- LIVRES juin 2019 -
 
 


 


L’épreuve de nous-mêmes

C’est ainsi que quelqu’un a défini assez sommairement L’étranger parmi les vifs de Pascal Bacqué tome 2 de La Guerre de la terre et des hommes. Ça démarre sur une invitation au Train Bleu le bar de la gare de Lyon. Un étrange personnage va convoquer un écrivain répondant au nom de Pascal B. (est-ce l’auteur ?). De là des envolées métaphysiques car comme il est mentionné en fin du communiqué de presse accompagnant la sortie de l’ouvrage « Enfin il y a la terre, et la terre s’apprête à se réveiller. Tout est suspendu. Encore un pas, et nous sommes perdus ou sauvés. »  Intriguant n’est-ce pas ? L’écrivain n’est pas banal, lui qui vient de la poésie, a étudié le Talmud et a engendré huit enfants! On annonce et ce n’est pas faux, le début d’une nouvelle littérature. Serions-nous devant un nouveau pape des lettres ? Ensuite, félicitations à la maison d’édition Massot qui a pris un soin particulier à la présentation graphique de ce roman très singulier va sans dire. Cet ouvrage par sa densité, on ne se contentera pas de le lire, comme l’actrice Charlotte Rampling qui a adoré, mais de le relire.

Étranger parmi les vifs. Tome 2 de La Guerre de la terre et des hommes. Pascal Bacqué. Massot 425p.    

 


 


Une pensée critique sur l’argent

L’actualité nous faisait savoir cette semaine que Facebook s’apprête à lancer sa propre monnaie mondiale. De nouvelles espèces seront donc en circulation dans un avenir rapproché. L’argent exerce donc encore énormément d’attrait. On lui doit le meilleur mais surtout le pire. Nino Fournier diplômé de philosophie de l’université de Lausanne s’est penché avec attention sur notre rapport à l’argent, un peu comme un entomologiste étudie les fourmis. Dans  l’introduction de son essai L’ordre et l’argent il donne le la en commençant par décliner une vérité, tous, de façon avouable ou non, aimerions être riches. A partir de ce postulat il développe une critique de l’économie sur un mode de vulgarisation à la portée de tous. Et tout bon philosophe qu’il est, il ne peut écarter cette science humaine de son choix thématique. Il y a en effet de quoi philosopher sur les valeurs qui se rattachent au bien matériel. Bref, un éclairage très intéressant sur la place de la monnaie dans nos existences. Une bibliographie exhaustive permettra au lecteur qui voudra approfondir la chose, d’aller encore plus loin.

L’ordre et l’argent. Nino Fournier. Liber 212p.      

 


 


La culture russe, un terrible patrimoine

La culture russe est marquée par deux choses, sa corrélation avec la politique existante au cours de son histoire. Un comte de l’aristocratie par exemple se demandait si Pouchkine faisait œuvre utile en écrivant de la poésie. Et aussi par la recherche d’une identité. Pour qui veut approfondir la connaissance de ce riche patrimoine slave il n’y a pas meilleur professeur que le pope Alexandre Schemann (1921-1983) qui s’exila aux États-Unis pour devenir doyen du séminaire orthodoxe de Saint-Vladimir. Mais sa contribution pérenne demeure ses chroniques radiophoniques sur Radio Liberté qui se sont échelonnées durant trente ans. On a retrouvé providentiellement, venant de deux sources, les transcriptions de celles consacrées aux Fondements de la culture russe que nous avons maintenant la chance d’avoir entre les mains. Qui ont été diffusées sur deux ans en 170 et 1971. Nous sommes en face d’un érudit qui fait démarrer cette grande fresque allant de Pouchkine à Soljenitsyne. C’est le genre d’enseignant que l’on voudrait avoir dans le système scolaire, passionné comme tout. Heureusement que son cours a été préservé pour notre plus grand bonheur.

Les fondements de la culture russe. Alexandre Schemann traduction Michel Sollogoub. Éditions des Syrtes 226p.      www.editions-syrtes.com

 


 


Charles Manson à la première personne

Cette année 2019 est aussi celle d’une triste commémoration, celle du 50ème anniversaire des meurtres commandés à ses disciples par Charles Manson dont parmi les victimes Sharon Tate alors l’épouse de Roman Polanski. Un demi siècle a passé donc, mais ces crimes macabres continuent de fasciner et d’inspirer le monde des arts. A preuve ce dernier film de Quentin Tarantino « Once upon a time in Hollywood » avec en vedettes Leonardo Di Caprio et Brad Pitt avec en toile de fond le voisinage de la famille Manson. Puis « The haunting of Sharon Tate » avec dans le rôle de la défunte actrice Hilary Duff. Et ça continue. Jusqu’à présent le livre Helter Skelter du procureur Vincent Bugliosi était demeuré le véhicule de l’image d’un Manson diabolique aux yeux de feu, tel qu’on a pu le voir dans les actualités filmés, et franchement peu rassurant en effet. Mais si on veut être d’une rare objectivité, quelle vision a de lui-même le principal concerné ? Nous avons un témoignage choc Charles Manson par lui-même basé sur des entretiens s’échelonnant sur six ans et des centaines d’heures d’échanges et réalisé par un ancien pote de tôle Nuel Emmons. Ils se sont connu bien avant à la fin des années cinquante pour de menus larcins. Quand ce dernier a appris que Manson a été commanditaire de ces actes odieux, il n’en est pas revenu. Il a donc pris sur lui l’initiative d’aller le rencontrer. Dans la préface de l’ouvrage où il laisse parler son sujet à la première personne, il faut lire le contexte qui a présidé à cette série de rencontres. En conclusion de ce livre terrifiant mais si réaliste, Manson donne le clé de son comportement qui revient à dire que lorsqu’on est né tout croche et sans amour, on cours à la dérive et on s’accroche à n’importe quoi. Et c’est ce qui explique les tonnes de correspondance qu’il a reçu en prison de gens admiratifs!

Charles Manson par lui-même. Propos recueillis par Nuel Emmons. Séguier 380p.      www.editions-seguier.fr

 


 


Une rocambolesque équipée de boat people estoniens

C’est la beauté des rééditions de raviver des œuvres qui étaient passé un peu aux oubliettes comme ce Cap sur la liberté de MM. Voldemar Veedam et Carl B. Wall qui fut publié dans les années cinquante avec un succès, traduit dans vingt-cinq pays. L’histoire vraie de réfugiés estoniens qui avaient trouvé asile en Suède durant la Seconde guerre mondiale et qui craignaient la mainmise de la Russie sur leur pays et qui ne voulaient plus y retourner. Deux hommes, Harry Paalberg et Voldemar Veedam vont rafistoler un petit navire de type « sloop ». Avec seize personnes à son bord ils vont, le 10 août 1945, appareillés en direction des États-Unis, plus exactement à Norfolk en Virginie. C’est toute l’épopée à bord de l’Erma qui est rapportée dans ces pages. Songez que pour la seule mer du Nord, il y avait de redoutables champs de mines posés par la marine allemande pour anéantir les convois alliés et qui firent de grands dégâts. Et ce n’était pas le moindre danger parmi d’autres. Cette histoire comme nulle autre fit la joie en son temps des lecteurs du Reader’s Digest au moment de sa publication en 1947 sous la plume de M. Wall.

Cap sur la liberté. Voldemar Veedam et Carl B. Wall. La Table Ronde 332p.   www.editionslatableronde.fr

 


 


Comment naît la vocation en art visuel

Tout artiste inévitablement se fait poser la question un jour où l’autre « Comment vous est venu votre vocation artistique ? ». Est-ce pour cesser d’y répondre que le peintre et sculpteur Richard Texier a devancé tout le monde en répondant en long et en large de la genèse de son esprit créatif. Cela donne L’hypothèse du ver luisant. Comme toute fondation humaine trouve sa source dans l’enfance, lui de raconter la sienne. Et longuement il rend hommage à son oncle Henri à qui il consacre de belles pages. C’est ce parent qui machinalement lançant une petite pierre plate, éblouit le jeune Richard par tant d’adresse. Ça générera la carrière qui fut la sienne. On est loin ici d’une autobiographie artistique. Au mieux, il saisit des instants marquants de sa vie professionnelle. Mais le lecteur saura par contre comment réfléchit un créateur de sa trempe. Cette lecture nous donne inévitablement le goût de partir à la découverte de ses œuvres.

L’hypothèse du ver luisant. Richard Texier. Gallimard 176p.  

