- juin 2021 -
 
 

 


Le sort de nos religieuses à Nagasaki au moment de l’attaque nucléaire

Malgré ce que l’on pense et l’abondante littérature touchant à la Seconde guerre mondiale, il y a quantités d’événements qui ont été relégués dans l’ombre. Exemple, ce qui s’est passé à Nagasaki par rapport à Hiroshima. Saviez-vous par exemple que de nos religieuses québécoises se trouvaient dans la première ville et échappèrent de peu à cet holocauste nucléaire. C’est un épisode méconnu que rend compte Alain Vézina un professeur de cinéma et de journalisme au Cégep de Saint-Jérôme et rompu au documentaire. Dans Les soeurs québécoises de Nagasaki il décrit ce que furent ces moments épiques de l’histoire japonaise, alors que les troupes nippones ne voulaient pas rendre les armes. On connaît la triste réplique des américains larguant ces armes fatales. On a peu su de nos religieuses car deux seules ont écrit de brefs souvenirs, complétés par contre par ceux d’une religieuse britannique, des lettres et des archives fédérales suisse qui s’occupaient des étrangers vivant au Japon. C’est rendre justice à l’héroïcité de ces femmes consacrées qui n’ont aucunement éprouvé de ressentiment envers les japonais, considérant qu’eux aussi avaient amplement soufferts de la guerre. Une riche iconographie permet de faire revivre ces heures sombres.

Les soeurs québécoises de Nagasaki Alain Vézina. Les éditions GID 156p.    www.leseditionsgid.com

 

 

 


Une grande ode à Forillon

A Forillon en Gaspésie il y eut un grand chambardement alors que les autorités voulant faire un parc national expropriant à partir de 1970 avec toute absence de délicatesse 226 familles, 1800 propriétaires, détruisant 1200 bâtiments. Un triste constat sur lequel revient un poète Sylvain Rivière né à Carleton et un photographe Ronald Labelle. Le résultat, une grande ode, long texte fleuve et poétique célébrant ses lieux que complètent des photos émouvantes. C’est un beau tribut à ce joyau naturel. Six villages disparurent ce qui n’est quand même pas rien. Heureusement deux artistes n’ont pas oublié qui ont décidé de rendre justice par cette sorte de mémorial.

 L’arête de Forillon Sylvain Rivière et Ronald Labelle. Les éditions GID 164p.    www.leseditionsgid.com

 

 

 



 


Qui est donc Guillaume de Beaujeu ?

C’est la question qui est posée en quatrième couverture de Le dernier Templier en Terre Sainte à l’historien médiéviste Louis de Vasselot de Régné. Son nom hélas a été relégué dans l’ombre par Jacques de Molay immolé sur le bûcher et qui servit de générique à la télésérie culte des Rois maudits. Ce de Vasselot de Régné qui tomba au combat jouissait d’une renommée qui le faisait ami de la papauté, inventant le réseautage avant l’heure et dont la mort jeta l’affliction parmi les siens et surtout les soldats dont il avait la charge. Un valeureux guerrier dont l’historien réhabilite le souvenir. Pour ceux qui adorent l’époque des Croisades vous êtes dans une véritable bonbonnière, car l’auteur se double d’être un remarquable conteur. C’est aux éditions Vendémiaire.

Et si vous voulez demeurer dans la même ambiance des Templiers en bataille, nous suggérons ce roman écrit à quatre mains du duo Éric Giacometti et Jacques Ravenne Résurrection” chez JC Lattès qui nous ramène en 1291. C’est un groupuscule de Templiers chargé d’une mission secrète qui sera entièrement décimé, sauf un, en plein désert. Le rescapé est chevalier. Et là, les duettistes font un grand saut dans le temps, soit en 1943, alors qu’un dénommé Tristan Marcas mène une enquête qui le conduit du Vatican à des châteaux allemands. Il cherche à élucider un mystère qui est en lien avec notre templier survivant. L’éditeur évoque un James Bond d’époque. Pas si bête.  C’est un thriller historique bien ficelé.  Cette lecture complète bien la première.

 

 

 


Quand un ex président américain s’allie à un maître du polar

Il ne pouvait y avoir de rencontre plus improbable que celle de l’ancien président américain Bill Clinton et ce familier des best-sellers et maître du polar James Patterson. Et pourtant c’est la réalité. Les deux se sont attelés à une fiction La fille du président. On ne nous dit pas si Chelsea la fille de Clinton a apprécié cette anticipation car l’histoire est celle de la fille d’un ancien président des États-Unis qui a été kidnappée. Et comment le paternel va mettre tout en oeuvre pour la retrouver. Ça ressemble un peu à cette traque du bébé de Charles Lindbergh, kidnappé dans un contexte autrement plus tragique. C’est la deuxième collaboration des deux hommes qui avaient cosigné avec succès “Le président a disparu”. Décidément les disparitions font du chiffre. On pourrait être cynique, mais le pire c’est que ça se lit avec un plaisir coupable.

La fille du président Bill Clinton et James Patterson. JC Lattès 491p.    www.editions-jclattes.fr

 

 

 


Un contrôlant vaincu par la force de l’amour

EL James a fait fantasmer passablement de lecteurs et de lectrices avec son best-seller, “Cinquante nuances” Il persiste et signe avec More Grey qui serait pour résumer un cinquante nuances plus claires. En effet, le très contrôlant Christian Grey demande officiellement la main d’Anastasia Steele. Serait-il sur le point de se ranger ? Pas si simple que celà car cette nouvelle union donnera cours à des soubresauts. On ne change pas son goût du contrôle aussi simplement. Ce qui viendra à bout de ce dominant c’est la force amoureuse d’Anastasia. Il y a en toute fin un beau témoignage de l’homme conquis par le rayonnement affectueux de sa dulcinée. Les amoureux de romance seront servis.

More Grey EL James. JCLattès  716p.      www.editions-jclattes.fr

 

 

 


Un crime et son rebondissement dans la France méridionale

Voici une histoire comme les aimait Claude Chabrol au cinéma. Un crime sordide qui va trouver un rebondissement vingt ans plus tard. Ce qu’il reste de Julie de Sébastien Didier met en scène un écrivain qui voit surgir un roman qui donne son titre au livre et qui ravive la disparition sanglante de sa Julie morte à Sainte-Geneviève dans le sud de la France, voici deux décennies. L’utilisation de l’ADN et le rôle joué par un oncle vont créer en fin de roman une finale insoupçonnée. Il y a dans cette écriture, une finesse qui ne peut pas nous laisser indifférents. Et puis on suit le tout avec une curiosité qui ne nous laisse pas en repos de page en page. Le romancier a déjà retenu l’attention dès ses premières incursions en littérature et il ne va pas démériter avec celui-ci. Nous parions que le cinéma aura tôt fait de récupérer le sujet.

Ce qu’il reste de Julie Sébastien Didier. Hugo thriller 425p.     www.hugoetcie.fr

 

 

 


Dovlatov l’iconoclaste russe

La maison d’édition La Baconnière a pris sur elle de diffuser les écrits du russe Sergueï Dovlatov(1941-1990) né en Russie et mort à New York à la suite d’un exil. C’est un joyeux trublion qui se faisait renvoyer de partout au motif qu’il était indiscipliné. A la direction de l’édition on est tombé en amour avec cet irrévérencieux de première grandeur. C’est pourquoi on publie La valise un recueil de chroniques où il traite de tout et de rien mais avec quelle ironie. Surtout il ne manquait pas de matériel avec les absurdités de la vie quotidienne en Union soviétique où il ne sera jamais publié, vu sa qualité d’idéologiquement hostile. Ce qui le rend attachant c’est son haut degré d’autodérision. Vraiment ce gars là est à connaître. C’est une bouffée d’oxygène surtout à notre époque de bien pensance.

La valise Sergueï Dovlatov. La Baconnière 161p.     www.editions-baconniere.ch

 

 

 


Un visage moins reluisant du Cap-Vert

Sans aller jusqu’à qualifier l’archipel du Cap-Vert de lieu maudit, disons que sans conteste c’est une géographie inhospitalière devenue ensuite colonie portugaise. Jusqu’à la fin des années vingt il n’y avait pas de littérature proprement locale. A l’orée de la décennie suivante va émerger un courant nommé Claridade qui est aussi le nom d’une revue dans laquelle sera publiée des auteurs qui préfigureront des lettres locales.  Pour avoir une idée des thèmes exploités alors nous vous invitons fortement à vous procurer Récits & nouvelles du Cap-Vert au sein duquel bouquin vous allez retrouver des signatures de cette époque héroïque. Il y a dans ces pages des descriptions qui écorchent un peu beaucoup les images d’Épinal que l’on a pu se faire sur cette contrée exotique. On trouvera une couleur teintée de morna qui serait l’équivalent de la saudade portugaise. Et ça vaut autant en musique qu’en littérature. De sacrées belles découvertes à faire.

Récits & nouvelles du Capt-Vert Collectif. Chandeigne 182p.

 

 

 


Une présidence Trump vue à travers le prisme du marketing

Dire que Donald Trump a tout bousculé sur son passage est un poncif. C’est que tant que l’on analysait le politicien avec les grilles habituelles, on ne pouvait qu’être égaré. S’il y en a un qui a bien saisi le personnage c’est Zeil directeur général associé du Alasala College Business et rompu aux savoirs en marketing. Et il a très bien compris que ce locataire hirsute du Bureau Ovale a géré la Maison-Blanche comme un business. Il n’en dit pas moins dans Donald Trump un livre qu’il décrit comme une autopsie marketing. Il revient sur son parcours qui l’a mené au sommet de la vie politique américaine. S’il donnait l’air d’improviser continuellement, l’essayiste remet toujours le gars de marketing en selle. C’est la seule lecture qui peut permettre de comprendre la gestion de cette présidence hors-norme. Par cet essai il veut mettre en garde contre ceux qui seraient tentés de faire dans le populisme comme lui avec le degré de danger que cela comporte. En fin de lecture on comprend mieux Trump qui d’ailleurs a repris le collier en vue de se représenter possiblement pour un autre mandat présidentiel. Et pour ceux qui voudraient approfondir le sujet, le professeur nous gratifie d’une bibliographie de fond.

Donald Trump Zeil. Hermann éditeur 246p.     www.editions-hermann.fr

 

 

 


Douloureux règlement de compte d’une fille sur son père dur colonisateur

Un de nos proches à la rédaction a développé cette grille d’analyse pour deviner quel sera le comportement d’une femme avec les hommes. Simplement de lui demander quelle a été la relation avec son père. Si la réponse est négative, elle ne parviendra pas à s’entendre avec la gent masculine qui sera toujours source de conflits. Eh bien ici cette grille est difficilement applicable pour le cas d’Isabela Figueiredo née et  établie avec sa famille colonisatrice au Mozambique. Et il y a justement ce père, une brute faite homme dont les agissements révulsaient la petite fille qu’elle était. Mais en même temps elle ne parvenait pas à le détester.  C’est au moment où elle rentre au Portugal et que son père demeure au Mozambique, que ce dernier l’enjoint de raconter ce qu’elle a vécu. Il ne pouvait imaginer le résultat avec ce Carnet de mémoires coloniales où elle ne ménage nullement ce pater familias. C’est une autobiographie poignante où les vraies choses sont décrites touchant au colonialisme à la sauce lusitane.

