saga Mllénium était attendu est en dessous de la vérité. Les fans de cette saga scandinave l’attendent comme d’autres le beaujolais nouveau. Dans les deux cas, la cuvée est particulièrement intéressante. Car le personnage principal de ce tome, Lisbeth Salander, que l’on voit à droite sur la jaquette de couverture avec son dragon tatoué au dos, nous fait penser à la partenaire femme forte de la télésérie culte « Chapeau melon et bottes de cuir » pourfendant les méchants. Elle, c’est l’injustice tout court qui lui donne la nausée. Et en ce qui nous concerne, elle traque des laboratoires à la solde de gouvernements véreux qui manipulent des éléments génétiques. Et pas pour les meilleures intentions. Et l’auteur David Lagercrantz nous livre des éléments de la prime enfance de « l’héroïne » qui expliquent son comportement fougueux en tout temps. Cet opus ne démérite pas la saga bien au contraire. A preuve, en fin de bouquin, la longue liste de remerciements, qui témoigne des nombreuses consultations scientifiques qui ont présidé à l’élaboration de l’histoire. Le romancier nous donne des pages enlevantes. Les femmes à poignent ça pogne.

Millénium 5 La fille qui rendair coup sur coup. David Lagercrantz. Actes Sud 404p.   www.actes-sud.fr


 


 

Le Québec qui fait dur

L’uniformité est né un jour d’ennui dit-on. Et au Québec où la réflexion ne doit pas lever plus haut que le gros orteil, qu’il est tonifiant de lire ce petit brûlot de Dalie Giroux, Le Québec brûle en enfer. La pamphlétaire est professeure agrégée de pensée politique à l’Université d’Ottawa. Elle livre en quelques pages une radiographie décapante d’une province moribonde avec des « gloires » qui ont pour nom Richard Martineau et Ricardo dont les portraits sont de purs délices d’ironie. A lire ces lignes on se rend compte de notre petit côté trèsé provincial. Et pour la question d’un pays à bâtir, allez directement au chapitre consacré à la débâcle du Parti québécois qu’elle qualifie très justement de formation politique correspondant uniquement à une génération donnée et qui n’a pas su transmettre la flamme. Bravo madame.

Le Québec brûle en enfer. Dalie Giroux. M éditeur 130p.    www.editionsm.info


 


 

Une enquête sur les traces de Romain Gary

En fait ce n’est pas tellement dans le spas de Romain Gary que François-Henri Désérable s’est placé, mais dans ceux d’un personnage à qui le grand écrivain avait fait une promesse, Un certain M. Piekielny. Ce dernier habitait à Wilno et avait fait jurer à Gary qui alors enfant et voisin et qui s’appelait encore Romain Kacew, de ne jamais oublier de le mentionner comme étant un grand homme. Et pour la petite histoire l’auteur de « La promesse de l’aube » ne faillira pas à son engagement. Pour le sieur Désérable, voilà un beau sujet. Mais qui était donc ce M. Piekielny ? Si son livre porte la mention de roman, c’est à une véritable enquête identitaire que l’on assiste, où l’écrivain rassemble progressivement les morceaux du puzzle. Avec pour résultat la plus belle surprise littéraire à ce jour de cette rentrée. Par le fond et la forme. Heureusement qu’il y a de tels livres en ce monde pour ne pas désespérer tout à fait.

Un certain M. Piekielny. François-Henri Désérable. Gallimard 259p.  


 


 

Un scénariste veut porter la vie d’Herman Melville au grand écran

Autre belle découverte chez Gallimard Tiens ferme ta couronne de Yannick Haenel qui met en scène un scénariste qui a accouché d’un gros pavé portant sur la vie d’Herman Melville le grand écrivain américain et célébrissime pour une seule œuvre, Moby Dick. Il va connaître les aléas de la tournée des producteurs qui lui opposent un refus catégorique. Alors dans sa tête germe cette folle idée, nettement ambitieuse de le proposer au cinéaste Michael Cimino. La rencontre va se dérouler à New York et le réalisateur se donnera la peine de lire le scénario. Maintenant on dit toujours à propos du merveilleux monde du show-business que les plus belles histoires commencent par un non. Est-ce ce qui va se produire pour le scénariste ? On vous cache bien sûr la conclusion. Mais sachez que peu importe l’issue, on se trouve devant une histoire rondement ficelée qui va vous passionner du début à la fin. C’est plein de belles folies.

