- LIVRES avril 2019 -
 
 


 


Un chorégraphe toujours obsédé par une danseuse

Sans doute encouragée par la réception faite par le tome un de Orion « Ainsi soient les étoiles » Battista Tarantini persiste et signe avec le second tome « Les étoiles ne meurent jamais ». Où on retrouve les deux protagonistes, à savoir la ballerine Leo Kats et le chorégraphe français Orion Ataly. Rappelons nous que dans le premier bouquin ce dernier la découvrait alors que la danseuse brillait de tous ses feux dans la Bayadère à l’Opéra de Sydney. Dès lors il s’est enflammé pour elle, une passion virant à l’obsession. Cette fois ils seront en résidence artistique à Tokyo, et lui ne cesse de concevoir des projets un peu excessifs pour sa muse chérie. L’écrivaine qui couche sur papier ses belles aventures la nuit venue, trouve encore le moyen de nous transporter dans cet univers de la danse qu’elle semble connaître très bien. Il y a dans cet univers un jusqu’au-boutisme, l’incarnation de l’absolu artistique.

Orion T.2 Les étoiles ne meurent jamais. Battista Tarantini. Hugo 311p.    www.hugoetcie.fr

 

 


 


Nous avions un sculpteur, maintenant un grand nouvelliste

Le Québec a connu un premier Louis-Philippe Hébert grand sculpteur qui figure au panthéon de nos artistes en art visuel. Un autre du même nom, sait sculpter lui aussi, mais dans son cas ce sont des phrases bien faites où le sujet, le verbe et son complément sont à leur place. Il excelle dans la nouvelle et nous en fait une démonstration du tonnerre dans un recueil de nouvelles au titre un peu longuet, mais c’est véniel en regard du contenu, Petit-Chagrin ou Il ne faut pas laisser un être doux jouer avec des couteaux. Il y a un passage éclairant où l’auteur montre très bien en quoi le destin de chacun peut prendre des détours inattendus « S’il ne vous est jamais venu de craquer sous la tension, sachez que chaque être humain, comme la surface d’un lac dont les glaces finissent par fendre, à son point de rupture. »  Comment peut-on exprimer si bien la fragilité de l’humain ? A notre époque où les comptables ont remplacé les idéalistes, où la majorité de nos semblables se robotisent sous l’emprise de leur nouveau dieu devenu portable, qu’il fait bon de lire sur nos fonds de commerce intérieurs. Chaque nouvelle est une histoire de vie complète en soi. Beaucoup de lecteurs se sentiront interpelés. Ça nous rappelle à uel point nous vivons sur du temps emprunté.

Petit-Chagrin ou Il ne faut pas laisser un être doux jouer avec des couteaux. Louis-Philippe Hébert. Lévesque éditeur 198p.     www.levesqueediteur.com

 

 


 


Il n’y a pas que la politique qui a quelque chose d’extrême

Jonathan Filteau a le triste privilège d’avoir été le premier policier à pénétrer ce funeste 29 janvier 2017 dans la Grande Mosquée de Québec juste après le carnage commis par Alexandre Bissonnette. En général les policiers qui vivent ce genre d’événement attendent leur retraite avant de se raconter. En fait, l’auteur l’a prendra sous peu du Service de police de Québec après un vingt-cinq ans de carrière. Il a quand même tenu à livre son témoignage qui décrit de l’intérieur ce qu’ont vécu les forces constabulaires ce soir là. Au cœur du chaos décrit bien ce que peut ressentir un représentant des forces de l’ordre devant une telle horreur. Et contrairement à l’idée reçue, ils n’ont pas une carapace à toute épreuve. Et celle de la Grande Mosquée comme épreuve, c’en était toute une. Surtout dans une ville comme Québec où ce type de crime odieux est rarissime. En plus de revenir sur ces événements, ce policier fait la nomenclature de ses missions à l’étranger. Car il a beaucoup voyagé comme formateur ou garde du corps. Et il a été de fait confronté à des cultures diverses. Puis sur un plan personnel il livre que c’a n’a pas toujours été facile pour la vie de famille que ces longues absences. Heureusement dit-il, sa femme avait un caractère forgé spécialement pour comprendre son métier.

Au cœur du chaos. Jonathan Filteau. Éditions La Semaine 196p.   

 

 


 


 Du sort des femmes dans un territoire de solitude et de solidarité

Marie-Pier Bouchard en fait un mémoire de maîtrise en histoire à l’Université Laval, Vivre au cœur de paroisses de femmes dans la région de Charlevoix 1940-1980. Elle a voulu montrer comment ces femmes en milieu rural ont pu vivre dans un contexte où les hommes partaient souvent de façon saisonnière pour aller chercher le croûton, quand ce n’était pas pour aller au front. Comment vivaient-elles ces absences ? On apprend beaucoup notamment sur une sorte de mythe concernant la femme forte qui porte les culottes. Elle apporte les nuances qui s’imposent. Globalement, entourées et solidaires dans ce qui aurait pu être une solitude, les femmes s’en sortaient assez bien du côté du moral. Elles avaient une vie un peu semblable à des mères monoparentales. Mais beaucoup acceptaient leur sort, puisque la vie c’était comme ça, on ne se posait pas trop de questions. Pour les fins de publication elle a adapté son travail pour le rendre accessible à un plus grand lectorat. On appréciera les nombreux témoignages des femmes de cette époque. Ça nous parle d’un Québec lointain mais pas tant que ça.