 


 


Sur le roman d’aventures dans le Québec du XIXème siècle

Jadis quand on prenait de rares minutes en classe pour nous parler des débuts de la littérature québécoise, on disait alors canadienne-française, on nous rabâchait plus souvent qu’autrement des poètes qui exaltaient à travers des vers de mirliton un nationalisme qui sentait bon la fleur de lys, quand ce n’était pas d’autres versifications ayant pour sujet la nature. Bref d’un ennui extrême. S’ils s’en serait donné la peine ces « éducateurs » auraient pu au moins nous faire découvrir des gens de lettres qui s’étaient faits une niche dans le roman d’aventures. C’est ce que fait Nathalie Ducharme spécialiste du domaine qui nous arrive avec Le roman d’aventures au Québec 1837-1900. Elle aborde les influences qui nous caractérisent, soient qu’elles proviennent de France ou bien des États-Unis. Et on apprendra que lorsque ces écrits dénonçaient des vices, c’était hypocritement le prétexte pour les évoquer et soulever l’ire du clergé, si chatouilleux pour ce qui concernait la morale. Cet essai a le grand mérite de nous apprendre un pan de notre littérature hélas passé sous silence.

Le roman d’aventures au Québec 1837-1900. Nathalie Ducharme. Presses de l’Université Laval 260p.      www.pulaval.fr

 


 


L’auteur du Silence des agneaux revient en force

Thomas Harris s’est taillé une place enviable avec son roman Le silence des agneaux qui trouvera l’adaptation à succès au grand écran. Il s’était laissé désirer un peu, puisque depuis plus de dix ans, c’était silence radio. Il n’a pas chômé pour autant puisqu’il réapparait en lion avec Cari Mora et ça va frapper fort, jugez vous-même. L’écrivain a imaginé que se terre une fortune considérable sous la villa qu’occupait le célèbre narcotrafiquant Pablo Escobar à Miami. En fait des lingots d’or. De quoi susciter les plus folles envies. Mais il y a un hic, un véritable cerbère en jupon garde le fort et c’est Cari Mora. Dire d’elle que c’est une femme forte de l’Évangile est en deca de la vérité. Elle a revisité le mot violence à sa manière. Mais malgré les avertissements, un sombre personnage va vouloir s’emparer de ce butin. Vous voulez de l’action ? C’est un buffet qui vous attend. L’absence d’Harris lui a été réellement profitable.

Cari Mora. Thomas Harris. Calmann Lévy 295p.    www.calmann-levy-noir.fr

 


 


Robert Galbraith alias J.K. Rowling

Saviez-vous que non contente d’être devenue plus riche que la reine d’Angleterre, J.K. Rowling qui ne peut vivre sans un crayon ou un clavier sous la main, mène une double vie en ayant créé l’écrivain Robert Galbraith. Et c’est à travers lui qu’elle s’est forgée une place en parallèle à Harry Potter, avec la création d’un duo d’enquêteur, d’abord Cormoran Strike, son limier fétiche et son assistante Robin Eliacott. Sa dernière ponte ou enquête est Blanc mortel un pavé de près de sept cent pages qui risque de vous octroyer une tendinite si vous le tenez à bout de bras. C’est l’histoire d’un garçon qui vient dévoiler au commissaire avoir été témoin de premier plan du meurtre d’un enfant. Mais à peine s’est-il avancé sur cette divulgation qu’il s’est éclipsé sans crier gare. Il n’en faut pas plus au tandem justicier de tenter de faire la lumière. Nous sommes dans le Londres cockney où il ne fait pas bon de s’aventurer avec pour seul éclairage la lueur des réverbères. Vous a-t-on dit que la dame sait écrire ? c’est un euphémisme, elle sait aussi structurer une histoire enlevante comme celle-ci. Si vous plongez avec ravissement et trouvez que c’est trop court, sachez que Dame Rowling a déjà consacré d’autres romans par le passé avec le personnage de Cormoran Strike.

Blanc mortel. Robert Galbraith. Grasset 698p.   

 


 


Une histoire intellectuelle de l’éducation au Québec

Parce que les ouvrages sur la pensée éducative au Québec sont trop peu, ce vide est maintenant comblé grâce à cet essai en collectif La pensée éducative et les intellectuels au Québec sous la direction de Denis Simard, Jean-François Cardin et Olivier Lemieux. Ce tome couvre la période allant de 1915 à 1930. Ce qu’on y lit est la résultante d’un symposium qui s’est tenu à Montréal il y a deux ans les 17 et 18 mai à l’occasion du 4ème Colloque international du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante et consacré justement à la pensée éducative au Québec. L’ouvrage qui en résulte a été dédié au regretté Paul Gérin-Lajoie le premier titulaire du Ministère de l’éducation au Québec. Dans ces chapitres on analyse la pensée de douze figures intellectuelles marquantes, dont parmi celles-ci, Guy Rocher, Fernand Dumont et Jacques Grand’Maison.   Un chapitre intéressant est celui consacré à la journaliste Judith Jasmin dont on apprendra que longtemps formée à l’école laïque, elle éprouvera une détestation profonde des éducatrices religieuses qu’elle trouvait à la fois arrogantes et ignorantes.

La pensée éducative et les intellectuels québécois. La génération 1915 -1930. Collectif. Presses de l’Université Laval 232p.     www.pulaval.com

 


 


Le blues de l’East Village par Chantal Thomas

Chantal Thomas s’est ramené à New York pour revoir l’East Village qu’elle avait connu à l’ère Andy Warhol, elle la petite française qui bredouillait son peu d’anglais. Elle a voulu voir s’il y avait encore de cette poésie d’antan. Que des bribes et encore. Sur des photos d’Allen S. Weiss elle revisite ces lieux qui l’avaient tant enchanté. Elle ne se limite pas qu’à l’East Village, elle nous amène pour une remontée dans le temps ailleurs dans la Grosse Pomme, entre autres au Bonnie and Clyde’s le bar lesbien branchée où elle pouvait satisfaire à son désir des femmes. Nostalgie quand tu nous tiens. Elle raconte bien l’effervescence qui était celle de ce monde disparu. East Village Blues ravira ceux qui ont un amour pour la métropole américaine.

East Village Blues. Chantal Thomas. Photos Allen S. Weiss. Seuil 192p. www.seuil.com

 


 


Un illustre inconnu du Dauphiné à connaître

Personne ne connaît aujourd’hui Sébastien Falquet de Planta (1770-1839) militaire et châtelain à Fontaine non loin de Grenoble. Cette figure du Dauphiné est la parfaite définition de ce qu’est un illustre inconnu. C’est grâce à Yves Jocteur Montrozier ancien conservateur en chef des bibliothèques de France que nous devons d’apprendre ce que fut cet homme d’une curiosité digne d’un homme de la Renaissance et qu’il nous est permis de connaître grâce à la volumineuse correspondance consultée par le biographe. Plus d’un millier de lettres. C’était un compulsif de l’écriture et paradoxal. On se serait attendu que ce démiurge de la plume s’intéressât à être publié. Aucunement. Épistolier c’est d’abord pour se constituer et maintenir un réseau. Ensuite il livre ses états d’âme. Car le personnage public, notamment en politique, était la contradiction même. A la fin de sa vie il y aura un tournant religieux, plutôt mystique expliqué par un fait tragique, la mort accidentelle de sa fille aînée âgée de seulement six ans. Qui déclencha chez lui un flot d’interrogations existentielles. A travers ce portrait, l’auteur souscrit à ce qu’on appelle la micro histoire, la petite histoire qui fait la grande. Il y a le sujet en lui-même et toute l’époque qu’il rend bien dans ses écrits.

Les deux visages de Sébastien Falquet de Planta. Yves Jocteur Montrosier. Presses Universitaires de Grenoble 382p.    www.pug.fr

 


 


Ascension et chute de la métallurgie en Savoie et Dauphiné

Le mémoire que nous avons entre les mains La nébuleuse métallurgique alpine (Savoie-Dauphiné fin XVIIIème fin 19ème siècle) de Pierre Judet,   est une version réduite de sa thèse d’habilitation à diriger des recherches. Reconnue haut la main par ses pairs. Et en effet, loin d’être hermétique, c’est tout un pan d’une sidérurgie régionale qui se déroule sous nos yeux et s’échelonnant sur un siècle. Le développement des transports, des techniques métallurgiques importées d’Angleterre et des idées libérales en matière économique provoqueront le déclin de cette industrie locale. Et justement au sujet de la vision locale, l’essayiste se fait fort de rappeler que des thèmes ici présentés ont des portées universelles. Bien qu’il fasse ressurgir ce qui coïncide avec l’âge d’or de la révolution industrielle, tout n’est pas totalement anéanti. On voit poindre des ateliers qui aujourd’hui se sont donné des objectifs pointus et qui connaissent une grande notoriété.