Tiens ferme ta couronne. Yannick Haenel. Gallimard 333p.


 


 

La musique qui peut sauver des vies

L’adage bien connu nous a dit que la musique adoucit les mœurs. Elle peut bien plus. S’inspirant de sa propre vie tandis qu’il écrivain son « Cendrillon » Éric Reinhardt raconte cette histoire où Nicolas, compositeur de musique de son état qui a la douleur de voir son épouse Mathilde atteinte du cancer. A ce moment là il est en pleine création d’une symphonie. Il laisserait tout tomber pour s’occuper de sa douce et alléger ses souffrances, mais cette dernière l’enjoint plutôt de poursuivre son travail. Et c’est dans La chambre des époux que le musicien fera entendre au piano l’état de la composition au jour le jour. Sa conjointe lui avait dit que ce serait la belle union de leurs forces conjointe. Un peu comme Mozart qui avait demandé la guérison de sa femme à Dieu en échange de quoi il composerait une ouvre de reconnaissance. Ce fut sa Messe en do. Oui la musique peut de grandes choses. Ce roman nous en donne une énième preuve. En même temps qu’un tribut à la nécessité des arts dans nos vies.

La chambre des époux. Éric Reinhardt. Gallimard 174p.  


 


 

Marc Dugain enquête sur la mort de Robert Kennedy

Le grand Marc Dugain exploite à titre de variation sur le même thème, celle de la psychose. Qui ici dans Ils vont tuer Robert Kennedy est celle d’un professeur de l’Université de Colombie-Britannique qui établit une concordance entre la mort de ses parents et l’assassinat de Robert Kennedy. D’entrée de jeu sa légère paranoïa lui fait craindre qu’une de ses jeunes élèves qui le regarde avec un peu d’intensité est peut-être mandatée par la CIA. Mais ce pourrait être du n’importe quoi ce Ils vont tuer Robert Kennedy. Le grand intérêt est de nous situer le cadre dans lequel Bob Kennedy périra sous les balles. On voit qu’il s’est abondamment documenté et ça nous offre un très beau cours d’histoire américaine contemporaine.

Ils vont tuer Robert Kennedy. Marc Dugain. Gallimard 399p.


 


 

Reine et la mobylette bleue

Régine Desforges nous avait donnée en son temps « La bicyclette bleue ». Voici que Jean-Luc Seigle nous offre lui, Femme à la mobylette. Et on saura qu’elle est de même couleur. Nous voyons vivre péniblement une prolétaire prénommée Reine qui mettra la main sur le deux roues à moteur. Qui va coïncider avec l’obtention d’un emploi pas assez singulier, thanatopractrice. Elle est folle de joie, car elle en avait marre du travail en usine, sans rien à l’horizon. Mais son bonheur sera obscurcit par le fait que les autorités veulent la échoir de la garde de ses enfants. On vous dira pourquoi. Pas de chance pour cette femme que la malheur talonne  jusqu’au tragique. Le romancier fait jouer du violon, mais on est attiré par ces tristes sonorités. Car la vie de Reine ressemble plus souvent à la vraie vie qui comptabilise plus de peines que de joies.

Femme à la mobylette. Jean-Luc Seigle 238p.  