Vivre au cœur de paroisses de femmes dans la région de Charlevoix 1940-1980. Marie-Pier Bouchard. Presses de l’Université Laval 161p.    www.pulaval.com

 

 


 


C’est quoi un canadien ?

La question de la diversité culturelle est un thème récurrent dans l’actualité, notamment quand les gouvernements, notamment celui du Québec, élabore une loi sur le port ostentatoire des signes religieux. Les 24 et 25 octobre 2013 se tenait à l’Université Saint-Boniface à Winnipeg, un colloque ayant pour sujet « Le Canada une culture de métissage » qui donne son titre au livre contenant les actes de cet événement. On analyse dans ces articles, tant en français qu’en anglais, la situation interculturelle canadienne. Ce travail a été placé sous la direction de Paul D. Morris. Nous sommes, et c’est bien exprimé dans ces pages, le fruit de beaucoup de métissages. Et avec l’arrivée croissante de migrants ce sera encore plus vrai que jamais.

Le Canada une culture du métissage. Sous la direction de Paul D. Morris. Presses de l’Université Laval 258p.      www.pulaval.com

 

 


 


Le noble Pierre Bruneau

Du sang bleu ne coule pas dans ses veines mais Pierre Bruneau peut revendiquer appartenir à la noblesse, celle du cœur. Et il nous en donne encore une fois l’occasion de le vérifier avec son autobiographie écrite avec la collaboration de Serge Rivest. Car s’il a consenti à se raconter et très librement comme vous le verrez, ce n’est pas non plus pour se chercher une once additionnelle de notoriété. Il a accepté la proposition des éditions de L’Homme pour la raison qu’il a finalement eu en tête l’idée que toutes les redevances du livre seront versées à la Fondation Charles-Bruneau qui vient en aide aux enfants atteints par le cancer et dont son fils Charles en a été victime comme chacun sait. Et ce n’est pas sa seule épreuve comme on le lit dans ces chapitres où il est d’une transparence, critiquant même la gestion d’avant à Télé-Métropole. On se serait attendu à ce qu’il filtre un peu la vérité. Mais non. En même temps on voit évoluer une entreprise de communication dont on ne disait rien qui vaille, surtout du côté des bien-pensants et qui va gagner ses galons. Pour la raison qu’il y aura au fil du temps des patrons qui croiront à l’information et qui affecteront des budgets en conséquence. Pour revenir aux épreuves il y a eu le suicide de son frère, qui s’est immolé par le feu, un autre fils pour lequel une chute qui l’a plongé dans un coma a donné aux parents une grande frousse. Puis le chef d’antenne lui-même qui sera touché par le cancer. Celui qui cumule des trophées, autant de signes de reconnaissance du public, à dû piller sur la qualité de la vie familiale, s’astreignant à des avant-midis à CKAC et le reste de la journée au Canal 10 des débuts. Lui et son épouse adorée ne se verront pas souvent. Mais ils ont traversé ensemble vents et marées. On appréciera hautement la sincérité du récit qui est un beau retour d’ascenseur pour ce public qu’il chérit tant et son sens aigu du devoir face à l’information.

Même heure même poste. Pierre Bruneau avec la collaboration de Serge Rivest. Les éditions de L’Homme 264p.    

 


 


Le prince des plats-santé livre ses recettes

Charles Manceau est propriétaire des trois restaurants Venice dont le premier ouvrit ses portes en 2016 rue Saint-François Xavier dans le Vieux-Montréal. S’est donc ajouté deux autres et le restaurateur n’entend pas en rester là. On sait que la restauration est un sport extrême. A Montréal ils s’en ouvrent et s’en ferment des restaurants, et pas les moindres. Mais si la bannière Venice a le vent dans les voiles c’est que sa carte colle aux nouvelles habitudes culinaires des gens qui visent désormais à manger santé. Ce qui explique actuellement la déconfiture des delicatessen qui étaient légions dans la métropole. Fini les grosses assiettes des grecs avec trois féculents! Manceau a été l’initiateur chez nous des pokés, ces bols de poisson cru marinés. Généreux il va même plus loin en nous faisant partager ses merveilleuses recettes dans La cuisine fraîcheur du Venice. Rien qu’à voir les photos signées Dominique Lafond on salive déjà. Car le plaisir de se nourrir commence par l’œil, ça on le savait. Que ce soit pokés justement, salades, tacos et smoothies c’est un florilège de saveurs qui vont ravir vos papilles, sans compter aussi ce capital santé, que représente chacune de ces 88 recettes. Qui pourra résister devant la salade San Diego, le tacos aux crevettes, la soupe thaïe au poisson et cari rouge de même que le poké de thon. Miam, miam.

La cuisine fraîcheur du Venice. Charles Manceau. KO éditions 159p.