La nébuleuse métallurgique alpine (Savoie-Dauphiné fin XVIIIèm fin XIXème siècle). Pierre Judet. Presses Universitaires de Grenoble 368p.    www.pug.fr

 


 


Histoire de jouet en effet en mode 3D

Saviez-vous que depuis 1995 la saga Histoire de jouets a permis à Disney Pixar d’engranger deux milliards de dollars! Et ça n’est pas près de se terminer avec la sortie en salle de cinéma du volet 4. En attendant, voici que l’éditeur Broquet a saisi la balle au bond et devançant le grand écran, nous offre les aventures des personnages avec en tête le sympathique Woody et de surcroît en réalité augmentée. En effet on télécharge une application gratuite sur IOS et Android. Ce qui permet de scanner les pages du livres et donner vie à des animations que vous pouvez diriger!.

Histoire de jouets. L’aventure de Woody en réalité augmentée. Broquet 30p.   www.broquet.qc.ca

 


 


Le coin de la BD

Si malgré toutes les campagnes contre le tabagisme, vous n’êtes pas encore convaincus des méfaits de la cigarette, il ne vous reste qu’une chose pour vous faire une idée négative et définitive c’est de parcourir Cigarettes le dossier sans filtre du scénariste Pierre Boisserie et de l’illustrateur Stéphane Brangier chez Dargaud. Attendez voir. On n’est pas dans la BD formatée de 48 pages. Ici c’est plus de 150 pages qui ont valeur de documentaire qui décortique tout sur l’industrie du tabac. Dans le communiqué de presse qui accompagne la sortie de l’album il est rapporté que chaque seconde dans le monde, les amateurs de volutes de fumée laisse choir sur le sol 136 mille mégots qui prennent dix ans chacun à se dégrader. A lire sans réserve.

Maintenant comme on le voit, la BD fait œuvre utile en se tournant vers la forme documentaire. Une plateforme fantastique pour répandre la connaissance et de façon ludique. Un autre exemple nous est donné aux éditions de la Gouttière cette fois avec Sortir de terre. Du tandem Xavier Bétaucourt et de Jean-Luc Loyer on raconte l’implantation d’une « succursale » du Musée du Louvre, appelée maintenant le Louvre-Lens. Pour vous situer, cette antenne du Grand Louvre a été implanté à Lens, une municipalité de la sous-préfecture du Pas-de-Calais et de la région Hauts-de-France. Qui est exactement à 27 kilomètres au Sud-Ouest de Lille. Le musée a été érigé à l’emplacement où se trouvait la fosse 9 des mines de Lens. Quelle reconversion qui est maintenant un succès culturel. On vous dit tout sur la genèse de projet et des étapes de son implantation.

Cette année de 2019 marque la commémoration du 500ème anniversaire de la mort de Léonard de Vinci. Une pléthore d’ouvrages sont paru pour célébrer la mort de ce visionnaire. Mais si on veut tout connaître du quotidien du maître, laissons les comparses Burk et Zidrou nous en donner un aperçu un peu loufoque. On voit la relation de De Vinci avec son disciple. On rit énormément ce qui est déjà pas si mal. Pour la vérité historique on repassera car on elle subit ici bien des entorses. A la fin, un tout petit peu de sérieux en rappelant les inventions de cet homme qui incarna réellement ce qu’on homme un esprit de la Renaissance qui symbolise la curiosité poussée à sa limite. C’est aux éditions le Lombard sous le titre Léonard génie, vidi vinci!

Chez Dupuis, on a la manifestation concrète que les réseaux sociaux peuvent avoir du bon. Comme cette fois où la scénariste Carbone, pseudo de Bénédicte Carboneill a contacté l’illustratrice Cunha de son prénom Justine pour qu’elles puissent bosser ensemble. Ça donne cette fois Dans les yeux de Lya. Au départ l’adolescent, Lya, perd l’usage de ses jambes lors d’un accident de voiture tandis que le chauffard s’est enfui en toute lâcheté. Par après il y aura, à travers un cabinet d’avocat, une négociation qui aura pour résultat de laissé l’ignoble chauffard en toute tranquillité. Si lui est tranquille, pas sa victime, qui quatre années plus tard se fait embaucher par le fameux cabinet d’avocats. Connaissez-vous le dicton « la vengeance est un plat qui se mange froid ? »  Sauf que la fille ne l’aura pas facile. Un beau thriller.

Du côté de Dargaud le retour attendu de Boule & Bill qui fêtent leurs 60 ans! Rien de moins. Jean Roba l’auteur qui est décédé en 2006 a depuis longtemps passé le flambeau. Jean Bastide reprend le dessin avec la collaboration au scénario de Christophe Cazenove. Qui, ce dernier n’avait pas à se triturer les méninges côté inspiration. Fallait simplement montrer comment notre sympathique duo du gamin et de son canidé allait célébrer ce Bon anniversaire qui donne son titre à l’album. 

 


 


Pour percer le mystère Le Clézio

Si vous regardez à tous les âges des photos de Jean-Marie Gustave Le Cléziot on ne peut pas manquer par la beauté insolente de ce grand écrivain, de surcroît prix Nobel de littérature. Maintenant pour ce qui est de sa personnalité on demeure toujours sur sa faim car l’homme est peu loquace à moins qu’il ne défende une cause qui lui est cher, souvent de nature environnementale. Alors pour percer Le Clézio voici un portrait que lui consacre Aliette Armel qui fut pendant trois décennies de la rédaction du Magazine Littéraire et qui s’intéresse à l’intimité des auteurs car elle est aussi l’animatrice à France culture de l’émission « La compagnie des auteurs ».  Elle s’attache donc dans Le Clézio, l’homme du secret à nous livrer des pistes de compréhension de cet homme discret. Elle a eu l’occasion à de nombreuses reprises de pouvoir échanger avec lui et a eu le privilège d’assister à Stockholm à sa remise du prestigieux Nobel de littérature. C’est un portrait sous l’angle de son œuvre, les thèmes qu’il chérit. Ça permet de le découvrir un peu plus de l’intérieur. En tout cas, l’essayiste a réussi une chose, nous donner le goût de nous précipiter sur un de ses livres.

Le Clézio, l’homme du secret. Aliette Armel. Le passeur 154p.  
www.lepasseur-editeur.com

 


 


Attachant Alfréd

Son prénom on aura remarqué, n’est pas Alfred mais Alfréd avec un accent aigu sur la lettre e. Il n’y a pas que ça qui distingue le petit bonhomme si sympathique. C’est qu’il adore le savoir et rien n’est plus beau pour lui que de se plonger dans un livre. Imaginez quand sa maman toujours un peu bourré, s’est saignée pour lui acheter une encyclopédie en vingt-quatre tomes. Il est si attachant que celle qui l’a mis au monde l’écrivaine bretonne Maude Mihami lui consacre un deuxième tome après elui des « Dix vœux d’Alfréd », Les amours d’Alfréd. C’est que Cupidon lui a décoché une flèche. Et qui est l’objet de tous ses amours…la nouvelle institutrice, Mademoiselle Annie! Et il n’est pas le seul à être tombé sous le charme, tout le petit bled de Camboudin en Bretagne l’est aussi. C’est un roman mignon comme tout qui a l’esprit de Clochemerle. Et qui ravive ce goût pour la douce France que chantait Trenet. Surtout qu’on est ici en 1970, où il y avait encore des lendemains qui chantent.

Les amours d’Alfréd. Maude Mihami. Nil 252p.   

 


 


Steven Guilbeault juge l’intelligence artificielle

Le chantre de l’écologie et cofondateur de l’organisme Équiterre, Steven Guilbeault et, a-t-on appris ces jours-ci candidat libéral fédéral dans le comté de Laurier Sainte-Marie, a trouvé le temps de coucher sur papier, ses réflexions sur l’intelligence artificielle, le sujet tendance s’il en est. D’entrée de jeu il reconnaît ne pas présenter une étude approfondie. Il jette simplement les bases de sa pensée à ce propos qu’il a divisé en trois volets qui donne le titre à son essai Le bon, la brute et le truand. Premier volet son adhésion à ce qu’il y a de positif dans cette technologie de pointe. Il en reconnaît amplement les mérites. Second volet, ce qu’il y a de négatif concernant l’IA dont notamment la domination des like qui a bouleversé pas mal de choses dont le journalisme. Il s’inquiète de ce que nous passons trop de temps sur notre portable à vérifier ce qu’on dit de soi et l’inverse. Enfin un subtil mélange des deux premiers volets dans le truand où il demande que l’on encadre l’IA pour ne pas se laisser dominer par elle, en même temps qu’il sait la grande capacité de l’être humain à s’adapter. A lire pour quiconque ignore les enjeux actuels du domaine et qui veut se faire une idée plus juste du monde qui nous attend.