 


 

Un Rock et Belles Oreilles dans la BD

Taratatata! Sachez gentes dames et damoiseaux que le sieur Yves Pelletier oui l’humoriste et membre des célébrissimes Rock et Belles Oreilles qui fait son entrée au noviciat de la BD avec Valentin. Pour sa première incursion dans le neuvième art, il s’est associé à l’illustrateur Pascal Girard. Et le scénario est très de notre temps alors que beaucoup de femmes sans hommes ont jeté tout leur dévolu sur une petite bête qu’elle humanise à outrance. Ici Stéphanie a son mec mais qui lui se sent complètement dépossédé, quasi inexistant, le jour où sa compagne décide de faire entrer un chat dans leur vie et qu’elle surnomme affectueusement « Bébé ». C’en est trop pour ce pauvre monsieur qui voit son capital d’attention dilapidé en plus qu’il est allergique. Madame s’en fout. Cet album va en interpeler sans doute plusieurs et c’est en raison du thème si contemporain, une réussite totale. Chapeau aux duettistes. Et le sieur Pelletier est maintenant totalement adoubé.

Valentin. Yves Pelletier et Pascal Girard. La pastèque 125p.   www.lapasteque.com


 


 

Il pèse lourd l’annuel de l’automobile 2018

C’est à n’en pas douter un réel tour de force que réalise chaque année le quatuor des auteurs B. Charrette, E. Lefrançois, P. Michaud et A. Joubert et leurs collaborateurs de L’annuel de l’automobile qui depuis dix-sept ans nous tient au courant des tendances du côté des rutilantes de la route. L’édition 2018 excusez le jeu de mot facile, tient la route. Un gros pavé qui se signale par l’ajout d’un deuxième avis au premier lu qui vient apporter une sorte de contrepoint. C’est le guide du genre qui présente les fiches techniques les plus complètes. Avec des reportages tel celui sur l’Italie des voitures de rêve. Un dossier, les 70 ans de Tucker et bien entendu la revue de l’année. Qui permet à l’amateur de bagnoles, soit de rêver ou bien de l’aider à le fixer dans son achat du prochain véhicule. Et félicitons les éditions La Presse pour le soin jaloux mis à la présentation graphique, si attrayante qui parvient même à intéresser celui qui n’a même pas de permis de conduire.

L’annuel de l’automobile 2018. Collectif. Les éditions La Presse 704p.    www.editionslapresse.ca


 


 

Chiens et chiots craquants

Le meilleur ami de l’homme tel est le vocable qu’on a attribué au chien pour les inestimables services qu’il rend à l’homo sapiens dont le non moindre est de lui tenir compagnie et alléger souvent sa solitude. Nicola Jane Swinney nous offre un grand album qui répertorie les grandes races de chiens. Nous vous mettons au défi de le feuilleter sans éprouver aucune émotion à la vue de ces photos magnifiques. Car ils sont craquants ces canidés petits et grands. Surtout les chiots. Chaque animal à sa fiche signalétique avec les traits de personnalité qui les caractérisent. Ça donne comme le goût d’en avoir un sur-le-champ.

Le meilleur ami de l’homme. Nicola Jane Swinney. Broquet.   www.broquet.qc.ca


 


 

C’était Madeleine rescapée de l’abandon

C’est une petite plaquette mais si dense. En effet Petite Madeleine de Philippe Lavalette raconte la grand-mère de l’auteur, enfant abandonnée devant une conciergerie et recueillie avec amour par Madeleine Fargeau modèle du peintre Amedeo. C’est le 4 janvier 1909. La suite c’est le vécu de cette enfant qui grandit dans un monde où le mal côtoie le bien, et aussi la descendance de cette dernière. C’est un hommage de l’écrivain à cette battante à qui la vie avait réservé un bien plus triste sort, n’eu été de la bienveillante Madame Fargeau. On ne lit pas ces pages sans se demander si la vie est un réel cadeau.