Carnet de mémoires coloniales Isabela Figueiredo. Chandeigne 236p.   www.chandeigne.fr

 

 

 


Un nonagénaire de haute culture fait ses comptes

A 94 ans on a droit au respect, à tout le moins, l’attention. Et c’est la considération que nous devons à Jérôme Peignot né à Paris est descendant d’une lignée de typographes de renom, dont un grand-père à qui on doit notamment le caractère Garamond dont nous nous servons à Culturehebdo pour la rédaction des textes. Par après, ce fils d’une soprano en vue, typographe à son tour, a été dans le monde de l’édition chez Denoël notamment et aussi homme de radio. Disons le tout de go c’est un érudit dont la curiosité est sans limite. Et il en fait l’éclatante démonstration dans ce livre de mémoires Ma part d’infini où il traite de la vie, de l’art, de l’amour dont il dit qu’elle est l’unité de mesure de l’infini (jolie formule) et de la mort qu’il laisse venir à elle comme le souhaitait en son temps un Montaigne, sans trop s’attarder à elle. On sort de cette lecture plus intelligent que lorsqu’on y est entré. Il nous éblouit par cette culture qui est la véritable richesse de ce monde.

Ma part d’infini Jérôme Peignot. Les impressions nouvelles 185p.   

 

 

 


François Gendron revient sur 42 ans de politique

Il a été élu en 1976 député péquiste de la circonscription d’Abitibi-Ouest comptant 45 municipalités. Et il est demeuré en poste durant 42 ans occupant toutes sortes de fonctions, jusqu’à la présidence de l’Assemblée nationale. Retraité de la politique après avoir été le doyen de la députation en Chambre, il a senti le besoin de partager des réflexions avec son gros bon sens. Une d’elles est savoureuse “Le Seigneur t’a donné deux oreilles et une bouche , c’est pour que tu écoutes deux fois plus que tu parles”  Pour coucher ses souvenirs sur papier il a eu recours à un de ses concitoyens abitibien l’écrivain Samuel Larochelle. Avec la perspective d’accoucher d’un bon livre, ce qui est le cas. Il a toujours été très respecté car lui-même a toujours été dans le respect des autres, et ceux de l’opposition il les a toujours vu comme des adversaires plutôt que des ennemis. C’est toute une fresque de la politique québécoise qu’il fait défiler. Avec en complément des portraits et des conseils à ceux qui envisagent un jour de faire de la politique. Du côté des portraits, on sera surpris du peu de pages concernant René Lévesque. D’une par, même s’il a été des députés péquistes de la première heure, il n’a jamais été un intime du chef et que ce dernier ne se liait pas facilement. Par contre Jacques Parizeau a plus d’espace ou encore une Pauline Marois qui le déconcertait, tellement elle avait une énergie stupéfiante, faisant du porte à porte...enceinte.  Du jamais vu selon lui, reprisant des tissus dans sa voiture ministérielle ou recevant tous les week-end dans sa propriété, cuisinant elle-même pour tout ce monde. C’est un beau livre de souvenirs où il regrette que la politique d’aujourd’hui n’est plus la même avec l’irrespect dans lequel on tient les politiciens et les effets ravageurs des médias sociaux, lui qui n’a jamais été un amoureux du numérique. Nostalgie quand tu nous tiens.

François Gendron 42 ans de passion pour le Québec et ses régions Avec la collaboration de Samuel Larochelle. Druide 370p.     www.editionsdruide.com

 

 

 


Louise Portal et sa grand-mère adoptive et centenaire

Ce ne peut-être que fort intéressant ce croisement d’une septuagénaire artiste, ici Louise Portal avec une centenaire Jeannette Rivière qui deviendra par le hasard d’une rencontre aux Îles-de-la-Madeleine, la grand-mère adoptive de la première. Et elles se sont mises à correspondre depuis une décennie. De cet échange épistolaire on a retenu de forts belles lettres contenues dans un livre attachant L’héritage des mots. L’aïeule Rivière est assez phénoménale puisqu’elle a publié à 90 ans un premier ouvrage “Éloge à la vie” qui charma la Portal. Dans ce que nous avons entre les mains se trouvent des perles de réflexion, parfois tournant autour de petits faits du quotidien. Quand elle est à Aix-en-Provence, la comédienne et chanteuse, prend le temps d’arracher sa correspondante à la solitude avec de tendres mots, et l’occasion pour dame Rivière de revenir sur ses voyages en France. Cette rencontre de deux générations est fort fertile comme vous pourrez le constater vous-même.  Et qui est un sérieux démenti à l’adage “loin des yeux, loin du coeur”.

L’héritage des mots Louise Portal et Jeannette Rivière. Druide 205p.     www.editionsdruide.com

 

 

 


Un guide de montage et sa belle Olga

Les récits ont ceci de supérieurs aux romans qu’ils ne prennent pas des voies détournées, le signataire se mouille et l’authenticité des chapitres enrichit notre être. C’est à quoi nous songions en parcourant Cheminements de Michel Zalio alias Andrey dans le texte qui est guide de montagne et qui va accueillir Olga, renversante de beauté et hélas femme mariée, et déçue par sa vie conjugale. Ils vont passer trois jours en escalade au Mont-Blanc, vivre une mini-romance. C’est de tout cela qu’est constitué ce livre qui est une belle dédicace à l’amour. Car si l’écrivain le dit d’entrée de jeu, ne pas avoir fait de grandes écoles, c’est tant mieux, celle de la vie est nettement plus enrichissante. Et l’homme a à nous dire sur l’existence.  A l’ère MeToo où on assiste à des règlements de comptes, il est réconfortant de voir un homme et une femme s’aimer. Et un homme le dire. Mieux, l’écrire.

Cheminements Michel Zalio. Éditions du Mont-Blanc 193p.     www.leseditionsdumontblanc.com

 

 

 


Leur vie comme un processus de démolition

C’est Francis Scott Fitzgerald qui définissait la vie comme un processus de démolition. On ne peut pas dire qu’il était du côté des optimistes. Si on le cite, c’est que les éditions P.O.L. réédite le deuxième des quatres romans de sa courte mais intense vie littéraire Beaux et maudits. Qui narre la rencontre d’un oisif en attente d’un somptueux héritage et dont la route va croiser Gloria fort bien dotée physiquement par la nature.  Cest deux-là forment alors un couple toxique dont l’issue de leur rencontre ne pouvait être que néfaste.  Une réédition avec une nouvelle traduction de Julie Wolkenstein. Ceux qui appartiennent à l’école de pensée qui veut que l’argent ne fait pas le bonheur, auront de quoi trouver des arguments additionnels. Le sage n’a t-il pas dit que l’oisiveté est la mère de tous les vices. On en a ici la parfaite illustration dans cette Amérique du début du siècle dernier. . Un désoeuvrement qui a fait le fond de commerce de Fitzgerald. Un livre qui déboulonne les a priori sur le rêve américain. C’est une formidable étude sur la nature humaine qu’il faut avoir lu au moins une fois.

Beaux et maudits Francis Scott Fitzgerald. P.O.L. 612p.    www.pol-editeur.com

 

 

 


Faites connaissance avec Natsuki une mahô shôjo chargée de pouvoirs

Petite parenthèse de culture japonaise contemporaine. Dans l’univers des manga si chers à bien des jeunes lecteurs de par le monde, une mahô shôjo est une jeune fille dotée de pouvoirs magiques. Elle a souvent un objet symbolique et un animal de compagnie. Et puis elle a pour mission de lutter contre les forces du mal. C’est exactement de cela dont il est question dans Les Terriens de Sayaka Murata. La mahô shôjo dans ces pages se nomme Natsuki. Tout au long du livre, elle parle à la première personne, ce qui confère davantage de proximité avec le lecteur. Elle a pour compagnons un hérisson en peluche qui...s’exprime car il l’exhorte à sauver les Terriens. Puis il y a son cousin Yù qui est son âme soeur.  Le temps va les distancier un peu, mais ils se retrouveront car ils ont une mission à accomplir. C’est un roman d’anticipation avec une connotation mythique qui n’est pas pour déplaire. Amateur d’exotisme, vous êtes en territoire béni.

Les Terriens Sayaka Murata. Denoël 242p.  

 

 

 

Retour sur Gema

La narratrice de Gema revient sur cette jeune fille barcelonaise morte à quinze ans, dont le prénom donne son titre au roman et qui lui avait toujours fait une impression marquée. Oubliez le préjugé des femmes qui se crêpent le chignon. Il y a de belles rencontres parfois entre elles, et ce bouquin de Milena Busquets en fait foi. De l’amitié comme dans ces pages que n’aurait pas renié un La Boétie célèbre avec sa phrase sur son amitié avec Montaigne “Parce que c’était lui, parce que c’était moi”.  Transposez ici par “Parce que c’était elle, parce que c’était moi”.  Dans cette histoire, ces lycéennes de l’époque n’ont pu se fréquenter longtemps en raison de la maladie qui emporta Gema. Mais tout tient dans la densité. On voit la protagoniste revenir sur les lieux d’antan et faire le portrait de l’infortunée disparue. Un beau texte est encore le plus beau qualificatif qui soit.

Gema Milena Busquets. Gallimard 140p.

 

 

 


Chroniques Airbnb

 Le paysage urbain s’est “enrichi” de la présence du système de location Airbnb qui, tout comme l’avènement du numérique, est parti d’une bonne intention. Mais c’est sans compter un élément dont la nature ne change jamais...l’être humain. Concernant la première plateforme de location d’appartements,..si vous voulez en connaître les tenants et aboutissants, allez lire le récit désopilant qu’en fait Nafissa Tiago dans Faites comme chez vous. C’aurait pu être intitulé aussi comme dans la chanson folklorique “Bonhomme, sais-tu jouer”: tu n’es pas maître dans ta maison quand nous y sommes. La jeune femme dont la sensualité évidente la montre un peu désoeuvrée en couverture, assise sur une chaise. Elle a fait longtemps dans l’humanitaire, et revenant à Paris et pour alléger le fardeau de son loyer, elle décide de louer en mode Airbnb. Le tout comme on voit, partant de bonnes intentions. Attention à ce qu’elle va découvrir au fil du temps sur l’homo sapiens locateur. S’il y a des déconvenues, elle a un talent marqué d’autodérision qui agrémente la lecture. C’est en même temps le portrait d’une époque et sur le déficit abyssal d’altérité.  On lit aussi des portraits de femmes désopilants. Bref, on ne s’ennuie pas une minute.

Faites comme chez vous Nafissa Tiago. Le nouvel Attila 318p.      www.lenouvelattila.fr

 

 

 


Un roman puissant sur une famille de ressortissants arméniens

Aux éditions Druide où le politicien François Gendron a publié récemment ses mémoires et dont on fait la recension élogieuse ailleurs dans ces colonnes, il trace le portrait de certains collègues et adversaires en politique et s’attarde sur le cas de Pauline Marois dont l’hyper-énergie l’a toujours laissé pantois. Il n’en dirait pas moins de Vania Jimenez médecin, directrice de clinique, mère de sept enfants et romancière! Et qui trouve le moyen à travers un agenda très chargé on s’en doute bien par les temps qui courent, de pondre un gros pavé chez le même éditeur Un pont entre nos vérités dont le personnage central est une femme qui a la douleur de perdre accidentellement ses parents.  Avec pour conséquence qu’elle découvrira des écrits  de sa mère, totalement inconnus d’elle. Et à partir de cet événement, elle va revenir sur cette mère, qui comme l’auteure, est d’origine arménienne, médecin et mère de sept enfants, émigrée d’Égypte et venant s’établir au Québec au moment de la Révolution tranquille. Serait-on en présence d’une autofiction ? On laissera le tout aux exégètes de madame Jimenez. Au premier abord on est séduit par la grande qualité d’écriture de la romancière, qui sculpte ses phrases avec toujours, le sujet, le verbe et son complément à la bonne place. En même temps des pages d’héroïcité concernant la fameuse conciliation travail famille, qui préoccupe tant de femmes professionnelles ou qui envisagent de le devenir. C’est une histoire puissante qui touche aussi à la migration, l’identitaire. Donc très de notre temps. Chapeau Vania Jimenez, vous nous avez eu dans l’émotion.