Le bon, la brute et le truand. Steven Guilbeault. Druide 166p.    www.editionsdruide.com

 


 


Pas pressée de retrouver la disparue

Ce qu’il y a de bien avec Chrystine Brouillet c’est qu’elle ne se contente pas de broder un bon polar. Elle en profite toujours pour explorer plus avant les tréfonds pas toujours édifiants de l’homo sapiens. Comme dans ce qui fait la trame de Dans son ombre son dernier opus. Où on se retrouve devant la disparition d’une adolescente, fille d’un politicien. Et quand des confrères de l’enquêteuse fétiche Maud Graham, iront à la rencontre de la famille, ils sortiront étonnés de cette rencontre avec le sentiment qu’on ne montre pas trop d’empressement de la retrouver. Avec un tel matériau psychologique, la romancière nourrit très bien son imaginaire et nous mène de révélation en révélations. Une variation réussie des squelettes dans le placard. Les accros de dame Brouillet trouveront leur contentement, les autres qui n’ont jamais lu une ligne d’elle ont de quoi rattraper leur retard et de vérifier pourquoi elle domine dans notre monde des lettres.

Dans son ombre. Chrystine Brouillet. Druide 358p.    www.editionsdruide.com

 


 


Une fille boute-en-train et le croque-mort, c’est l’amour

Un premier roman est comme une naissance, quelque chose d’émouvant. Et Julie Léal fait une très bonne impression comme sujet d’entrée en littérature avec une histoire déjantée au possible, la rencontre d’un jeune croque-mort avec une fille pétillante de vie. Et vous avez Vivre tout simplement, qui est un hymne à la vie. Antonin jeune trentenaire dirige sa propre firme funéraire. Un jour il voit débarquer Camille. Plus vivante que ça…tu meurs. Et lui qui s’ennuie un peu voit cette fille comme une apparition. Elle va littéralement chambouler son existence comme seule une femme le peut. Décidément Cupidon n’est pas regardant sur le choix de ces cibles. Le ton est donné par le croque-mort qui nous fait partager à la première personne tout ce qui se passe dans son existence. C’est un livre drôle, bien ficelée. Chapeau l’écrivaine, la Léal est à suivre.

Vivre tout simplement. Julie Léla. Éditions Anne Carrière173p.    www.anne-carriere.fr

 


 


Le coin santé physique et psychique

Un seul titre cette semaine. Mais quel bouquin! Même les mouches suivent les saisons qui annonce la couleur. Un roman initiatique de Marc Ducasse qui n’a pas eu une existence facile. Pour tout résumer, un jour tout s’est écroulé autour de lui, perdant tout : entreprise, maison, famille. Il sera frappé deux ans durant par une sévère dépression et on le comprend. Puis il s’est ressaisit à soixante ans, prenant désormais une nouvelle vie en main qui le conduira l’année suivante à la sortie de ce livre qui nous fait voir deux jeunes hommes, Lucas et Michaël, qui se posent mille questions métaphysiques comme cela se produit naturellement. Et leur route va croiser celle d’un sage. Qui agira tel un mentor, leur révélant plein de choses sur la gouvernance en ce bas monde. Ceux qui aiment ce type de littérature seront purement ravis.

Même les mouches suivent les saisons. Marc Ducasse. Dauphin Blanc 198p.   www.dauphinblanc.com

 


 


Les mirages de la gloire numérique

La littérature a ceci de bien, voire d’utile, quand elle devient le miroir de notre époque. Et l’ère numérique commence à porter ses fruits. Ainsi Nora Sandor qui dans Licorne met à l’avant-plan une jeune fille âgée de vingt ans, Maëlla, qui s’ennuie partout, tant dans ses cours universitaires ou à son petit boulot de caissière. Seul la fait décoller un rappeur sur le web. Et voilà que tout à coup, la jeune femme a des velléités de célébrité. Elle veut elle aussi occuper le champ du web. Son « rêve » deviendra réalité quand elle remportera un concours organisé par l’entourage du rappeur en question. Le prix ? Participer au clip de l’artiste. Avec pour conséquence que du jour au lendemain elle va enfin exister aux yeux du monde, et son site sera envahi de pouces en l’air et quoi en encore. Mais ce serait trop beau. Il y aura un prix à payer, et la voilà qui devient une victime. La fin du roman ce sera sa reprise en main. C’est un roman certes mais qui a valeur de documentaire, tellement il calque la réalité virtuelle avec tout son cortège de désillusions. Nous avons proprement adoré.

Licorne. Nora Sandor. Gallimard 212p.   

 


 


L’amour de J.M.G. Le Clézio pour la Chine

Si vous ne le saviez pas encore, J.M.G. Le Clézio prix Nobel de littérature qui vient d’entrer dans le club des octogénaires, vous une passion indéfectible pour la culture chinoise. Il ira d’ailleurs dans ce pays continent pour la première fois en 1966 et son œuvre est maintenant accessible aux chinois depuis 1983. Un lien s’est donc forgé, renforcé par des causeries qu’il est allé donner là bas. Nous avons Quinze causeries en Chine éditées par Gallimard où il explique d’où vient cette fascination en même temps qu’il en profite pour livrer un vibrant plaidoyer sur la lecture et la nécessité de voyager pour s’ouvrir au monde. En prenant connaissance de ces textes on se rend compte de l’universalité de l’écrivain et de sa vaste culture générale. Ses auditoires ont hautement apprécié et pour cause.

Quinze causeries en Chine. Aventure poétique et échanges littéraires. J.M.G. Le Clézio. Gallimard 203p.  

 


 


Un tombeau sur une suicidée notoire

Evelyn Francis McHale (1923-1947) ne laissera à la postérité que son illustre suicide commis le 1er mai 1947 alors qu’elle se jeta du 86ème étage de l’Empire State Building. Pour l’anecdote, son corps atterrit fracassé sur une limousine tout en bas, mais le visage demeura intact. Ce qui inspira Andy Warhol. Elle aura laissé une note à son fiancé dont voici un extrait bien connu "Je ne veux pas que quelqu’un de ma famille ou moi-même voie une partie de moi. Pourriez-vous détruire mon corps par crémation? Je vous en prie, vous et ma famille, ne me donnez aucun service ou souvenir. Mon fiancé m’a demandé de l’épouser en juin. Je ne pense pas que je ferais une bonne épouse pour qui que ce soit. Il est beaucoup mieux sans moi. Dites à mon père, que je ressemble trop à ma mère" Nadia Busato a trouvé là toute la matière à un roman, nommé comme tel, mais qui ressemble plus à ce qu’on appelait à l’époque baroque, un tombeau, c’est-à-dire une œuvre hommage. Dans ces chapitres elle part de la vérité des faits pour imaginer ce que fut cette vie. Comme une sorte de biographie-fiction. Et la dernière phrase de la note funeste « dites à mon père que je ressemble trop à ma mère » est le point de départ de ce texte, qui bien qu’imaginé, semble coller au plus près de la personne de son sujet et qui explique ce qui l’a mené à ce geste fatal. On ne sort pas indemne de cette lecture qui nous renvoie à notre propre fragilité.

Je ne ferai une bonne épouse pour personne. Nadia Busato. Quai Voltaire 264p.    www.editionstableronde.fr

 


 


Réédition d’un classique du féminisme

Il y a 55 ans était lancé un livre-pamphlet qui eu l’effet d’une bombe La femme mystifiée de la journaliste américaine Betty Friedan. Et pour la petite histoire, c’est Yvette Roudy qui assura la traduction française, elle qui rejoindra plus tard le cabinet de François Mitterand. C’est son mentor dans l’édition Colette Audry qui permit que ce classique de la littérature de la littérature féministe soit mis à la portée du lectorat francophone. Le voici réédité après toutes ces années. Madame Friedan débute ses pages en rappelant ce que fut la vie morne de femmes pourtant de haute élévation, mais qui était réduite à la portion congrue de « reine du foyer » s’ennuyant presque jusqu’à la mortification, du moins s’en rendre malade. Tout cela pour cause de grandes frustrations. Pourquoi ce titre ? C’est qu’on convenait que malheureusement, la femme vit trop encore dans le regard de l’homme, mystifiée par lui. A la lecture vous mesurerez les progrès réels ou non depuis la parution de ce livre dont la traductrice dit qu’il a changé la vie des femmes. C’est un beau cours d’histoire en tout cas qui permet de mesurer le chemin parcouru et les luttes qui ont été celles de ces suffragettes.