Petite Madeleine. Philippe Lavalette.  Éditions marchand de feuilles 165p.   www.marchanddefeuilles.com


 


 

Il était une fois un québécois qui se rêvait dans l’Ouest américain

Décidément on sort les souvenirs aux éditions Marchand de feuilles. Eh oui, après Philippe Lavalette qui raconte sa grand-mère dans « Petite Madeline » au tour d’Olivier Dufault de raconter son ancêtre Ernest Dufault un québécois qui fantasmait à l’idée de vivre l’épopée du Far-West et qui décida, aussi jeune qu’à quinze ans, en 1907, de vivre son rêve. Il mena toute sa vie une double vie en prenant le nom d’emprunt de Will James. Et il fit vraiment mille métiers, de cowboy à voleur de grand chemin, cavalier de rodéos, cascadeur pour le cinéma, mais surtout illustrateur et auteur. Et c’est ainsi que des années vingt à quarante il eu une renommée certaine en livrant des récits sur les ranchs. Il écrivait même son autobiographie un peu arrangé va sans dire connaissant le personnage qui aimait s’entourer d’une aura fantastique. Il mourra à 50 ans des suites d’une cirrhose. Le descendant s’attarde sur l’année 1914 alors que l’aïeul doit affronter la justice. Adaptant librement le contexte, l’auteur se base toutefois sur des documents authentiques. Bénédiction c’est le titre, est son premier roman.  Ceux qui aiment le climat entourant la vie dans l’Ouest américain apprécieront hautement.

Bénédiction. Olivier Dufault. Marchand de feuilles 451p.   www.marchanddefeuilles.com


 


 

Une jeune fille transformée en véritable machine de guerre

Un critique littéraire du New York Times n’y est pas allé à demi mot en qualifiant American war d’Omar El Akkad de comparable aux écrits de Philip Roth ou d’un Cormac McCarthy. Peu importe ce qu’en disent nos voisins du sud de la frontière, il n’en reste pas moins que ce roman tombe à point nommé où sous l’impulsion d’un Donald Trump, les vieux démons de rébellion des états sudistes surgissent. Et c’est tout le propos du romancier qui « organise » une guerre entre les états du nord et du sud sur fond de contrôle des énergies fossiles. On pourrait parler ici de guerre environnementale. Il arrivera qu’au cours de ce conflit le père d’une jeune fille, Sarat, perdra la vie. Cette désormais orpheline de père qui a grandi tranquillement aux abords de Mississipi, sera recueillie par un homme qui agira tel un mentor qui fera en sorte que la douce fillette d’origine va muter en furie destructrice. Vous dire que c’est un texte fort est un euphémisme. Aux États-Unis on ne fait jamais rien à moitié.

American war. Omar El Akkad. Flammarion 450p.   


 


 

L’Apocalypse à petite échelle

Est-ce le contenu des actualités ? Toujours est-il qu’à l’écoute des infos télé on a l’impression d’être à proximité de la fin du monde, surtout avec les sursauts du climat, tremblements de terre, ouragans, tsunamis, inondations et quoi encore. Si vous êtes pessimiste de nature vous allez vous repaître du  dernier roman de Marilyne Fortin « Le Potager » qui lui aurait été inspiré dit-on à la suite des ravages du virus Ebola. Elle imagine un Québec qui est frappé de plein fouet par une épidémie planétaire. Et dès lors on doit chez nous se mettre en mode survie avec port de gants et de masques et rationnement des ressources vitales. Ce qu’on imagine à peine nous arriver dans la Belle Province. On suit une jeune mère de famille qui fait corps avec le quartier pour entretenir un potager. Mais vous verrez c’est un véritable cauchemar auquel elle est confrontée. On est carrément en mode survie. Après lecture, il y a ceci de bien, vous apprécierez l’ennui que l’on vit dans la Belle Province.

Le Potager Marilyne Fortin. Québec Amérique 340p.    
www.quebec-amerique.com


 


 

Des expressions françaises défavorables aux femmes

Sous la direction de Suzanne Zaccour et Michaël Lessard on a demandé à une trentaine de voix féministes québécoises d’aider à répertorier sous forme d’abécédaire ce qui est devenu le Dictionnaire critique du sexisme linguistique. Ça va du mot abus à vache en passant par blonde et ornement. Tout ce qui peut de près ou de loin prêter flanc à des vexations ayant pour objet premier la femme. On vous rassure, loin d’être une charge sans nuance, il y a au contraire beaucoup d’humour ou de saines réflexions à faire.