Un pont entre nos vérités  Vania Jimenez. Druide 692p.    www.editionsdruide.com

 

 





 


Le coin de la BD

Une jolie cuvée cette semaine marquée au coin de la diversité. D’abord un album chez Dupuis. Le premier, Dans les yeux de Lya de mesdames Carbone à la scénarisation et Justine Cunha à l’illustration. C’est le tome 3 en fait de cette trilogie destinée à un auditoire adolescent,  “Un coupable intouchable”.  Il faut se rappeler que l’héroïne de cette saga avait été fauchée par un automobiliste soi-disant appartenant à la famille Van Ditter qui l’a paralysée la vie durant. Elle était à l’aube de ses dix-sept ans. En compagnie de ses amis elle veut en découdre dans un esprit vengeur. Qui se trouvait au volant au moment fatidique ?

Chez Le Lombard cette fois c’est le tome 2 des Omniscients des Castellani et Dugomier qui vise un public également d’adolescents. C’est ici un groupe d’ado qui ont tous la science infuse. On ne ne peut plus rien leur apprendre, pensez donc. Cette réputation leur vaudra d’attirer sur eux l’attention du FBI et de gens moins bien intentionnés qui voudront mettre le grappin dessus. Dans cet épisode, de surcroît, ils apprennent qu’ils ne sont pas les seuls ados omniscients. Qu’il y en a un autre. Mais à quel bois chauffent-ils ceux-là. Cette BD a le mérite de mettre en valeur la force du savoir.

A ceux qui aiment le galactique voici du dessert avec L’homme qui inventait le monde de Rodolphe et Bertrand Marchal chez Dargaud. C’est le capitaine Bowman qui revient d’une mission inter-sidérale où il est au retour, en proie à des cauchemars. La guerre c’est toujours très laid. Il informe Charlène Barrymore une espionne avec qui il va s’enfuir. On raconte que la mise en image de ce scénario a été particulièrement difficile. Et on comprend. C’est un peu comme tenter de s’y retrouver dans un roman de fiction de style fantasy, à moins que l’auteur sache ouvrir et fermer des parenthèses, ce que réussissent très bien à faire nos deux auteurs dans le cas qui nous concerne. De la grande BD est un euphémisme.

 

Et enfin chez l’éditeur Tabou qui s’autorise toutes les licences et c’est tant mieux, nous dégustons Les Maîtresses. L’illustration en couverture de cette BD de Xavier Duvet donne leçon pour ce qu’on qualifie de leçons de prédatrices avec cette dominatrice haute bottée tenant en main des cordages pour sans doute un bondage. En fait c’est une réédition avec un ajout de fantasmes qui fait la renommée de Duvet. En fait il y a seize pages de bonus inédits. Et comme le créataur adore la femme, il sait la magnifier comme jamais dans ces pages où sont talent swe trouve au zénith. Si vous demeurez de marbre devant ce bel étalage, c’est que la chose est grave. Toute résistance est vaine.

 

 

 


Le coin zen et arts martiaux

Le regretté anthropologue québécois Serge Bouchard disait un jour qu’un des problèmes de l’homme que contrairement à l’animal il a la préoccupation de la pensée et que celle-ci peut être une nuisance si on commence à trop se charger le coco de questions existentielles. Eh bien justement le maître Taisen Deshimaru n’en pense pas moins dans son traité Vrai zen aux éditions Éveil où il recommande de laisser passer les pensées. Un concept que nous aimons bien. C’est une méthode dite zazen, c’est-à-dire, du ze mais en posture assise. Et le sage précise bien que ce n’est pas une mortification mais plutôt un bien-être tout entier que procure ces instants pour soi qui sont régis par une codification qu’il détaille très simplement. Le zazen est véritablement l’outil du lâcher prise.

Et deux petits manuels d’autodéfense dans la grande tradition des arts martiaux, tous deux édités chez Budo: Kung-fu Wushu de Dan Schwarz dans le style du shaolin et Aïkido pour tous du maître vietnamien Nguyen Ngoc My. Les deux utilisent le format de la bande dessinée, qui permet de comprendre aisément les mouvements à faire. Pour le premier l’auteur est 7ème dan. Qui plus est, Monsieur Schwarz a la paternité de cet apprentissage et il est l’ancien président de la Fédération française de Kung-fu Wushu et maintenant son directeur national. C’est le troisième volume qu’il nous présente avec une gradation dans les techniques dites supérieures.

Pour ce qui est du second ouvrage, on sera étonné d’apprendre que son rédacteur est d’abord un dessinateur aguerri et qui a vu dans la BD une manière plus directe de dispenser la matière. Ensuite, résident de Côte d’Ivoire, il est un des pionniers de son art martial dans le pays. C’est un manuel didactique de l’Aïkido fort bien conçu.  Ici on passe en revue la troisième année de pratique.

 

 

 


Sur le plus haut téléphérique du monde et pas que…

Quand on est bien en selle dans un téléphérique, vulnérable, à la merci d’une technique dont elle veut qu’elle soit sécuritaire, on mesure le défi qu’a dû représenter la construction. Un livre va répondre à toutes ces questions et bien plus c’est Le premier plus haut téléphérique du monde celui de l’aiguille du midi à Chamonix raconté par Bruno Dupety. Ce téléphérique fait grimper les villégiateurs à 3,800 mètres d’altitude au sein du Mont-Blanc. Mais on ne se contente pas l’érection de ce moyen de transport.  L’auteur nous décrit par le menu comment se construit un tel système d’élévation, les diverses composantes dont les fameux câbles de soutien, le moyen de propulsion, etc. C’est très instructif. Et chapeau à Fabrice Bartolotto pour l’iconographie.

Le premier plus haut téléphérique au monde Bruno Dupety. Éditions du Mont-Blanc 128p.     www.leseditionsdumontblanc.com

 

 

 


Variations érotiques autour d’un manoir

Il était une fois deux femmes Evelyne Gauthier et Valérie Langlois qui n’ont pas laissé aux hommes seuls le loisir de parler de la “chose”. Ainsi ont-elles invitées des gens de lettres hommes et femmes, incluant elles-mêmes à écrire chacun une nouvelle érotique à partir du même matériau, à savoir un manoir où s’organisent des parties fines monétisées, sous la direction de la proprio Carherine de Soulanges. Un bel exercice de style que ces variations érotiques. Et le bonheur de s’apercevoir que les femmes désinhibées ont autant d’imagination que ces messieurs. C’est un bonheur de lire nos consoeurs qui déploient un trésor de fantasmes. C’est une lecture à faire en solitaire, un peu comme le plaisir du même nom.

Murmures Collectif sous la direction d’Evelyne Gauthier et Valérie Langlois. Les heures bleues coll. Hors chemins 230p.      www.heuresbleues.ca

 

 

 


Michael J. Fox en toute transparence

L’actualité artistique nous a fait savoir depuis longtemps que l’acteur Michael J. Fox s’était mis en retrait du septième art pour cause de maladie de Parkinson. Il a écrit sur le sujet, mais jamais avec autant de précision sur sa pathologie et ses conséquences dans ce dernier livre En avant vers le futur qui, quand même, malgré l’état irréversible de la maladie, est un titre résolument optimiste. C’est que le gars se prête à toutes les explorations novatrices pour retarder la grande échéance.  Et si on croit en savoir sur le Parkinson, sachez que ce n’est pas qu’une affaire de tremblements. Il y a dans certains cas des hallucinations, des pertes de mémoire un peu comme pour l’Alzheimer. Fox nous brosse un tableau très complet de ce qu’est ce syndrome et où en est la recherche. On appréciera la grande franchise et l’autodérision de l’acteur. Même si le sujet nous indiffère, ses réflexions sur l’état de malade nous en apprennent beaucoup.

En avant vers le futur Michael J. Fox. Kero 270p.    

 

 

 


Rouge au dehors, blanc en dedans

La question autochtone au Canada qui vient nous hanter, à des répercussions jusque dans notre littérature. Et c’est tant mieux. On ne fera jamais assez pour réhabiliter ces cultures d’une richesse inouïe qu’on a voulu éradiquer. Dans la foulée, la sortie de Mamu de Sonia K. Laflamme qui, le sait-on, porte la double casquette de formation en anthropologie et en criminologie. Dans cette dernière ponte, elle fait la part belle à Jack qui vit au sein d’une communauté innue et qui a hérité du surnom de La Pomme, rouge au dehors et blanc en dedans. Donc déjà un problème identitaire sur les bras. Ensuite, la conjoncture des événements fera en sorte qu’il fera un “road trip” aux États-Unis avec cette fascination pour Jack Kerouac. Mais notre premier Jack est une boule de sentiments. Et tout le talent de la romancière est d’avoir “vampirisé” les états d’âme de son sujet au point de se mettre réellement dans sa peau. Vous vous prendrez d’affection pour ce gars qu’on ne peut pas faire autrement que d’aimer.

Mamu Sonia K. Laflamme. Hugo roman 220p.     www.hugoetcie.fr

 

 

 


Un polar bien ficelé

Est-ce le premier roman de Charlène Desjardins ? Comme nous n’avons pas eu de communiqué de presse accompagnant la sortie de Fraction, son roman policier, nous n’avons aucun indicateur à ce sujet. Ce dont on est sûr toutefois, c’est que novice ou pas, elle sait conduire une histoire.  D’accord un meurtre, demeure toujours un meurtre avec une victime ou plusieurs et un coupable ou plusieurs, c’est selon. Dans le cas qui nous occupe on est devant la dépouille d’une jeune femme avec une note sur laquelle on peut lire simplement ceci: Ana 1/17. L’enquêteuse chargée d’élucider cet homicide a pour prénom Emma. Pourtant ce n’est pas la première fois qu’elle est mandatée pour résoudre un crime et malgré tout elle est interpellée plus que jamais. Et pourquoi ? Voilà qui met du sel dans l’affaire et pour laquelle la romancière pilote son histoire avec brio. Les amateurs de romans policiers adoreront.

Fraction Charlène Desjardins. Éditions Essor 302p.    www.essor-livresediteur.com

 

 

 


Un écologiste à la nage

Roger Deakin est une figure de proue britannique du mouvement écologique. Et non seulement il s’intéresse à l’écosystème, mais il s’y colle. Il nous avait déjà promené en forêt. Ce n’était pas assez pour lui, il lui fallait cette fois faire le contact avec l’eau. Décédé en 2006, A la nage est le seul ouvrage publié de son vivant. Dans ce récit il reprend étape par étape ce projet fou et réalisé d’un tour du Royaume-Uni à la nage. Tout un périple. Si autrefois, féru d’aventures et d’exotisme, on se nourrissait d’un Albert Londres, ou des articles de l’Illustration, maintenant, beaucoup de nos aventuriers contemporains sont des écologistes de sa trempe. C’est un conteur de première que ce regretté Deakin qui a nagé dans bien des eaux et pas toujours des plus ragoûtantes, voire dangereuses, comme ces passages où des écriteaux vous interdisent de creuser le fond des eaux car des objets explosifs, peut-être datant de la Seconde mondiale s’y tapissent, pouvant vous expédier dans l’Au-delà. En même temps c’est la rencontre d’être humains, de valeureux britanniques de toutes sortes. On mord à cette lecture qu’on ne veut plus voir se terminer.