La femme mystifiée. Betty Friedan. Belfond 556p.     www.belfond.fr

 


 


Il était une fois la reine du Tupperware

J.M.R. Martin est un tel touche à tout, allant de musicien, photographe, cinéma et quoi encore. La liste de ses centres d’intérêt pourrait occuper toute une chronique à elle seule. Retenons pour le moment qu’il se fait biographe et pas de n’importe qui, rien de moins que Maria Meriano la reine du Tupperware. Il raconte l’exil italien de la famille qui vient émigrer à Montréal. L’histoire classique de petites gens, braves, honnêtes, surtout très travailleurs qui finiront par se faire une place dans le « rêve américain ». Mais c’est sans compter l’ambition dévorante de la petite Maria qui est une vendeuse née et qui a seize ans, aura vendu son premier mille dollars. Elle va devenir un pilier de l’empire Tupperware avec maintenant un chiffre d’affaires qui dépasse vingt millions de dollars annuellement. Comment y est t’elle parvenue, par le travail effréné d’abord mais servi par tout un caractère! Maria n’a pas la langue dans la poche et le mot « fuck » fait partie de son vocabulaire coloré. Elle l’italienne, va même prendre un musulman comme époux! C’est une lecture inspirante pour quiconque veut se lancer en affaires.

D’immigrante à millionnaire. Maria Meriano, la reine du Tupperware. J.M. R. Martin. Éditions de l’Apothéose 403p.     www.leseditionsdelapotheose.com

 


 


Le tombeau de Jean-Marie Rouart sur Jean d’Ormesson

A l’époque des Lumières une œuvre en musique dite « tombeau » était un hommage rendu à un disparu. C’est ce qui se compare à ce que Jean-Marie Rouart a fait avec son Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson dans cette renommée collection chez Plon. On sait que les deux appartiennent à l’Académie française. Rouart résume le regretté disparu e ami comme quelqu’un pour qui la littérature était son pays, sa religion. Bâti comme l’est un dictionnaire, l’auteur s’attache à des thèmes chers à son sujet. On apprend que ça n’a pas toujours été l’amour entre d’Ormesson patron du Figaro et Bernard Pivot qu’il poussa à la démission. Ils eurent par la suite bien des occasions de se réconcilier. Que contrairement à ce qu’on pense, il n’était pas un mondain. Si, dans sa jeunesse, mais il croyait qu’il en avait fait le tour et accompagnait parfois sa femme Françoise qui y tenait encore. Avec cette lecture vous avez un portrait très complet de cet écrivain qui était à la fois un personnage qui avait dit qu’il avait traversé la vie en première classe. Tout un programme.

Dictionnaire amoureux de Jean d’Ormesson. Jean-Marie Rouart. Plon 452p.   www.plon.fr

 


 


Comment trouver son identité dans le New York des sixties

Catherine Bardon qui a fait précédemment sa marque avec « Les déracinés » poursuit sa thématique identitaire avec L’américaine. C’est une femme, Ruth, qui est d’origine dominicaine, métisse, avec du sang autrichien, juif et qui deviendra américaine par adoption. En effet, elle qui passa sa jeunesse dorée au bord de la mer, devra quitter en raison de la dictature de Trujillo. Elle prendra la direction de la Grosse Pomme. Tout un déracinement. Et la protagoniste nous raconte à la première personne ses premiers pas dans la métropole américaine qui connaît un tourbillon quel que peu révolutionnaire. On en arrivera bientôt à la contestation de la conscription pour la guerre du Vietnam. Si l’écrivaine a choisi de situer son « héroïne » en République dominicaine, c’est qu’elle craque pour ce pays. Pour revenir à l’aventure newyorkaise, elle a dû se documenter passablement pour restituer comme elle le fait, l’ambiance qui régnait dans les sixties à cette époque. C’est comme si on y était. Un très bel exercice de style qui nous permet de vérifier en même temps l’évolution sociale réalisée depuis ce temps.

L’américaine. Catherine Bardon. Les escales 465p.   www.lesescales.fr

 


 


Sur les scandales de l’Église de France

Sur une suggestion d’un proche qui lui fit part que ce serait le temps qu’une historienne analyse le scandale dans l’Église catholique plutôt que ce ne soit livrée qu’aux médias, qu’Anne Philibert s’est mise à la rédaction Des prêtres et des scandales. Avec en sous-titre « Dans l’Église de France du Concile de Trente aux lendemains du concile Vatican II ».  Elle a craint un peu qu’elle ne provoque elle-même le scandale se rappelant que Jésus a dit à sa façon « malheur par qui le scandale arrive ». Mais elle avait en tête cette indication du journaliste Jean-François Revel qui suggérait qu’il ne fallait écrire un peu comme si ça n’allait jamais être publié. A l’index on s’étonnera de ne pas voir la mention du cardinal Jean Danéliou, mort dans la chambre d’une prostituée et qui fit grand bruit. Mais elle prend bien soin qu’elle n’avait pas d’une part l’espace pour tout raconter. Elle s’est donc contentée de cas de figures qui donnent bien le rapport de l’Église avec le scandale sexuel. Et il y a des histoires incroyables, comme ce prêtre qui au XIXème siècle pratiqua sur une dévote de dix-huit ans des cas de mortification qui s’apparentèrent à de la torture et qui provoquèrent sa mort. Puis l’abbé Marc Oraison qui dans un livre s’en prit à cette culture récurrente du péché dans l’Église contre la sexualité. Et qui convoqué au Saint-Office à Rome se fit dire par le cardinal Pizzardo que le meilleur moyen pour préserver l’abstinence chez les prêtres était de rappeler les feux de l’Enfer et de manger…des pâtes et des féculents. Le livre fut bine sûr mis à l’Index, jugé trop libertaire. Ah quelle Église catholique!

Des prêtres et des scandales. Anne Philibert. Cerf 461p.    www.editionsducerf.fer

 


 


Sartre et la psychanalyse consciente

Jean-Paul Sartre l’existentialiste, reprochait à Freud son insistance sur l’inconscient, auquel il opposait lui, la psychanalyse axée sur la conscience. Professeur à l’Université de Chicago, Raoul Moati a été invité à faire une intervention à la la Sorbonne en 2015, portant sur l’Être et le Néant. Et de là lui est venu de plancher sur la psychanalyse sartrienne, dont on dit qu’il était à ce chapitre le disciple de Husserl et de Heidegger. Une notice promotionnelle en marge de la sortie de cet essai résume très bien l’idée de départ de cette réflexion « Sartre démontre comment l'homme est dans le monde et n'est pas enfermé dans son esprit. Il doit s'y fonder en tant que personne unique. Ce mystère en pleine lumière implique l'élaboration d'une discipline complémentaire à la phénoménologie, ici décrite, capable de cerner l'homme dans la singularité de son projet dans le monde, que Sartre nomme psychanalyse existentielle. »  C’est une lecture exigeante où chaque phrase doit être lue lentement pour en tirer toute la substance de la pensée. Cet exercice intellectuel s’est donné pour objectif de place le mystère sartrien en pleine lumière.

 


 


Croquer les coulisses de Chanel

Aux esprits chagrins qui condamnent le monde de la mode le jugeant superficiel, auront tout intérêt à s’emparer de cet album révélateur Dans les coulisses de Chanel. Grâce à la journaliste Laetitia Cénac et l’illustrateur Jean-Philippe Delhomme on assiste à la création d’une collection de A à Z, du casting des mannequins qui défileront sous l’œil inquisiteur de Karl Lagerfeld qui nous a hélas quitté depuis pour un monde meilleur. C’est un grand reportage qui nous est offert détaillant par le menu tous les collaborateurs requis et les étapes. C’est un travail exigeant au possible, de fourmis pour reprendre l’analogie qui fait clichée. Car comme nous sommes dans l’univers du luxe, c’est à la perfection que l’on doit atteindre car le monde entier vous observe. Mais dans la constellation des ateliers Chanel l’épicentre demeure Lagerfeld, homme d’érudition comme le rappelleront de proches collaborateurs et étonnamment facile à travailler, en autant que vous partagiez son univers d’excellence. Un créateur qui à deux heures du matin pouvait aussi bien vous parler à deux heures du matin des amours chez les Valois que d’un coucher de soleil sur la Baltique. Les éditions de La Martinière ont conçu en sorte un album hommage au disparu qui n’aurait pas déplu au défunt, tant on a investi dans la qualité graphique de l’ouvrage. Après consultation, on ne pourra plus dire que la mode c’est quelque chose de futile. Ce livre est un sérieux démenti en même temps qu’une merveilleuse vitrine pour la maison de couture de la rue Cambon.