Dictionnaire critique du sexisme linguistique. Collectif. Somme toute 260p.   www.editionssommetoute.com


 






 

Le coin santé physique et psychique

De grandes plumes au service de la nature. C’est ainsi que l’on peut mieux décrire la démarche entreprise par Patrick Scheyder et présentée par la journaliste Véronique Badets qui est rien de moins qu’une anthologie de grands noms de la littérature ou des sciences qui ont écrit sur l’importance de la préservation de la nature. Ça va de Lucrèce à notre compatriote Hubert Reeves. Écoutons la nature que publie Novalis contient des perles notamment chez l’éternel sage qu’est Montaigne quand il raille les prétentions de l’homme à vouloir faire la leçon à la nature. On voit comment aujourd’hui il en paie le prix. De belles trouvailles à faire.

Chez le même éditeur voici cette fois D’encre et de chair de Robert F. Lalonde. Ceux qui aiment les témoignages à l’aune de l’espérance sont bien servis car l’auteur, grâce au soutien et à la formation dispensée par l’Institut de formation humaine intégrale de Montréal a accompli un périple qui l’a mené tantôt au Liban, au Rwanda, en République démocratique du Congo, au Honduras et en Haïti. Et pour chacun de ses interlocuteurs il débutait par cette présentation « Vos témoignages sont l’encre dont ma plume a besoin pour donner vie à vos histoires et bâtir la paix. » Les gens qu’il a croisés dans ces zones de misère quand ce n’est pas de violence, auraient pu entretenir de la rancœur et perpétuer des degrés de souffrance humaine. Au contraire, ces personnes ce sont métamorphosées en êtres de paix et de compassion pour les autres. Et ce sont leurs témoignages que l’on peut lire. Comme quoi il peut toujours y avoir de la lumière au bout du tunnel.

Une place pour chaque chose et chaque chose à sa place nous inculquaient les religieuses qui voulaient que leurs pupilles apprennent à mettre de l’ordre dans leurs affaires. Et le commandement est toujours d’une éternelle utilité, surtout au plan psychique. Une maison dans le désordre est indéniablement la marque d’une personne quel que peu dépressive ou négligée. Marie Kondo publie chez Flammarion Québec Ranger inspire la joie qui est dans la foulée de son précédent best-seller du genre voici deux ans « Le pouvoir étonnant du rangement ». Elle se fait le chantre qu’il n’y a pas plus accomplissement personnel de faire maison nette autour de soi et de ne pas s’encombrer inutilement. Qu’est-ce qu’on a de la difficulté parfois à mettre au rancart certaines choses auxquelles on croit qu’elles pourraient servir un jour ou l’autre. Avec des accumulations du pas possible. Sa méthode qui connaît un vaste succès autour du monde reprend les grands principes du rangement et comment s’y prendre. C’est en même temps une thérapie éprouvée dans les centres de désintoxication. Au Betty Ford center, même Elizabeth Taylor devait passer le balai.

Enfin, aux éditions La Presse, la journaliste Mylène Moisan nous offre Les gens heureux ont une histoire. Quelqu’un a écrit un jour qu’on pourrait presque faire un roman avec chaque personne que l’on croise. Et il a sans doute raison à lire tous ces témoignages que l’auteure a recueillie. Une soixantaine de ce qu’on appelle communément des petites gens, ou le vrai monde si cher à Janette Bertrand. Des individus qui traversent le quotidien avec son lot de vicissitudes, parfois de véritables drames comme la mort d’un enfant et qui persistent malgré tout. Une dame raconte entre autres comment un bon steak haché et des oignons constituent encore dans sa famille un véritable festin. En somme comment s’accommoder de la vie quand on ne nous a pas fourni au départ le mode d’emploi. C’est gorgé d’espérance à chaque page.



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