A la nage Roger Deakin. Hoebeke coll. Étonnants voyageurs 438p.    www.hoebeke.fr

 

 

 


De quoi aura l’air le monde en 2040

Depuis 2013 les éditions des Équateurs publient le rapport du “National Intelligence Council” une antenne de la CIA dont la vocation est de faire de la prospective qui peut éclairer le locataire du Bureau ovale sur les choix à faire. Nous avons donc en édition française le rapport qu’à reçu Joe Biden Le monde en 2040 vu par la CIA. Eh bien pas besoin d’attendre cette année fatidique pour voir s’accomplir les prédictions. Entre autres il est écrit qu’il y aura une défiance marquée entre la population et leurs élus. On vient d’en avoir une preuve manifeste avec l’indifférence marquée des électeurs français au cours des deux tours des récentes élections régionales. En plus, on prévoit une hausse des troubles mentaux. Ils se sont déjà manifestés en marge de la pandémie qui aura vu s’accroître le nombre de dépressions, consommation d’antidépresseurs et suicides. Grosso modo attendez-vous à un monde qui ne sera définitivement plus comme avant.  Et concernant la Chine, le rapport voit ce pays comme la première puissance au monde et ce, dès 2030. C’est fort intéressant à parcourir en confrontant les projections avec nos propres perceptions. La qualité majeure de ce rapport, c’est sa lucidité.

Le monde en 2040 vu par la CIA Éditions des Équateurs 255p.    www.editionsdesequateurs.fr

 

 

 


Une analyse de la législation française touchant aux violences sexuelles

En France, les féminicides constituent un véritable fléau et au Québec le palmarès n’est guère réjouissant. Et on ne dispose pas de statistiques pour des pays au patriarcat marqué où on imagine sans peine que ce ne doit pas être très réjouissant, ne serait-ce que les mariage forcés en Inde pour ne citer que ce pays. Dans l’Hexagone la législation entourant les violences sexuelles ou dans le cadre conjugal connaît une avancée, trop lente pour certaines. Surtout au chapitre des interventions policières où un laxisme a été observé dans la prise au sérieux des appels de détresse. Bref, pour revenir aux lois, laissons nous piloter par Catherine Puigelier professeur à l’Université Paris Lumières (Paris VIII) et rompue au droit médical. Elle signe un traité fouillé Un oeil de désir sur les violences liées au sexe qui passe en revue ce que le législateur considère en la matière. Ce peut-être très inspirant pour les victimes qui veulent se défendre, les avocats de la défense et les législateurs d’autres pays qui peuvent s’en inspirer. Un véritable ouvrage de référence et d’explications en la matière.

Un oeil de désir Catherine Puigelier. Éditions Mare & Martin 308p.   

 

 

 


Une femme éprise de culture dans un monde inculte

Madeleine Fortier est d’office, sans la connaître, une femme cultivée car pour son roman Ma soeur par-delà les siècles elle établit un parallèle entre les démarches d’épanouissement d’une jeune femme de notre temps, passionnée d’histoire médiévale et Marieke, apprentie du peintre néerlandais du XVème siècle Jérôme Bosch, en quête d’affrachissement. A 500 ans de distance c’est un même combat. Marianne qui aurait voulu entreprendre de longues études universitaires et enseigner dans ce milieu n’a pas reçu les encouragements auxquels elle s’attendait. Mais c’est une battante qui veut faire sa place. Et on aimera ce personnage qui ne veut pas laisser s’en laisser imposer par l’insignifiance ambiante. C’est vrai que le goût de la culture n’a jamais été encouragé au Québec. On n’a qu’à voir l’inexistence en la matière dans nos programmes scolaires.  Ce bouquin est façonné par l’espoir et le triomphe de la volonté.

Ma soeur par-delà les siècles Madeleine Fortier. Essor livres 150p.    www.essor-livresediteur.com

 

 

 


Enquête sur le meurtre de l’épouse du ministre des Affaires extérieures du Canada

En librairie, surtout si le libraire a le sens de la vente, il mettra bien en vue à plat, le roman de Yves PlouffeLes dessous prennent le dessus” ne serait-ce que parce qu’en couverture l’éditeur a choisi d’illustrer par une belle naïade en dessous féminins seulement, alanguie au bord d’une piscine. Le coup d’oeil vaut le détour, comme son contenu d’ailleurs. Qui met en scène le meurtre de l’épouse du ministre des Affaires extérieures du Canada. Un trio d’enquêteurs est chargé d’élucider ce crime crapuleux. L’occasion aussi de lever le voile sur certaines pratiques internationales qui sont toutes, sauf peu éthiques. Et le romancier a situé le tout dans le cadre de la pandémie de la Covid-19 en 2020. Assez de matériaux pour bâtir une histoire.

Les dessous prennent le dessus Yves Plouffe. Essor livres 169p.
www.essor-livresediteur.com

 

 

 

La terrible vengeance de Pierre sur la capitale française

En pleine pandémie les éditions du félin ont eu l’heureuse idée d’exhumer un ouvrage paru en 1928 Je brûle Paris de Bruno Jasienski qui est fort heureusement un roman, car il a quelque chose de terrifiant. Pensez-donc! L’histoire d’un chômeur prénommé Pierre qui va se venger de son sort sur Paris en déversant dans le réseau hydraulique de  celle-ci, des bactéries de la peste noire qu’il a dérobé. Les autorités vont s’empresser de mettre la ville en quarantaine. Avec le résultat politique suivant, c’est qu’il va se développer au sein de la Ville Lumière des communautarismes qui prennent chacun la forme de républiques nationalistes. Une division ethnique et sociale jamais vue dans Paris, avec des confrontations de parts et d’autres. Un livre d’anticipation apocalyptique certes, mais dans le monde  fou que nous vivons….A lire sans faute.

Je brûle Paris Bruno Jasienski. Éditions du félin 332p.

 

 

 


Une autofiction dans le Congo belge de l’après-guerre

Parmi les belles surprises des sorties littéraires ces Vignettes africaines de la québécoise ressortissante belge Marie-Claude Hansenne. Une autofiction. Ici vous remplacez Marie-Claude par Mathilde, car il y a un peu de la jeunesse de la première dans la vie de la seconde. Une famille belge dont le papa est fonctionnaire et qui quitte la Belgique qui a écopé de l’Occupation allemande et ses séquelles. On va donc s’installer en mission au Congo belge. L’histoire que l’on va suivre s’étale de 1946 à 1955. C’est le regard rétrospectif d’une jeune fille dans un contexte de colonisation. Ce qui est touchant dans ce roman qui a des allures de récit, c’est le souci réussi de décrire chaque chose du quotidien qui pouvait retenir l’attention d’une gamine dans ces circonstances. Et les rapports avec la population noire. A la fin, le couple parental éclate qui modifiera le contexte de vie de la narratrice.  Nostalgie quand tu nous tiens.

Vignettes africaines Marie-Claude Hansenne. L’Interligne 186p.    www.interligne.ca

 

 

 


Sauvé par le texte

Quelle belle histoire de rédemption que l’on trouve dans Jacky de Geneviève Damas. Qui raconte le vécu d’un ado belge d’origine marocaine, un décrocheur que rien n’intéresse. Qui ne trouve pas sa place ici-bas. Sauf que va se pencher sur lui la bienveillance d’un de ses professeurs qui l’exhorte à produire un mémoire de fin de lycée. Et il va réussir l’improbable, à ce que le garçon qu’il a sous son aile s’accomplisse. Ce dernier choisira comme sujet le portrait de quelqu’un qu’il a rencontré, un juif Jacky, lui le musulman, avec lequel il a noué des liens d’amitiéé. La rencontre improbable quoi et qui brise les barrières sociales courantes en pareil cas. Est-il heureux pour autant ? Un peu beaucoup tourmenté tout de même. C’est cette sensibilité masculine à fleur de peau que rend compte la romancière qui fait parler Ibrahim Bentaieb à la première personne.

Jacky Geneviève Damas. Gallimard 157p.

 

 

 


Une dramatique sur la violence conjugale

En France, la violence conjugale et les féminicides constituent un véritable fléau. Claire Norton en fait le sujet de son roman  Celle que je suis. Où on voit vivre dans la terreur, Valentine, séparée de son conjoint violent Daniel. Elle travaille à temps partiel dans une librairie et vit dans une petite résidence de banlieue avec son fils Nathan. En face d’elle va s’installer un couple de gens âgés, qui deviendront en quelque sorte des grands-parents de substitution pour son enfant. Et Suzette l’aînée lui sera d’un grand secours moral côté résilience à entreprendre. Cette relation sera d’ailleurs très belle dans un contexte angoissant où l’infortunée jeune femme craint l’ombre de son ex. L’écrivaine nous fait vivre de l’intérieur tout ce que peut ressentir une femme dans ces circonstances. Pour la fin, on vous laisse la découvrir.

Celle que je suis Claire Norton. Robert Laffont 425p.    www.laffont.ca

 

 

 

Derrière les douceurs méditerranéennes

Il y a des ambiance qui font carte postale, un décor en bordure de la Méditerranée. On voudrait y couler des fins de jour heureux. Mais c’est sans compter sur la nature humaine, qui elle, ne change jamais. C’est l’envers de ces paysages idylliques que nous décrit Hajar Azell dans ce premier roman, réussite sur tous les plans L’envers de l’été. Une grand-mère qui meurt, Gaïa. La maison qu’il faudra se résoudre à vendre, mais entre-temps on veut bien en profiter un peu. Et là on découvre ce que la famille cache de conflits. Car dans l’héritage de l’aïeule, se trouvera une déshéritée avec ce que cela suppose de tensions. C’est la fille adoptive de la grand-mère, laissée pour compte. Bref, sous le soleil, la vie humaine et son cortège.

L’envers de l’été Hajar Azell. Gallimard 174p.  

 

 

 


Une roman analytique sur un couple qui s’aime

Un couple qui s’aime dans la durée, voilà quelque chose d’exotique dans ce bas monde. Et pourtant si on cherche on trouve. C’est ce qui va arriver au narrateur de La beauté dure toujours. Nous sommes à l’ère des Gilets jaunes. Un romancier, tel Diogène qui cherchait dans l’Antiquité l’homme honnête, lui, est en quête d’un couple qui vit le grand amour. Et il trouvera en la personne de Felice une avocate et Noé un dessinateur. Et il va les voir vivre, les observant médusé comme un entomologiste étudierait des fourmis. Quelle est la recette du bonheur conjugal ? C’est toute la trame de ce roman. Comme l’écrivain Alexis Jenni est aussi à la ville un biographe, il sait raconter des vies. Et le couple modèle qu’il a sous la main, donne de l’espoir à l’amour dans un monde si cynique.

La beauté dure toujours Alexis Jenni. Gallimard 254p. 

 

 

 


In memoriam de deux résistantes néerlandaises

L’Holocauste est un terreau inépuisable de grandes histoires, d’héroïcité des vertus. Et on le prouve encore une fois de plus avec Un refuge pour l’espoir de Roxane van Iperen. Cette dernière, avocate et journaliste, s’achète une maison à La Haye. Se renseignant sur qui a pu bien habiter cette demeure, elle apprendra que ce fut le foyer de deux soeurs Janny et Lien Brilleslijper. Qui étaient très actives dans la résistance contre l’occupant nazi. Qui seront arrêtées et qui firent partie de ce fameux dernier convoi pour Auschwitz qui était aussi celui du fruit de la grande rafle juive en Hollande. Curieuse, la nouvelle occupante voulut en savoir davantage sur ces fameuses soeurs. Elle est allée interviewer des parents, fouiller dans des archives. Nous avons donc l’histoire légèrement romancée en raison des dialogues prêtées mais qui reflètent au plus près ce que fut leur réalité. Un ouvrage qui dès sa sortie a connu un succès international et dont nous avons la traduction enfin en français grâce au talent de Marie Hooghe. Un bel hommage à ces deux femmes pour que leur souvenir survive au temps.