Dans les coulisses de Chanel. Laetitia Cénac et Jean-Philippe Delhomme. Éditions de La Martinière 239p.    wwweditionsdelamartiniere.fr

 






 


Le coin de la BD

Sur France Inter on a craqué et avec raison pour Le retour à la terre qui est le tome 6 des Métamorphoses du duo Jean-Yves Ferri et Manu Larcenet chez Dargaud. C’est que la smala qu’on y voit a des préoccupations très de notre temps, où chacun à divers degrés est accro à internet. Soudainement, coup de semonce, l’éditeur-adjoint annonce à son petit monde qu’il part dans les Ravenelles avec son arc dans un désir de revenir à la vie sauvage. Il se veut le Robin des Bois de l’ère numérique. On rit beaucoup, ce qui est très salutaire comme on sait et qi est le plus beau compliment à faire à l’album.

Chez Le Lombard on retrouve Irons l’ingénieur intrépide, créature sortie de l’imagination de Luc Brahy et Tristan Roulot. Le gars est carrément un sociopathe, qui fuit le genre humain. Quand il doit interagir avec quelqu’un, disons que ce n’est pas le gars le plus chaleureux du monde. Mais Jack Irons est respecté pour une chose, un spécialiste hors norme, capable de venir à bout des pires situations. Et il va sans présenter une sur le pont de Sinkis en Indonésie. Ça fait dix ans que les ouvriers travaillent dessus, mais ils font tout de travers. A croire qu’on fait exprès. Pour activer sa réalisation on fait appel à notre homme. Il va se trouver au cœur de bien des intrigues, dont des individus qui voudront sa peau. Tout un contrat. L’album tome 2 a pour titre Les sables de Sinkis.

Retour à l’éditeur Dargaud qui nous offre La belle endormie, dessin et scénario de Karina. C’est un conte en quelque sorte qui s’inspire de La Belle au bois dormant, où Oxana Ravenel revient d’un sommeil long de cent ans. Avant de s’endormir si longtemps, elle était une danseuse qui devait interpréter le conte précité. A son réveil ce désir de danse est toujours bien présent, mais on veut lui faire obstacle. En plus, le médaillon qu’elle porte au cou, suscite la convoitise. On verra pourquoi. C’est le monde de la danse qui est mis de l’avant avec son côté onirique et son revers.

 




 


Le coin santé physique et psychique

Il y a tellement de matière dans Nous sommes engendrés avant le temps du prêtre Pierre Larivière qui est pasteur à la paroisse Sainte-Trinité de Rouyn-Noranda qu’il est difficile de dégager le thème central. Dans cette profession de Foi, car c’en est une, publiée aux Presses de l’Université Laval, l’homme de Dieu essaie de donner une figure de Jésus. C’est le personnage qui revient le plus souvent dans ces pages. L’auteur, à partir de l’enseignement laissé par son passage et par d’autres qui ont commenté sa mission divine, veut nous mettre en tête que l’on s’est souvent donné une image préfabriquée du Fils de Dieu, et le but qu’il s’est donné en écrivant ce bouquin dense, c’est de donner du sens au passage terrestre et à l’après.

Aux éditions Broquet la psychologue Geneviève Pelletier signe Les peurs et l’anxiété chez l’enfant. Comme nous disait un proche de la rédaction l’autre jour, les enfants ne sont pas fous et ressentent des choses. Ainsi cette personne, de nous raconter qu’aussi peu que l’âge de cinq ans, ils percevaient les tensions chez ses parents concernant leurs problèmes d’argent. Pour d’autres petits la crainte sera exprimée de diverses façons. On pourrait vitement résumer en disant qu’il y a autant de formes de peurs et d’anxiété qu’il y a d’enfants. L’auteure répertorie les symptômes et, forte de son expertise sur le terrain, apporte des solutions appropriées pour chaque cas.

Voici un petit livre ludique au possible de Guido Ceronetti (1927-2018) écrivain et marionnettiste qui ayant franchi le cap des quatre vingt-dix ans s’inquiéta un peu de notre mémoire et aussi un peu de la sienne. Celui qui fut introduit en France par Cioran, se mit alors en tête de rédiger Pour ne pas oublier la mémoire. Une série de recommandations, rien de scientifique rassurez-vous, ou astreignant. Juste des suggestions de choses à retenir pour entretenir la mémoire. Bref, un petit livre charmant de « musculature » mnémotechnique. C’est aux éditions du Cerf.

A Agen en France existe l’Association Docteurs Bru qui s’est donnée comme vocation de venir en aide à des jeunes filles victimes d’inceste. Deux des membres la psychologue Soraya De Moura Freire et le psychiatre Luc Massardier ont rédigé Femme et mère après l’inceste pour bien signifier l’étendue des dommages chez la victime. Car comme on l’écrit en préface, c’est un crime identitaire car « il attaque et détruit des fondamentaux pour un enfant. » C’est un meurtre de l’âme, meurtre des liens, meurtre de soi, meurtre du corps. On l’aura compris, une démolition totale. Et chez les filles, une fois devenues jeunes femmes, il y a ce besoin de donner naissance pour combler ce désastre. Avec tout ce que cela peut avoir de conséquences, heureuses ou désastreuses, c’est selon. CE livre publié aux éditions Érès, a le grand mérite de donner la mesure dramatique de ce qu’est l’inceste, un crime résolument pas comme les autres.

C’est une BD mais le contenu est plus fort que le contenant. En effet Le burn-out de la sociologue Danièle Linhart et de l’illustratrice Zoé Thouron chez Le Lombard, est le véhicule qu’elles ont trouvé pour véhiculer tout ce qu’il y a à savoir sur ce syndrome qui peut conduire à la détresse et même dans des cas extrêmes pousser au suicide. Comme on l’a vu chez France Télécom où d’anciens dirigeants sont au tribunal, accusés d’avoir acculé des employés à la mort. D’ailleurs Mme Linhart s’est faite une spécialité sur la psychologie managériale actuelle qui posse toujours à la performance au mépris de la personne. Et dire qu’on nous annonçait en trompettes jadis la venue de la société des loisirs. Vous aimerez énormément la forme employée pour faire passer le message de faire attention à soi.

 


 


L’État Mississipi de l’intérieur avec un sacré guide

Normalement en termes de récits de voyages on aime bien les endroits bucoliques qui donnent lieu par exemple à un titre à succès comme « Une année en Provence ». Mais qui diable à part un cinglé d’anglais comme Richard Grant aurait l’idée d’aller nicher dans le sud profond du Mississipi, l’état le plus pauvre des États-Unis, avec 70% d’afros américains, et qui cumule le pire de tout ce que vous pouvez trouver comme statistiques. Eh bien, notre gars s’est donné comme mission de réhabiliter ce coin de pays. Et pour cela il s’achètera une ancienne maison de maître de plantation, qu’il croyait devoir débourser pour plus de quatre cent mille dollars, mais qui s’affichait à cent quarante mille. Et là, alors que le plus proche voisin est à cinq kilomètres et le supermarché à quarante, il va trouver de quoi nourrir perpétuellement sa curiosité. Et en remarquable conteur ça donne un livre magnifique Les poissons-chats du Mississipi. Et son bled, ça ne s’invente pas se nomme Pluto, dans le comté de Holmes, le plus appauvri de l’État. Mais il y a là une richesse de gens et du côté de la faune, exceptionnelle. A mettre en priorité au-dessus de votre liste d’achats de livres. Sinon vous passer à côté d’un trésor.

Les poissons-chats du Missisissipi. Richard Grant. Hoebeke 328p.   www.hoebeke.fr

 

 


 


Deux jeunots de La Presse à la découverte des îles du Saint-Laurent

En roulant le long du fleuve Saint-Laurent on les aperçoit ces îles au milieu de ce long cours d’eau. Et on se demande parfois, si elles sont habitées ou non. Si oui par qui. Qu’y trouve-t-on ? Bref, les réponses sont toutes trouvées dans ce bel album Le Saint-Laurent d’île en île une idée magnifique issue de la tête de deux « jeunes » de la rédaction de La Presse, le journaliste Philippe Teisceira-Lessard qui est un peu généraliste. Et très bon de surcroît car son travail a été récompensé par le Grand Prix Judith-Jasmin en 2017 et le photographe Olivier Pontbriand récipiendaire trois fois de suite du prix Antoine-Desilets. Le sous-titre « rencontres et paysages » donne bien les deux thèmes qu’ils voulaient exploiter. C’est une mine de renseignements comme pour l’île d’Entrée, aux Îles-de-la-Madeleine qu’ils sont appelé l’île sans enfants, car effectivement il n’y en a pas. Seule une poignée d’individus, pour la plupart anglophones. Puis l’île aux Grues où les enfants, car il y en a, vont à l’école en avion! Pour chaque île, une mini fiche signalétique. Mais surtout des photos qui valent bien mille mots et un peu plus. Comme quoi on n’en a jamais fini de découvrir cette province immense et ces trésors comme ceux qui peuplent les pages de ce beau livre.