Un refuge pour l’espoir Roxane van Iperen. Alisio 456p.    www.alisio.fr

 

 

 


A la découverte des Cantons-de-l’est et de la Montérégie

Notre petit doigt nous dit qu’à l’heure de l’allègement des mesures sanitaires en marge de la Covid-19, les québécois auront le goût comme l’an dernier, et plus que jamais cet été, d’aller découvrir les beautés géographiques du Québec. C’est pourquoi nous prédisons que les guides Ulysse sur le Québec connaîtront un grand succès en librairie. En voici un qui vante, avec raison, les attraits des Cantons-de-l’Est et la Montérégie. Nous avons un collègue à la rédaction qui ne jure que par les Cantons-de-l’Est car honnissant les maringouins, est tout heureux de ne pas en voir dans cette région de feuillus plutôt que de conifères comme dans les Laurentides où on se fait dévorer vivant. Ce petit guide format de poche en édition revue et augmentée regorge de propositions. Et pas besoin d’aller très loin si on est de Montréal. Une ville comme Varennes a de quoi proposer des curiosités. Bref, un petit bijou de trésors patrimoniaux matériels et immatériels.

Explorez les Cantons-de-l’Est et la Montérégie Ulysse 158p.   

 

 



 


Le meilleur comme le pire dans l’Église

Beaucoup sont d’avis que par rapport aux communautés religieuses masculines, c’est dans les communautés de femmes que l’on retrouve le plus d’authenticité, d’Absolu. Pourquoi et de quelle façon les religieuses ont-elles préservé leur intégrité morale. Seraient-elles plus investies dans leur mission que leurs congénères mâles ?.  Pour avoir une piste de réponse il faut lire le témoignage d’une religieuse appartenant à la communauté des Soeurs de Notre-Dame-du Perpétuel Secours  Gaétane Guillemette qui signe une remarquable réflexion Fascinées par Jésus aux éditions Médiaspaul. En partant de sa propre expérience de vie dans cette congrégation, elle décrit ce qu’est la notion de charisme au sein d’un institut religieux. C’est une étude sociologique et spirituelle très intéressante qui en fera réfléchir beaucoup sur le sens des valeurs.

En contrepartie, il y a la face sombre de l’Église catholique, ces fondateurs de communautés nouvelles dont on s’attendait à incarner le renouveau de l’Église et qui se sont surtout illustrés par des exactions de nature sexuelle. En majorité des hommes. C’est le fruit d’une longue enquête menée par Céline Hoyeau, chef adjointe au service Religion de La Croix dans La trahison des pères aux éditions Novalis. Alors qu’elle séjourna à Rome à la fin du pontificat de Jean-Paul II, la journaliste fut confrontée à la double vie menée par des clercs et de surcroît fondateurs de nouvelles communautés. Elle fut grandement remuée. Elle s’est donc attelée à dresser la liste de ceux qui ont manqué à leur vocation, sombrant dans le péché de la luxure. Une de ses plus grandes surprises a été Jean Vanier le fondateur de l’Arche qui exercera un ascendant “non catholique” sur des femmes. Ou comme le père Georges Finet, collaborateur de la mystique Marthe Robin et cofondateur des Foyers de Charité aux sombres desseins. C’est tout à l’honneur de la maison, de libérer ainsi la parole et de permettre à l’Église de se débarrasser de ceux qui font honte à la mémoire du Christ.

 

 


Il était une fois une fillette issue de la guerre

Il était une fois un gendarme dans le début de la vingtaine qui va apercevoir une fillette toute seule sur un banc. Qui est-elle ? Il va la protéger de tout son être. Mais retour en arrière. Comme dans plusieurs coins de l’Hexagone, des troupes allemandes réquisitionnent des propriétés comme campement. Et c’est ce qui arrivera à Lignon en région bordelaise. Un soldat occupera une résidence, nommé Günter Kohler. Assez bien de sa personne et courtois si on en juge l’attrait qu’il exercera chez Noémie pourtant mariée. Or quel est le lien entre la fillette du début et le lien entre Noémie et Günther, à vous de la découvrir dans ce roman très fort en sentiments troubles  L’hiver de Solveig de Reine Andrieu qui nous rappelle qu’ici bas tout n’est pas blanc et noir. Qu’il y a aussi des zones grises.

L’hiver de Solveig Reine Andrieu. Préludes 437p.   

 

 

 


Vues sur Napoléon

Il s’écrit d’innombrables ouvrages sur Napoléon en marge des commémorations du 200ème anniversaire de sa mort. Il fascine encore de nos jours. Et pour tenter une explication, rien de tel que le témoignage de Philippe Perfettini qui aurait été un raté du système si ce n’est qu’un jour il parcourera une biographie de l’Empereur des français qui agira sur lui comme un chemin de Damas. Car si le lecteur peinera de ses difficultés, il trouvera en Napoléon un exemple majeur de résilience. Ses insuccès l’impressionneront plus que ses triomphes. Au point que Perfettini deviendra, tenez-vous bien, responsable des collections napoléoniennes du musée du Palais Fesch à Ajaccio. Il est un des meilleurs connaisseurs de cette grande figure de l’Histoire. Quel parcours qui nous est raconté dans Napoléon: punk, dépressif...héros aux éditions des Équateurs. Et pour la petite histoire, il est né à Ajaccio, à deux pas de la maison des Bonaparte. Son destin était écrit dans le ciel. Cette lecture nous aide à saisir pourquoi il faut s’intéresser au célèbre exilé de l’île d’Elbe.  Et que d’anecdotes croustillantes.

Par ailleurs c’est Alain Frerejean à qui l’on doit de nombreux ouvrages sur le même sujet qui nous invite à découvrir le rapport de l’Empereur face aux fins dernières. Le titre est Napoléon face à la mort aux éditions l’Archipel, préfacé par Jean Tulard.  Il a vraiment potassé son thème. Il faut rappeler que tout comme Hitler, il a échappé à plus d’une trentaine d’attentats. Et dire que jeune il avait des tendances suicidaires. L’historien nous le fait voir au moment de son agonie et quel fut son attitude dans les heures qui ont précédé sa disparition. Il est intéressant de voir comment réagissait Napoléon, lui à la personnalité si forte, devant l’échéance commune à tout humain.

 

 

 


Un touchant portrait de mère

Dans le communiqué de presse accompagnant la sortie de Le cahier volé à Vinkovci de l’écrivain serbe Dragan Velikic on peut lire ce qualificatif “beaucoup de gens écrivent mais il y a peu de vrais écrivains comme Velikic”. Ça sent la formule de gloriole qui fait souvent cliché dans ce genre de réclame littéraire. Mais ici c’est vrai. L’écrivain qui a une litanie de reconnaissances par ses pairs, nous présente un fabuleux récit, notamment celui de sa mère, pétrie de gros bon sens. On traverse la région géographique de l’Istrie, terre de tous les conflits. La mort de la mère de l’écrivain est le prétexte pour revisiter sa vie et nous donner en même temps un cours d’histoire contemporaine sur le terrain. Un grand écrivain c’est quoi ? Quelqu’un qui rend les choses, le visible comme l’invisible. Mais pour nous, ce qui retient l’attention c’est cette mère digne de toutes les admirations de l’auteur. On aurait tous aimé avoir une maman comme elle qui s’en tenait aux choses simples de la vie et honnissait la gabegie.

Le cahier volé à Vinkovci Dragan Velikic. Agullo 269p.   www.agullo-editions.com

 

 

 


Des recettes ancestrales qui ont fait leurs preuves

Si vous trouvez que la relation avec votre omnipraticien est pénible, lui qui ne se déplace plus tellement de son fauteuil pour vous ausculter mais prompt à l’ordonnance pharmaceutique, dites-vous que ce n’est pas d’aujourd’hui. Il en a toujours été ainsi, d’autant que nos grands-mères qui n’avaient pas les moyens de se payer le doc, en connaissaient un rayon sur des méthodes éprouvées pour soigner quantités de bobos. Un peu plus et on les traitaient de sorcières.  De nos jours la médecine officielle se venge par la dictature sanitaire, mais ça c’est une autre histoire. Ceci comme préambule à la sortie d’un petit livre merveilleux comme tout de Mia Dansereau-Ligtenberg, “Les remèdes de grand-mère au Québec” que nous avons dévoré. Car non seulement on y trouve des trucs de nos aïeules pour guérir de bien des malaises, mais aussi un condensé historique du rapport entre la médecine et nos ancêtres dans la Belle Province. On apprend une foule de choses dont l’existence d’une chroniqueuse injustement inconnue, Édouardina Lesage qui durant 54 ans a tenu une rubrique féminine dans le quotidien La Presse, sous le pseudonyme de Colette et qui dispensait de précieux conseils, souvent en santé. On retiendra les conseils qui sont tout aussi valables de nos jours et qui nous évitent bien des prescriptions salées en pharmacie.

Les remèdes de grand-mère au Québec Mia Dansereau-Ligtenberg. Éditions marchand de feuilles 189p.     www.marchanddefeuilles.com

 

 

 


Des réflexions sur notre époque numérique, youtubeuses et maquillage

Elle a choisi le pseudonyme de Daphné B. C’est à la ville une poète et traductrice. Qui nous arrive avec une plaquette Maquillée. Comment décrire son contenu qui est disparate, mais qui est centré pour l’essentiel sur les réseaux sociaux, le maquillage et leurs ambassadrices les youtubeuses ou influenceuses, c’est  selon. C’est très intéressant car c’est vraiment la radiographie de notre époque où comment s’interprète le maquillage de nos jours. Et en plus, même si le sujet vous indiffère, c’est à lire, ne serait-ce que pour la culture générale que l’auteure possède, servie par un grand style. Elle termine en disant que la transformation quoi qu’on en dise est une blessure. C’est vous dire le sérieux de sa réflexion.

Maquillée. Daphé B. Marchand de feuilles 219p.    www.marchanddefeuilles.com

 

 

 


Quand un auteur vampirise l’âme d’un enfant

Le titre à lui seul annonce la couleur La vie est glauque! Son auteur François Guérin. Qui raconte la vie d’un garçon qui parle à la première personne. Qui est issu d’un quartier à la dure de Montréal. Ce qui fait la particularité de ce roman, c’est que outre le fait que la narrateur s’exprime tout au long, mais encore dans son langage de petit bonhomme. Ça donne un genre inédit qui fera peut-être hurler les linguistes, mais qu’importe. Ici on gagne en authenticité. Et c’est tout à l’honneur de l’écrivain d’avoir pu ainsi vampiriser l’âme d’un jeune et le rendre dans son vocabulaire gauche. L’exercice à l’air simple en apparence, mais il faut le faire. A découvrir telle une véritable curiosité littéraire. Là on s’attache au style mais il y a aussi le contenu qui vaut le détour.

La vie c’est glauque! François Guérin. Éditions Pierre Tisseyre 164p.  

 

 

 


Stanley Kubrick derrière l’image

Il est toujours intéressant de découvrir la personnalité d’un créateur. C’est le cas de Stanley Kubrick sur lequel on a raconté tout et son contraire. Un par contre, nous donne l’heure juste c’est le journaliste Michael Herr qui est un des rares à avoir appartenu au premier cercle du réalisateur. Il nous livre sa vision de l’homme intime dans C’était Kubrick. Il aurait pu peut-être coucher 500 pages sur le personnage qu’il était, mais s’est contenté de l’essentiel. On apprend que loin d’être un ermite, Kubrick aimait le contact humain, surtout au téléphone. On raconte que pour l’un d’eux il est demeuré sept heures durant scotché au récepteur! L’auteur a même collaboré avec Kubrick au scénario de Full Metal Jacket. C’est un sacré témoignage plein de vie. Et qui nous donne le goût de se taper à l’instant un film du maître qui n’en faisait pas une tonne avec ses acteurs en termes d’indications, en leur disant qu’il n’était pas prof d’art dramatique. Que s’il avait choisi tel acteur c’est pour qu’il joue, point barre.

C’était Kubrick Michael Herr. Séguier 108p.    www.editions-seguier.fr

 

 

 


Retour sur des crimes macabres

La gare de Perpignan c’est, pour les connaisseurs de Dali, ce que le peintre situait comme le centre du monde. Pour d’autres, c’est de sinistre mémoire l’épicentre de crimes sordides commis par un tueur en série Jacques Rançon qui non seulement, kidnappait et violait ses victimes, les torturait allant jusqu’à les dépecer savamment. C’est cette sombre histoire sur laquelle reviennent Étienne Nicoleau avocat de victimes avec la collaboration de Vincent Delbreilh. Il aura fallu la perspicacité d’un limier pour qu’on puisse mettre enfin la main au collet de ce monstre. La sage de meurtrier est brillamment reprise dans Le tueur de Perpignan dans la collection Jacques Pradel aux éditions JP0.

Jacques Rançon le tueur de la gare de Perpignan  Étienne Nicoleau et Vincent Delbeilh. JPO 143p.    www.editions-jpo.com

 

 

 


Le coin de la poésie

C’est rare que l’on aime sa famille au Québec, théâtre de conflits. Et pourtant il y a ça et là des perles d’affection. Comme cette petite-fille Justine Lambert qui voue une dévotion à son aïeul. Au point de lui consacrer un tribut sous forme d’un premier recueil de poésie Il fleurit le “il” de cette troisième personne du singulier étant le grand-père en question. Extrait “j’allume des chandelles dessine son poêle à bois de mémoire une tasse de gin-réduit à la main je suis presque chez moi à temps pour les débourrements”.  C’est aux éditions Omni.

Aux éditions du Noroît une pointure des lettres québécoises nous revient André Brochu membre de l’Académie des Lettres du Québec et professeur honoraire de l’Université de Montréal. Il arrive avec Clairs abîmes. Ce sont les observations poétiques d’un être atteint de lucidité chronique mais qui n’est pas totalement dépité car il permet que la dérision occupe une petite place. Extrait “Ne regarde plus on pays consens à la mort de ton pays regarde seulement l’azur là à travers la chair (et ses nombres) de ta plus belle femme, sois son rouge royaume”.

 

 

 


A la rencontre d’Yves Adrien dandy et écrivain du post-punk

Sur la couverture qui lui est consacré on croirait voir le sosie de Keith Richards. Et pourtant c’est bien de Yves Adrien chantre de la culture musicale post-punk dans divers magazines comme Rock & Folk. Avec un style imparable qui fait de lui davantage un écrivain qu’un simple chroniqueur musical. C’est un journaliste celui-là qui brosse son portrait Cedric Bru. Une biographie de cet ermite de Verneuil comme on se plaît à le décrire parfois. Mais qui a de curieux sursauts. Comme cette fois où notre Yves Adrien contacte Bru qu’il connaît pour apprécier les blogues de ce dernier. Rendez-vous fut pris au jardin du Luxembourg. Après quoi l’admirateur se sent le feu vert pour entreprendre un survol de la vie de ce dandy nouveau genre. Ce qu’il faut retenir c’est que si cette bio atterrit et est publiée chez Séguier, c’est que l’éditeur privilégie les vies hors normes. Et ici il est servi magnifiquement. Par exemple, il faut savoir que l’écrivain s’est converti sur le tard au catholicisme, à rebours de la tendance sociale à la laïcité. Et qui furent les héros d’Yves ? Salvador Dali, Yves Saint-Laurent et Orson Welles, rien de moins. Un gars qui aujourd’hui est dans l’antichambre de 70 ans et qui a des certitudes que nous fait connaître Bru.

Le mystère Yves Adrien Cedric Bru. Séguier 286p.     www.editions-seguier.fr

 

 

 


Une Foi ébranlée par les outrages de prêtres malveillants

Le scandale planétaire de prêtres et de religieux pédophiles devait tôt ou tard être rattrapé par la littérature. C’est venu assez tardivement en somme. Sans doute en raison de la délicatesse du propos. John Boyne lui, a plongé et nous offre un tableau de ce qui s’est passé en Irlande, un quasi épicentre du problème dans ce haut lieu du catholicisme. Et ce à travers la figure de son protagoniste, un prêtre qui est entré en religion sans doute pour les mauvaises raisons. Mais une fois la soutane sur le dos, il s’est donné avec la foi du charbonnier. Jusqu’à ce que son monde s’écroule avec la révélation des exactions commises par des confrères sur de jeunes garçons. Il n’est pire aveugle titre du roman, est d’une rare complexité psychologique. On verra la réalité de cet adage “qui ne dit mot consent”.  On est spectateur de tout ce que ce scandale aura de répercussions, à la fois au sein de l’Église irlandaise mais aussi chez les paroissiens. Le sujet est ici évoqué avec une infinie délicatesse, car comme dans n’importe quoi, tout n’est pas blanc ou noir. Bref, un livre majeur qui fait réfléchir, excusez le jeu de mots facile...en diable!

Il n’est pire aveugle John Boyne. JC Lattès 412p.      www.editions-jclattes.fr

 

 

 


Un sacré prof vulgarisateur s’attaque au Capital de Marx

Bonté, si on avait eu en classe de tels profs comme l’agrégé Serge Ressiguier il aurait été certain que cela aurait freiné la hausse du crétinisme et occasionné moins de décrochages scolaire. Cet enseignant de haut vol a pris sur lui, tenez-vous bien, de nous faire comprendre Le capital de Marx avec une approche novatrice largement teintée d’humour. Ça donne Marx en liberté. Non pas qu’il prend des libertés avec les notions de marxisme. Au contraire. Dans ce tome il aborde le Livre 1, sections 1 à 3. En général, la théorie de Marx peut-être barbante. Mais à la sauce Ressiguier, ça prend un tout autre relief. Et on ne dira jamais assez comment l’humour permet l’absorption de matières un tantinet indigeste. On retrouve dans ces pages toute l’attaque du capitalisme effréné. Pour chaque notion abordée il y a une mise en contexte et un développement. On en redemande. A quand le prochain cours ?

Marx en liberté Serge Ressiguier. Le Temps des Cerises  362p.     www.letempsdescerises.net

 

 

 


Quand la force du cerveau est mise à profit de la chose policière

Sans doute Laurent Gounelle avait-il en tête que nous exploitons à peine dix pour cent de nos capacités cervicales quand il a eu l’idée d’écrire Intuitio. En gros c’est un auteur new-yorkais de polar qui un jour voit débarquer chez lui deux agents du FBI. Leur visite à pour but de débusquer un dangereux criminel, en tête de liste des plus recherchés dans le pays. Timothy Fisher est dans un premier temps médusé qu’on le sollicite dans cette enquête. En fait, ça va plus loin. Le corps fédéral est à mettre sur pied une division de pointe, faite d’agents capables de recourir à leur intuition pour élucider des dossiers judiciaires. Le défi est intéressant. L’écrivain acquiesce et se retrouve intégré à toute une aventure. Voyez que l’idée de base est séduisante. A partir de ce matériau inédit, Gounelle nous entraîne dans les méandres des possibilités insoupçonnées que nous possédons et qui demandent à être exploitées. A sa façon, le romancier réinvente le polar. Il nous fait défiler un tas d’intuitions qui, pour certains cas, montrent la force de la déduction dans les approches des faits.

Intuitio Laurent Gounelle. Calmann Lévy 398p.      www.calmann-levy.fr

 

 

 


De l’hégémonie américaine

Daniele Ganser est un spécialiste en politique internationale et a fondé du SIPER à Bâle (Swiss Institute for Peace and Energy Research). Comme observateur de géopolitique, il sait comment dans l’Histoire, les États-Unis ont fomenté partout sur la planète pour asseoir leur domination. Et cela va même jusqu’à des domaines insoupçonnées.  Ainsi l’analyste qui est mentionné sur Wikipedia voit manifestement des notations qui ont changé et qui déforment la description de son expertise. Du jour au lendemain il est devenu un complotiste, notamment concernant son analyse des attaques du 11 septembre 2001. Il en parle d’abondance dans Une brève histoire de l’empire américain qui démontre à quelle enseigne loge l’aigle américain. Le Pentagone paie même des agences de relations publiques pour diffuser sa propagande! Les États-Unis qui aiment faire la police dans le monde et qui n’ont jamais lâché le morceau. On voit très bien de quel bois se chauffe la politique internationale de ce pays depuis ses débuts. Un essai qui ouvre les yeux sur cette nation qui consacre le budget le plus élevé. dans le monde touchant les dépenses militaires.  L’historien pour sa démarche a consulté Noam Chomsky qui l’a invité à sortir de l’histoire officielle et d’aller à la source des documents, qui change toute la donne.

Une brève histoire de l’empire américain Daniele Ganser. Éditions Demi-Lune 377p. www.editionsdemilune.com

 

 

 


La voix des premières nations nord-américaines

Au Canada où on reconnaît maintenant qu’il s’est pratiqué un génocide culturel des nations autochtones, nous aurions intérêt à parcourir cet essai troublant de Fabrice Le Corguillé qui signe un essai fondateur Ancrages amérindiens dans lequel il survole les autobiographies des indiens d’Amérique du nord des XVIIIe au XIXe siècles. L’essayiste est docteur en civilisation anglophone (études américaines) et membre associé du laboratoire HCTI de l’Université de Bretagne Occidentale. C’est dans les années soixante que l’on va s’intéresser aux écrits des amérindiens, qui au départ communiquaient selon le mode de la tradition orale. Et sous l’effet “civilisateur” se mettront graduellement à l’écriture. Le Corguillé montre le choc des mots occidentaux par rapport à la sensibilité autochtone. Ainsi on ne voyait pas de jurons dans le vocabulaire des indiens. Nous voyons tout le processus d’assimilation du conquérant. Est-ce que dans l’écriture du vainqueur on réussissait à traduire véritablement son ressenti. En même temps, c’est tout le portrait du choc culturel qui défile sous nos yeux. On sort de cette lecture en prenant compte de la richesse identitaire de ces peuples premiers qui ont tant écopé aux mains de la civilisation occidentale qui voulut corriger ces “sauvages”.

Ancrages amérindiens Fabrice Le Corguillé. Presses Universitaires de Rennes 271p.   www.pur-editions.fr

 

 

 


Ce qui fait le leadership dans le monde de la création

Leaders du monde artistique est une étude publiée conjointement par les Presses de l’Université du Québec et la Chaire de leadership Pierre-Péladeau de HEC Montréal, écrite en collectif sous la direction des Cyrille Sardais et Josée Lortie respectivement titulaire et chercheuse à la Chaire de leadership Pierre-Péladeau.. Comment surgit la graine en soi qui fait de vous un être d’exception dans votre domaine et qui en impose par son charisme? On a donc choisi neuf cas d’espèces: la chef d’orchestre Agnès Grossmann jadis à la tête de l’Orchestre Métropolitain de Montréal, le chef exécutif de la Maison Boulud du Ritz-Carlton Riccardo Bertolino, la claveciniste, musicienne et musicologue Geneviève Soly, le metteur en scène Dominic Champagne très investi dans l’action sociale, Jeannot Painchaud à la tête du Cirque Éloize, la chef d’orchestre en musique contemporaine Pauline Vaillancourt, Andrei Feher chef de l’Orchestre symphonique de Kitchener-Waterloo, le dramaturge Wajdi Mouawad et Hayao Miyazaki une autorité en animation japonaise. On voit un parti pris beaucoup axé sur le monde de la musique, qui domine les choix retenus. On a donc pour l’exercice, interviewé chacun. Il leur est difficile de décrire comment on est atteint par la grâce de son choix de vie. Comment, dans le cas de Madame Soly on préfère d’enfermer en fant à écouter de la musique plutôt que d’aller jouer dehors. Globalement la démarche est fort intéressante. Difficile de pointer ce qui fait la vocation. Mais ça donne des pistes de réflexion intéressantes.