Le Saint-Laurent d’île en île. Philippe Teiscera-Lessard et Olivier Pontbriand. Les éditions La Presse 250p.     www.editionslapresse.ca

 

 


 


50 années de recherches archéologiques sur le Québec

Heureusement que pour compenser le piètre enseignement de notre histoire du Québec dans nos écoles, qu’il y a de beaux ouvrages, voire superbe comme Terre archéologie du Québec un travail en collectif, sous la direction de Anne-Marie Balac, Christian Roy et Roland Tremblay, dont parmi les collaborations on trouve le Musée de Pointe-à-Callière. Un travail de maître qui frise l’érudition mais à la porté de tous. Avec une iconographie très riche qui nous aide à comprendre la vie quotidienne de nos ancêtres. Car habituellement dans les cours d’histoire s’ils s’en trouvent on va se contenter d’une énumération de dates à commencer par la découverte du pays par Jacques-Cartier jusqu’à la Confédération, parfois un peu plus si on a le temps. Dans le cas qui nous occupe c’est qu’à partir des artefacts, nos scientifiques nous montrent comment nos premiers habitants et découvreurs savaient exploiter les ressources infinies de la nature pour assurer leur survie. Par exemple avez-vous entendu parler de la jusquiame noire ? C’était une plante guérisseuse ou ce qu’est la taphonomie, qui est la science de la connaissance de processus de formation des sites. Tout ce qui se trouve dans ces chapitres, est un tribut à la civilisation québécoise depuis l’origine des temps. Un cadeau on ne peut plus judicieux à offrir aux amoureux du Québec. Et félicitations à la maison d’édition qui a mis un soin jaloux à la présentation graphique.

Terre archéologie du Québec. L’empreinte humaine. Collectif. Les éditions de L’Homme 200p.    

 

 


 


Sur les marrons des Antilles et une refondation du Canada

Au Presses de l’Université Laval nous parvient trois essais qui intéresseront chacun dans leur sphère, bon nombre de lecteurs. Commençons par Corina Crainic avec  Martinique, Guadeloupe, Amériques des marrons, du gouffre et de la Réunion. Les marrons en passant c’est  ainsi que l’on nommait les esclaves des Antilles. D’entrée de jeu c’est la question identitaire des Martiniquais et des Guadeloupéens, qui figure, au cœur de ce bouquin, liens avec la France ou l’américanité. C’est ce que l’auteure explore à travers des passages d’œuvres d’écrivains antillais. Et cette identité demeure on va le voir une affaire très complexe. Ça pourrait sembler loin de nos préoccupations québécoises, mais on se fait fort de nous dire que ça peut nous interpeler nous-mêmes qui se définissons au plan identitaire, surtout collés que nous sommes sur les États-Unis qui colonisent ne serait-ce que par l’attrait que les USA exercent de par leur culture.

Et fort de la dernière ligne précédente sur le thème de l’identité, un peu de prospective cette fois en prenant la question du Canada. Un collectif sous la direction de Félix Mathieu et Dave Guénette présente Ré-imaginer le Canada vers un état multinational ? Ré-imaginer le Canada sur des bases plus hospitalières à l’égard de tous les partenaires de l’association politique, voici le chantier sur le lequel s’est attelé un aréopage de chercheurs qui proviennent tant du droit constitutionnel que de la science politique. On trouvera un chapitre qui nous intéressera au premier chef, nous les québécois et c’est signé Gérard Bouchard qui a pour titre « L’interculturalisme québécois et le multiculturalisme canadien ». Et pour appuyer son propos il puise dans des exemples en France, en Belgique et en Angleterre. Le tout accompagné d’une bibliographie exhaustive qui permettra au lecteur d’aller plus loin si bon lui semble et d’approfondir sa réflexion.

Enfin Ariane Godbout conseillère pédagogique à l’Assemblée nationale du Québec nous arrive avec un sujet pointu La mémoire rompue qui traite des défis de la coexistence confessionnelle au consulat lyonnais de 1563-1567. Ce pourrait sembler bien loin de nos préoccupations présentes. Eh bien non car il traite de la coexistence confessionnelle. N’éprouvons-nous pas de la difficulté avec le vivre ensemble de la communauté musulmane ? C’était la même chose à Lyon en ces années où d’abord les protestants menèrent une guerre sans merci aux catholiques, ces derniers fuyant la ville en nombre. Puis la royauté tenta de pacifier les deux clans confessionnels, notamment au conseil municipal. Un peu plus et on finirait par penser que rien ne change sous le soleil.

 

 


 


Un maître de l’horreur canadien à ne rater sous aucun prétexte

Il a pour nom David Demchuk est né à Winnipeg et vit à Toronto. Il s’est fait remarquer dans le créneau du roman noir et ses pairs lui ont déjà décerné moult prix en reconnaissance de son talent évident. Et la preuve nous en est donnée. avec L’usine de porcelaine Grazyn. Il a bâti son histoire autour d’une usine de porcelaine celle de Grazyn qui doit entre autres sa grande réputation pour la beauté de ses dés à coudre. L’usine est située à la lisière de l’Ukraine et de la Roumanie. Nous sommes au temps de la terreur stalinienne. Chaque chapitre est représenté par un personnage qui s’adresse à la première personne au lecteur, racontant un pan de sa culture, ses mythes et surtout ses misères. Car si vous êtes du genre passéiste, à vous dire que c’était mieux avant, nous vous invitons à revoir vos positions. Car on la joue dure dans cette portion territoriale qui baigne entre l’univers slave des ukrainiens et latin des roumains. A la lecture on comprend pourquoi l’écrivain récolte ce qu’il a semé. C’est qu’il a réussi à vampiriser l’âme de toux ceux qu’il présente, avec une variété de sentiments qui montre sa palette émotionnelle.

L’usine de porcelaine Grazyn. David Demchuk. Hashtag éditions 213p.     www.editionshashtag.com

 

 


 


Début d’une saga à l’époque mérovingienne

Dans le roman historique assez rare que l’on s’aventure assez loin dans le passé, notamment l’époque mérovingienne. Sans doute parce que pour étoffer une histoire fait-il encore connaître à fond la période que l’on décrit. Ce qui n’est pas ce qui a arrêté Éric Fouassier qui entame une trilogie remontant au temps de Clovis, une saga qui a pour titre Les francs royaumes et dont nous avons le premier titre Par eux fois tu mourras. Le tout débute par la découverte de l’épouse de Chilpéric l’un des trois petits-fils de Clovis. Comment et qui se chargeait alors des régicides ou qui s’en approche ? Le mandat d’élucider l’affaire est confiée à un gallo-romain nommé Arsenius Pontus qui va être confronté à des découvertes en terme de luttes de pouvoir. Dès les premières lignes le « la » est donné comme à l’orchestre et le premier mouvement s’engage. On demeure captif du début à la fin. Vite le tome deux Monsieur Fouassier.

Par deux fois tu mourras. Éric Fouassier. JC Lattès 492p.   
www.editions-jclattes.fr

 

 


 


Huis clos effrayant entre un père et un prêtre violeur

Dans la foulée des dénonciations des crimes de pédophilie au sein de l’Église catholique, voici un roman coup de poing qui a tout du documentaire. Il s’agit de Mon père de Grégoire Delacourt. C’est un père, Édouard, qui apprend avec horreur que son fils Benjamin a été violé par un prêtre. Le paternel hors de lui ira à l’encontre de cet homme de Dieu et va s’engager alors un effrayant huis clos. En même temps l’auteur en profite pour décortiquer une culture sexuelle dans la sainte église catholique romaine. C’est un texte assez court mais pas besoin d’en rajouter. Chaque ligne fait du rentre dedans. Pour ceux qui sont prêts à des indulgences envers l’Église catholique, vont perdre toutes leurs illusions.  

Mon père. Grégoire Delacourt. JC Lattès 220p.    www.editions-jclattes.fr

 

 


 


Vous pensiez connaître les animaux ? Attendez voir

A l’heure où on nous sensibilise sur la protection des espèces, voici un ouvrage magistral du biologiste Karsten Brensing qui nous emmène faire un tour de la nature comme vous ne l’avez jamais soupçonné. Même les accros de l’émission Découvertes à Radio-Canada ne seront pas au bout de leurs surprises à la lecture de Le mystère des animaux. Le sous-titre est tout un programme « ce qu’ils pensent, ce qu’ils ressentent ». Sans aller jusqu’à humaniser les bêtes, on se rend compte qu’ils ne sont pas si loin de nous. Que bien des représentants du règne animal par exemple, aiment bien se geler la binette en faisant bombances de fruits en décomposition qui produisent un alcool. On étudie même des ours qui auraient un attrait aux vapeurs de kérosène! Ailleurs ce sont des perroquets qui gobent un peu de terre qui leur sert de protection contre les intoxications. Que les baleines ajoutent régulièrement de nouveaux chants pour se communiquer entre elles. Et là, surprise parmi les surprises, des orangs-outans qui savent quoi faire avec des sex toys!