Leaders du monde artistique Collectif sous la direction de Cyrille Sardais et Josée Lortie. Presses de l’Université du Québec 334p.    www.puq.ca

 

 

 


Une autofiction inclassable sur Jim Carrey

Disons le tout de go Mémoires flous de Jim Carrey écrit en collaboration avec Dana Vachon plaira au premier chef aux admirateurs inconditionnels de l’acteur. Comment dire. C’est à cheval entre des éléments biographiques et des considérations dignes d’un Woody Allen quand il se met à délirer sur les choses humaines. Les coauteurs sont allé chercher des amalgames dans toutes les sphères pour décrire la trajectoire de cette figure hollywoodienne déjantée d’origine canadienne. C’est par moments absolument délirant. Au fond, cela ressemble bien à cet humoriste qui n’hésite pas à bousculer bien des codes.  

Mémoires flous Jim Carrey et Dana Vachon. Seuil 300p.    www.seuil.com

 

 

 


Oncle et tante dans un EHPAD en atttente de l’héritage

Décidément les écrivains aiment brouiller les pistes et parfois on ne sait plus si on se trouve devant un roman tel qu’indiqué ou plutôt une autofiction ou carrément un récit qui n’ose dire son nom. Comme Le dernier testament de Maurice Finkelstein de la journaliste culturelle à L’Obs Sophie Delassein qui met en scène un oncle et une tante dont elle dit sans ambages qu’elle est dans l’attente de leur héritage. Car le Maurice, dont le prénom titre le roman, avait promis de faire quelque chose et de ne pas laisser sa nièce dans le besoin. L’oncle déclinera au point de “s’inquiéter” pour sa vie. De l’hôpital, l’empathie de la nièce ira jusqu’à placer le couple dans un EHPAD. Et dieu sait si ce genre d’établissement est un terreau d’observations. Et cet oncle, quel tempérament! Il y a beaucoup de cynisme dans ce livre dont on ne sait dans quelle catégorie le situer au juste. Ah ces familles!

Le dernier testament de Maurice Finkelstein Sophie Delassein. Seuil 186p.    www.seuil.com

 

 

 


Enquête choc sur la récupération du féminisme par le big business

Quand on vous dit que tout n’est que mensonges ici bas en voici une autre illustration faite cette fois par la journaliste économique à Challenges Léa Lejeune qui a entrepris de démasquer les entreprises, qui sous couvert d’appuyer la cause des femmes ne font en sorte qu’enraciner ces dernières comme sujettes de consommation. Ainsi une multinationale de cosmétique clamera des crèmes de soins pour prendre soin de sa peau, mais en sous-main on sous-entendra que c’est toujours dans un objectif de beauté. Que la nouvelle directrice de Dior, successeure de Karl Lagerfeld, perpétue le sexisme en affichant encore une fois sur les podiums des mannequins qui sont des canons, loin de la masse prolétarienne. Mais si ces exemples sont bien connu, cette disciple de Naomi Klein a débusqué des campagnes beaucoup plus teintées de subtilité. Que voulez-vous, à son grand désarroi, le féminisme est devenu un thème tendance…

Féminisme washing Léa Lejeune. Seuil 252p.      www.seuil.com

 

 

 


Les grands messages philosophiques par la bande dessinée

Qui a dit que tous les moyens étaient bons pour parvenir à ses fins ? En tout cas, l’idée de faire découvrir les grands courants philosophiques par le biais de la bande dessinée est géniale. En même temps c’est ludique. Platon avait bien raison, que l’on cite d’ailleurs quand il disait qu’il n’y avait pas pire esclavage que lorsqu’on tente de faire entrer des notions par la force. Ce qui explique sans doute l’échec de toutes les réformes scolaires depuis Jules Ferry. Nous devons  Philosophix à la rencontre improbable de Étienne Garcin professeur en classes préparatoires et spécialiste du XIXème siècle et du roman populaire et de l’illustrateur A.Dan. Les grands exemples choisis par les philosophes sont retenus ici. Que du bonheur. On ressort évidemment de cette lecture plus intelligent que lorsqu’on y est entré.

Philosophix Étienne Garcin et A. Dan. Les Arènes.

 

 

 


Réédition d’un classique du bien écrire

Pour preuve que la méthode de stylistique de Diane Gousse fait autorité, on réédite ce cahier Communiquer avec style pour mieux peaufiner l’écriture de notre belle langue française. Cette linguiste et andragogue qui a longtemps été chargée de cours à la Faculté d’éducation permanente de l’Université de Montréal nous prodigue généreusement ses conseils pour bonifier notre français écrit. Avec force accent sur les synonymes. Qu’est-ce qui convient le mieux selon vous ? Doit-on écrire “voir une pièce de théâtre” ou “assister à une pièce de théâtre” ? De quoi vous aider à devenir de petits Maupassant.

Communiquer avec style Diane Gousse. Les Presses de l’Université du Québec 231p.       www.puq.ca

 

 

 


La réfugiée du pays d’Auge

Nathalie Rheims est l’écrivaine des ruptures. Celles qu’occasionnent la mort dont elle fait souvent état dans de précédents ouvrages. Mais il y a aussi celles de type rupture de ban, où un être décide de couper les ponts avec la vie qu’il va pour en adopter une autre, le fameux tabula rasa. C’est dans ce registre que nous amène son dernier opus Danger en rive. Dans ce roman la protagoniste, on la retrouve dans son gite du Vieux-Pressoir en pays d’Auge où elle s’est réfugiée en compagnie de son chien, fuyant le tumulte de la capitale parisienne. Mais cet exil n’a pas été réalisé sur un coup de coeur. A la base il y a eu un événement violent qui l’a conduit à prendre cette décision. C’est en fait un harceleur qui a fait de l’institut psychiatrique qui en est la cause dont elle vient d’apprendre qu’il s’est évadé. Fuite de l’une, fuite de l’autre. Et ce traumatisme sera à la source d’une création. Vous verrez pourquoi. Du Rheims pur jus, dans lequel l’écrivaine est au zénith de son talent.

Danger en rive Nathalie Rheims. Éditions Leo Scheer 186p.    www.leoscheer.com

 

 

 


La vision d’une femme qui ramène un sombre passé à la surface

Nous sommes dans un parc d’Helsinki. Olenka est assise sagement sur un banc, quand tout à coup elle voit surgir Daria, une femme dont les familles se connaissaient en Ukraine. Pays que la première va quitter. Cet ex mannequin a tout un passé, trafiquante d’ovocytes, d’exploitation de mères porteuses. La vision de Daria fait ressurgir un passé qu’elle aurait préféré enfouir au plus profond. Voilà la trame de Le parc à chiens de Sofie Oksanen. On croit finir avec hier et voici qu’il nous rattrape.  La femme de lettres a connu une renommée avec un précédent roman “Purge”. C’est un roman certes qu’elle nous offre, mais en même temps la restitution de ce qui pouvait se passer à une certaine époque dans les pays de l’Est. Puissant est un qualificatif qui relève de l’euphémisme.

Le parc à chiens Sofi Oksanen. Stock 479p.      www.editions-stock.fr

 

 

 


Qualité, être humain

Ils sont rares de nos jours ceux qui se tiennent droit dans leurs bottes, ou honnêtes comme en cherchait en vain dans l’Antiquité un Diogène. Eh bien il s’en trouve au moins un qui a pour nom Cédric Herrou qui a toujours été en butte à la bêtise sociale et administrative et qui par hasard deviendra d’un secours indispensable pour de smigrants qui trouveront refuge chez lui dans la vallée de la Roya, dans l’arrière-pays niçois, difficile lieu de passage entre l’Italie et la France. Il en cumulera des merdes avec la République française et ses représentants. Son obstination trouvera une heureuse consécration par l’adoption par le Conseil constitutionnel de ce qu’on nomme le principe de fraternité qui autorise tout citoyen à ouvrir sa porte à quiconque migrant vient demander de l’aide quel que soit son statut. Cette victoire date du 6 juillet 2018.  Herrou se raconte dans Change ton monde préfacé excusez du peu par un prix Nobel de littérature J.M.G. Le Clézio admiratif. Cette lecture donne de l’espoir en l’humanité quand elle s’en donne la peine.

Change ton monde Cédric Herrou. Les liens qui libèrent 267p. 

 

 

 


Une figure bretonne féminine inconnue de la Commune

A moins d’être un fin connaisseur de la période de la Commune, le nom de Natalie Le Mel ne vous dira sans doute pas grand-chose.  Heureusement grâce au travail d’Eugène Kerbaul et des éditions Le Temps des Cerises, sa figure est réhabilitée. Peut-être a t-elle été dans l’ombre de cette autre grande révolutionnaire Louise Michel dont elle était l’amie, mais dont on apprend que leur relation s’est par la suite distendue. Natalie a milité sous Napoléon III pour l’égalité salariale entre les relieurs et les relieuses qu’elle obtint. Pour sa participation au soulèvement de la Commune elle connu le bagne en exil pour lequel elle obtint par la suite une amnistie. C’est une vie trépidante que fut la sienne. Et qu’on prend plaisir à découvrir. Un modèle d’engagement même aujourd’hui pour les femmes qui luttent pour l’égalisation des traitements salariaux.

Natalie Le Mel Eugène Kerbaul. Le Temps des Cerises 166p.    www.letempsdescerises.net

 

 

 


Des outils pour transformer positivement la planète

L’écologie est un sujet tendance. Le danger même d’être une mode, car depuis qu’on parle de protection de la biosphère quels sont les effets tangibles d’amélioration. On observe qu’il y a tant à faire. Justement le Campus de la Transition qui est un lieu de recherche, d’enseignement et d’expérimentation fondé en 2018 par un regroupement d’enseignants et d’entrepreneurs, planche sur les moyens à entreprendre. On peut prendre acte de leurs recommandations dans ce bouquin très dense Manuel de la grande transition qui s’attache à plein de secteurs socio-économiques, que ce soit le climat en tout premier lieu mais aussi les arts, le droit, l’éthique et quoi encore. A la lecture on se rend compte qu’aucun secteur de la vie humaine n’a été négligé. Et on verra la distance prise avec le monde scientifique où tout n’est pas béni oui-oui. Cet ouvrage fondateur est une somme d’outils pour réellement entreprendre le changement appelé de tous nos voeux. C’est même une bible que tout écologiste digne de ce nom doit avoir sous la main.

Manuel de la grande transition Collectif. Les liens qui libèrent 446p. 

 

 

 


Que de trésors encore à découvrir à Québec

Nous vous avons dit déjà dans ces colonnes tout le bien que nous pensons de cette collection “Curiosités” aux éditions GID dirigée par Pierre Lahoud qui s’est donnée pour mission de faire découvrir des coins de la Belle Province sous un angle patrimonial. Et la Ville de Québec n’est pas en reste avec un tome 3.  Par exemple La Maison Gomin, véritable château architectural qui fut une prison pour femmes érigée sous le gouvernement d’Alexandre Taschereau. Et des résidences magnifiques comme celle construite en 1945 par le colonel Jones connue comme la villa Bonne Entente. Des pages et des pages à parcourir. Et sa sortie tombe à point nommé où on déconfine dans les régions en cette quasi fin de pandémie, et où les québécois un peu comme pour l’été dernier feront du tourisme intérieur. Voilà un petit guide qui en plus des deux précédents vous donnera une vision de la Capitale nationale comme jamais.

Curiosités de Québec Tome 3 Jean-François Caron et Pierre Lahoud. Éditions GID 222p.     www.leseditionsgid.com

 

 

 


Il était une fois une Innue et un Breton

Il ne peut y avoir de rencontre plus improbable que celle du Breton Gérard Pourcel et de l’Innue Ninon Labrie. Le premier, québécois ressortissant français, cherchait au départ une locataire pour occuper le second étage de sa maison unifamiliale. Il se montrait très exigeant pour enfin fixer son choix. Il ne pouvait avoir de postulante plus exotique que Ninon Labrie, infirmière de métier, très croyante, alors que lui est athée. Mais il se créera une chimie, au point que le propriétaire décida de se faire biographe de sa nouvelle locataire. Quand on dit que le plus humble des mortels a toujours de quoi faire une bonne histoire, il ne pouvait mieux trouver chez cette femme qui fut adoptée par une famille à l’aise et qui entreprit une carrière en santé. est De Pessamit à Jérusalem titre de cette biographie est la résultante de deux déracinés. C’est une petite plaquette qui compense par la densité du récit.

De Pessamit à Jérusalem Une Innue raconte. Ninon Labrie et Gérard Pourcel. Les éditions GID 104p.   www.leseditionsgid.com

 

 

 


Mémoire de flic

Des souvenirs de policiers, ça donne généralement toujours de bons livres. Pour la raison que ces hommes et ces femmes sont en contact avec, hélas avec la face la plus sombre de la vie humaine. Il leur faut une carapace pour faire ce métier sans sombrer dans le désespoir. L’histoire de Jacques Tessier caporal à la Sûreté du Québec n’échappe pas à la règle. Si nous en savons aujourd’hui sur son parcours inusité, c’est que le hasard l’a fait voisin de chambre d’hôpital de Michel Gervais l’ancien recteur de l’Université Laval qui s’est délecté de ses histoires et qui lui a offert son aide pour coucher le tout sur papier. Ça donne Haut les mains! Un policier se raconte. En même temps, on voit l’évolution du cadre de travail des agents de la SQ sur trois décennies. Et des anecdotes il y en a profusion. Deux histoires tenez, qui ont pour cadre une miction masculine. D’abord celle d’un homme allant se soulager et qui croit voir des mannequins de vitrines dans un fossé. Pour se rendre compte que ce sont de véritables corps humains décomposés. L’agent Tessier n’a jamais pu connaître qui est le ou les auteurs du crime. Et en fin de carrière, alors qu’il est affecté à l’Assemblée Nationale du Québec, il aperçoit un homme qui grimpe avec sa rutilante bagnole sur  le terrain pour aller se soulager contre l’Hôtel du Parlement. Sans attendre le flic l’empoigne et lui frotte le visage sur la terre chargée du pipi du monsieur. Et qui est témoin de cette scène loufoque...le ministre Jean Garon. De courts chapitres mais très croustillants.

Haut les mains! Un policier se raconte Jacques Tessier en collaboration avec Michel Gervais. Les éditions GID 248p.     www.leseditionsgid.com

 

 

 


Il était une fois un médecin et maire à Rivière-du-Loup

Claire Trépanier a voulu laisser un témoignage sur la vie de son grand-père Antonio Paradis (1892-1967) qui était médecin et qui fut maire de Rivière-du-Loup. Il commença d’ailleurs sa carrière médicale à l’Hôpital Saint-Joseph-du-Précieux-Sang dans cette ville du Bas-du-Fleuve. Il était d’allégeance unioniste ce qui était de bon ton si on voulait avoir de bonnes relations avec le “Cheuf” Maurice Duplessis. Elle a donc entrepris des recherches plus que fouillées pour raconter non pas seulement la vie de son aïeul mais le Québec rural des différentes époques que ce médecin a traversé. Comment des curés se fendaient à donner des façons de procréer aux femmes. Que les compagnies d’assurance d’une certaine époque exigeaient que le futur assuré présente une fiole d’urine afin de s’assurer de sa bonne santé. C’est toute une fresque qui défile sous nos yeux. Pour preuve de l’intensité de sa recherche, la petite-fille présente en fin de chaque chapitre la riche bibliographie correspondante. Avec des photos qui montrent l’importance du couple Paradis. On voit par exemple le roi George VI et plus loin Winston Churchill en compagnie de l’épouse du maire. Impressionnant.

Dr. Antonio Paradis Le Doux Dragon. Claire Trépanier. Les éditions GID 375p.    www.leseditionsgid.com

 

 

 


La Vice-présidente américaine vit son “american way of life”

Kamala Harris n’a pas volé son poste d’actuelle Vice-présidente des États-Unis, première femme noire titulaire à ce titre.. On se souviendra qu’elle n’était pas le premier choix de Joe Biden car lors de la campagne à l’investiture, elle n’avait pas été très tendre envers le locataire du Bureau Ovale. Mais c’est ça la politique. Elle a bravé les obstacles et a obtenu tout de même un sacré prix de consolation où le sort fait aux noirs est toujours d’une terrible actualité chez nos voisins du sud. A travers sans doute un agenda démentiel, la VP a trouvé le moyen de revenir sur son parcours dans Nos vérités mon rêve américain. On sait qu’elle a étudié à Montréal.  D’ailleurs son alma mater souhaite la voir venir en grandes pompes. Dans l’immédiat lisons ses souvenirs d’une avocate qui deviendra une procureure redoutée en Californie, confrontée avec les dragons de la finance de Wall Street. Et comment lui est venue la piqûre de la politique. De grands passages de ses mémoires  sur la couverture des soins médicaux et juridiques aux États-Unis pour lesquels elle lutte pour plus de justice. Elle présente un portrait assez juste des iniquités sociales aux USA. A lire car cette femme a de fortes chances de succéder à Biden.

Nos vérités mon rêve américain Kamala Harris. Robert Laffont 342p.    www.laffont.ca

 

 

 


Un superbe écrin pour les 50 du Noroît

Cette année marque le 50ème anniversaire de la maison d’édition du Noroît qui nous a donné tant de poètes  à découvrir durant ce demi-siècle. Il fallait donc marquer le coup par quelque chose d’événementiel.  C’est la réalisatrice Monique LeBlanc qui a eu cette idée de faire voisiner 50 textes poétiques puisés dans la riche histoire du Noroît, sélectionnant en parité autant d’hommes que de femmes. A quoi, cette créatrice de l’image a juxtaposé des photos qu’elle a réalisé. Au final ça donne J’écris peuplier qui touche presque à l’album d’art. En tout cas, le Noroît n’a pas lésiné sur la présentation graphique, de sorte d’offrir un écrin à la hauteur de cette célébration. L’occasion de revisiter de grands poètes.  On ne pouvait faire mieux en la circonstance. C’est un beau cadeau pour les amateurs de poésie. Et dieu sait que nous avons bien besoin de celle-ci pour échapper à la grisaille du quotidien.

J’écris peuplier Sous la direction de Monique LeBlanc. Le Noroît.  www.lenoroit.com

 

 

 


Tout ce qu’il faut savoir sur la rémunération et même plus

C’est étrange. Le ministre du travail du gouvernement de la CAQ fait savoir qu’il ne se montre pas favorable à des augmentations de salaires pour le marché du travail, au moment où la main-d’oeuvre manque qui ne veut plus travailler pour un petit pain. C’est tout l’enjeu de la rémunération qui est en cause. Les travailleurs ont ainsi besoin de reconnaissance. Pour en savoir plus sur ce domaine, voici que l’on publie une véritable somme, voire un lourd pavé sous la direction de Yves Hallée, Renée Michaud et Patrice Jalette La rémunération dans tous ses états”. Qui nous dit tout ce qu’il faut savoir sur l’intention qui préside à la rétribution d’un travail, ses différentes interprétations et comment établir un juste paiement pour le travail effectué. C’est une recherche fondatrice qui a mobilisé un aréopage de professionnels. Même si c’est un travail de haute volée universitaire, sa lecture est à la portée de tous ceux qui s’intéressent à ce sujet, spécialiste en ressources humaines, syndicalistes, patrons et employés. Qui permet de trouver une foule d’arguments, dépendant du camp où on se place.

La rémunération dans tous ses états Collectif. Les Presses de l’Université Laval 813p.   www.pulaval.com

 

 





 


Le coin santé physique et psychique

Des femmes ont été nombreuses à nous révéler à quel point un nombre appréciable de femmes ne connaissent absolument rien de leur vagin, l’une d’elles racontant en connaître une qui croyait sérieusement que la cavité vaginale prenait quasiment fin sous l’œsophage. Et que dire le malaise engendré par la pièce Les monologues du vagin où on a claironné haute voix des variations sur l’organe sexuel féminin. Il y a donc de l’éducation à faire. Voici un outil pédagogique qui tombe bien signée d’une gynécologue le Dr. Jen Gunter cela a pour titre La bible du vagin. Pour reprendre un cliché bien connu, tout ce que vous avez voulu savoir sur le sujet et que vous n’avez jamais osé demander. Toutes les interrogations que vous avez pu avoir ont droit au chapitre dont est-il vrai qu’il y a des toxines dans les tampons hygiéniques ? C’est probablement le premier ouvrage de vulgarisation connu sur la vulve entourée de tant de mystères. Et la doctoresse en déboulonne plusieurs mythes la concernant. C’est aux éditions First et un beau cadeau à offrir à une adolescente malaisée sur le sujet. Mieux on sait, moins on a peur c’est bien connu.

Demeurons dans le domaine de l’ignorance avec un autre sujet qui titille bien des consciences à savoir si l’orientation homosexuelle est innée ou acquise. C’est ahurissant de constater qu’en 2021 que l’on n’ait pas trouvé de réponse simple et définitive. Comme le fameux dilemme de savoir si c’est l’œuf ou la poule qui est venu avant. Eh bien pour revenir à la genèse de l’homosexualité Jacques Balthazart s’est encore penché sur la question, lui qui nous a donné en 2010 Biologie de l’homosexualité aux éditions Mardaga. Toujours chez le même éditeur il persiste et signe avec On naît hétéro ou homosexuel on ne choisit pas de l’être. Dans ces pages il fait état des dernières avancées de la science, notamment la neuroendocrinologie. On sera surpris d’apprendre que la génétique pourrait jouer un rôle sur lequel se penche de doctes savants.

Aux éditions Michel Lafon, la plus célèbre intervieweuse américaine Oprah Winfrey n’a de cesse d’explorer son propre passé qui a connu son lot de traumatismes dans l’enfance. Elle en a souffert. Et elle a voulu s’en libérer comme elle le souhaite pour ses téléspectateurs qui passent par de telles épreuves. C’est pourquoi elle lance un ouvrage Que vous est-il arrivé ? qui est coécrit avec le pédopsychiatre et neuroscientifique le Dr. Bruce D. Perry. Ce dernier s’est fait une spécialité de la maltraitance infantile. Les deux savent comment le fameux adage qui dit que le passé est garant de l’avenir, peut avoir aussi une connotation pénible. Pourquoi devrait-on traîner son boulet de vie toute son existence ? A eux d’eux ils feraient en quelque sorte de la psychanalyse à portée populaire avec moult exemples comme le veut une certaine tradition américaine du genre.

Enfin, aux éditions de l’Apothéose on retrouve Anne Potvin qui en 2019 s’était commise dans une petite plaquette ayant pour titre Inceste. Sur la couverture on ne pouvait qu’être ému par une photo d’elle fillette, toute candide, cette pauvre enfant livrée à un oncle puis un père incestueux. Sans fioritures elle nous décrivait par le menu ce par quoi elle dû se soumettre et les ravages que ces gestes infâmes ont eu pour conséquences. Elle nous revient avec un survol dans le temps alors qu’on la retrouve jeune fille, mal dans sa peau, méchante même, qui se venge sur les autres de son mal être. Elle regrettera infiniment par la suite cette phase de son existence. Mais il lui a fallu passer par là pour en arriver à la rédemption qui a fait d’elle maintenant une femme en harmonie avec elle-même et qui réussit très bien comme entrepreneure. C’est titré Rebelle qui reflète exactement les sentiments qui étaient les siens à une certaine époque.