Le mystère des animaux. Karsten Brensing. Marabout 411p. www.marabout.com

 

 


 


Elle est Mélodie, lui Jean-Baptiste

Dominique Demers entreprend sa quête des émotions adolescentes avec son dernier opus L’albatros et la mésange. Qui met en scène deux ados qui ont tous deux dix-sept ans, l’âge de tous les possibles. Le moment où on commence à sortir de la jeunesse, mais pas encore tout à fait adulte. D’où des turbulences annoncées. Si tout les différencient côté caractère, ils ont en commun de tenir les études en haute estime. Mais si l’intellect ne pose pas de questions, les émotions peuvent aller dans bien des directions. Chaque chapitre donne la voie à chacun des protagonistes. Et encore une fois, la force de l’écrivaine est d’investir ce qui se passe dans la tête des adolescents. Comme si elle n’avait jamais oubliée sa propre adolescence. Et ce qui explique pourquoi les ados ont toujours adhéré à son écriture. Et ce bouquin s’inscrit dans cette continuité.

L’albatros et la mésange. Dominique Demers. Québec Amérique 394p.     www.quebec-amerique.com

 

 


 


Une biographie complète d’Hitler

Il est toujours hasardeux de qualifier une biographie de définitive, tant il est vrai que, en raison du déclassement d’archives on finit parfois par avoir des révélations ultérieures qui jettent un nouvel éclairage sur le personnage. Cela étant dit, en ce qui concerne Adolf Hitler on pourrait presque dire que des historiens renommés dont Ian Kershaw ont accompli un boulot incroyable. Mais voilà qu’arrive dans le décor Peter Longerich qui nous a servi auparavant des biographies qui font autorité de Joseph Goebbels et d’Heinrich Himmler. Le voici qui s’attaque à leur Führer lui-même avec une biographie qui se présente comme un pavé de poche de plus de mille cinq cent pages. En somme son Hitler reprend tout ce qu’on a su avec un supplément de détails. Tout s’y trouve sur le parcours exceptionnel de cet homme qui eu le plus grand pouvoir accorder à un homme politique au XXème siècle. Ce qu’il ajoute toutefois c’est une approche contraire à des historiens qui voyait au fond le dictateur comme un homme faible. Ensuite il déboulonne le fait admis trop rapidement, que s’il a obtenu le pouvoir c’est avec l’adhésion totale du peuple allemand. A ce chapitre il nuance énormément, mettant sur le compte de cet « enthousiasme » apparent la résultante d’une effrayante machine de répression de toute opposition. S’il fallait donc ne se procurer qu’une seule biographie d’Hitler, c’est cella là sans l’ombre d’un doute.

Hitler. Peter Longerich. Tempus 1463p.

 

 


 


Journal de l’épouse du dernier président de la IIIème République

Marguerite Lebrun née Nivoit (1878-1947) a été l’épouse du dernier président de la IIIème République française Albert Lebrun que le régime de Vichy écarta pour faire place à la fonction de chef de l’État occupé par le Maréchal Pétain. Pendant la guerre donc le président Lebrun déchu de sa fonction s’en alla se réfugier au château de Vizille près de Grenoble qui avait été résidence secondaire des présidents de la République. Mais il n’avait plus aucun revenu. On se débrouillait comme on peut avec l’argent « vieux gagné ». On pouvait même voir l’ancien locataire de l’Élysée tenant en laisse sa vache! Tout ça est raconté dans le Journal de guerre de Marguerite Lebrun (Juillet 1940-Octobre 1947). L’ancienne première dame tenait son journal en fait depuis qu’elle avait l’âge de 13 ans. Son arrière-petit-fils Éric Freysselinard a sélectionné particulièrement ce segment de vie, très éclairant sur la vie que le couple a mené. Il est beaucoup question des misères dû au rationnement des vivres. Mais la femme, cultivée et douée qui parlait outre le français et l’allemand, ne se contente pas de voir évoluer son mari en « exil ». Elle dit bien ce qu’elle vit, elle, et ses observations de femme attentive à son milieu. Vous aimerez ces pages d’une époque loin d’être glorieuse de la douce France. Merci à ce descendant de nous permettre l’accès à ces pages éclairantes de la France sous l’Occupation.

Journal de guerre de Marguerite Lebrun. Presses Universitaires de Grenoble 517p.    www.pug.fr

 

 


 


Une négresse accusée d’un double meurtre sème l’émoi

Comme première entrée en littérature Sara Collins frappe fort. En effet, cette avocate de formation a décidé d’un sujet touchant à un double meurtre en 1826, celui causé par une domestique noire qui a eu un parcours de vie abominable depuis son enfance dans une plantation à sucre en Jamaïque comme esclave jusqu’à son arrivée à Londres. Elle sera recueillie par un couple en vue de la société anglaise, les Benham, que l’on retrouvera assassinée. C’est elle, Frannie Langton, qui est inculpée. Pour quels motifs aurait-elle commis ce double homicide, elle, redevable à sa maîtresse dans le double sens du mot…? Vous avez là un suspense judiciaire captivant. Les confessions de Frannie Langton demeureront dans votre tête bien longtemps après avoir terminé le livre. C’est un très bon indicateur.

Les confessions de Frannie Langton. Sara Collins. Belfond 396p.     www.belfond.fr

 

 


 


Un thriller qui décortique les arcanes de la politique américaine

Elle s’appelle Leah, elle écrivaine et sa beauté intacte, témoigne de son passé de top model. Elle est la compagne du candidat à la primaire démocrate. En vue de l’investiture, elle retourne à Lowell au Massachusetts son bled natal. Et là va ressurgir un passé. Une autre variante sur le thème des squelettes dans le placard. Sous la surface on ne peut choisir meilleur titre, est une BD en deux tomes inspiré par le roman de Martin Michaud sur un scénario de Gihef et de l’illustrateur Marco Dominici. Rythmique de l’histoire, dessin soigné, tout concoure à faire ce truc merveilleux qui se lit hélas trop vite, manière de témoigner du plaisir qu’on y prend. On a bien hâte de se taper la suite.

Sous la surface. Michaud, Gihef, Dominici. Éditions Kennes 56p. www.kenneseditions.com

 

 




 


Le coin santé physique et psychique

Comment une civilisation en arrive t’elle à définir les genres sexuels dans un schéma de pure construction sociale ? Pour y répondre un condensé de cinquante années de recherches vulgarisées par l’anthropologue Charlie Galibert. L’objectif qu’il s’est donné, est de montrer d’une part que l’être humain est marqué du sceau de la diversité, et qu’il ne faudrait à aucun prix tomber dans la stigmatisation et les stéréotypes. Car ces derniers ont comme tout régler et évitent la confrontation avec bien des dommages à la clé pour ceux et celles qui ne correspondent pas au cadre défini. Petit manuel du genre est publié aux Presses Universitaires de Grenoble.

Chez Plon une formatrice en relations humaines Marie-Jeanne Trouchaud avait compris depuis longtemps à quel point la force d’un individu prend appui sur la confiance en soi. Et c’est si vrai. Demandez à tout un chacun et dans une grande majorité vous découvrirez un océan de complexes et handicapant socialement. Mais comment inculque t’on, à ses petits cette puissance qui aide au développement de la personne et qui permet de ne plus avoir peur ici bas ? Ce sont les outils psychiques qu’elle nous partage dans Donnez confiance à votre enfant aux éditions Plon. C’est au passage le plus bel héritage à transmettre.

Un naturopathe qui répond à toutes les questions que nous pouvons nous poser en santé, c’est une aubaine. D’autant que le répondant est bardé de diplômes. En effet Daniel Crisafi qui présente Qu’en pense mon naturopathe ?, aux éditions de L’Homme est détenteur de deux doctorats, un en nutrition, l’autre en naturopathie et un autre diplôme en herboristerie. L’ouvrage est structuré comme un long questionnaire, avec les questions qui sont les nôtres, comme quelle est la façon de mieux dormir, peut-on se soigner par les plantes, etc. Et outre qu’il livre son expertise, il la complète en citant des références on ne peut plus sérieuse. Par exemple pour les plantes, il leur reconnaît des vertus curatives, mais pas toutes sur certaines bases. C’est un ouvrage utile à conserver près de soi et pour lequel on aura à référer au besoin quand survient un malaise.

 


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