 

 






 


Le coin des poètes

Nous avons reçu d’un seul coup quatre recueils de poésie, tous publiés aux Éditions de la Grenouillère. A commencer avec Popisson-clown d’Alain Fisette. D’étranges poèmes sur le thème de la pêche. Le communiqué de presse accompagnant cette sortie a bien raison de qualifier ces phrases d’hyper réalisme. En effet cela tient plus du récit d’un pêcheur que la poésie classique avec ses strophes. Extrait « Gamin, les poissons me dégoûtaient leurs sales gueules me faisait vomir  cru ou cuit, leur odeur me révulsait leur toucher était hors de question ». Sara Cohen nous offre un double programme avec Murmure et incertitude suivi de, Opportunité. Elle met de l’avant la question de la décision. Car dans nos vies nous devons en prendre épisodiquement plus qu’une. Extrait « On s’était dit au revoir à l’aéroport presque vingt heures auparavant et une fois dans ma ville j’ai cherché ses mots écrits comme s’ils étaient les seuls qui comme des bras pouvaient me soutenir ».

Les poètes sont des rêveurs ? Attendez, tous ne logent pas à la même enseigne. Comme Annie Landreville avec Date de péremption qui est atteinte de lucidité concernant les maux de notre époque qu’elle fait refléter dans son œuvre « Nous attendons que la vie passe sur nous  nous examinons le doigt qui pointe vers le ciel sans trouver ».  et enfin Françoise Roy et Le carrousel des eaux qui avec une âme écolo chante les vertus de l’eau, très d’actualité. « A l’abreuvoir de la nuit quatre lèvres, rose toutes les quatre, et à une saison où la chasse est interdite ».

Aux éditions du Noroît c’est une pointure qui s’amène que l’on qualifie de poète à tout faire, nous avons nommé Jonathan Lamy qui s’est mérité en 2016 le prestigieux prix Émile-Nelligan pour « La vie sauve ». Il présente Nous faisons l’amour qui célèbre le frottis de l’épiderme dans ce qu’il a de plus beau. C’est très à rebours de notre époque alors que chacun est scotché à son Iphone ignorant la réalité de l’autre à côté de lui. « Je veux ta langue pour guérir du cancer pour manifester contre la guerre ».  Bravo le poète pour cet appel à l’érotisme.

 

 


 


Sur la finance solidaire internationale

Jusqu’à il n’y a pas si longtemps, les organisations humanitaires se limitaient à distribuer des vivres dans les pays sous-développés. Aujourd’hui et depuis une dizaine d’années il s’est opéré une transformation de cette aide qui centre beaucoup son action sur la finance solidaire internationale, dont l’action la plus notable est l’avènement du micro crédit. Deux professeurs émérites de l’Université du Québec en Outaouais Louis Favreau et Lucie Fréchette nous parlent de cette nouvelle économie du Sud. Qui en même temps est la nouvelle face de l’aide durable. Qui permet aussi aux populations concernées de se prendre davantage en main et de se sortir de la misère. Et nos deux essayistes ne se contentent pas d’être des théoriciens du domaine. Ils cumulent des années d’expériences en propre qui leur permet d’avoir un regard qui autorise des lendemains qui chantent.

Solidarité internationale. Louis Favreau et Lucie Fréchette. Presses de l’Université du Québec 176p.     www.puq.ca

 


 


Un degré de plus dans l’horreur du génocide rwandais

Il a été beaucoup dit et écrit sur le massacre des Tutsis par les Hutues au Rwanda en cette année 1994. Et c’est d’ailleurs cette année le vingt-cinquième de cette triste commémoration. Un livre témoignage s’ajoute à la litanie celui d’Albert Nsengimana qui avait sept ans au moment des événements. Ce qui lui est arrivé est pire que tout car c’est sa propre mère une Hutue qui va le conduire à des bourreaux pour que l’on trucide son propre enfant. Pouvez-vous croire que ce dernier s’est posé alors des questions sur Dieu. Alors que sa fratrie est massacrée à la grande joie de sa « maman », lui réussira à s’échapper. Il en tire toutes les conséquences dans Ma mère m’a tué bouleversant où on s’interroge sur la nature intrinsèque de l’humain. Notons qu’Hélène Cyr qui recueille ses propos à glacer le sang, est une gestionnaire de niveau qui croisera la route d’Albert et qui deviendra à la fois sa mère de substitution et sa grande sœur.

Ma mère m’a tué. Albert Nsengimana en collaboration avec Hélène Cyr. Hugo doc 153p.     www.hugoetcie.fr

 

 


 


Vampire ou cannibale ?

Amateurs d’histoires horrifiantes, voici tout un buffet. En effet Mickaël Koudero qui a fait des études en cinéma et qui a un sens de la mise en scène, a élaboré une histoire effrayante ou dans un cas à Paris, c’est une femme qui voulant mettre fin à ses jours, s’est tailladée les veines sans au préalable, tentée de s’arracher les yeux…Brrr!!! Près d’elles des pages où on peut lire le mot Nosferatu. Ça vous rappelle t’il quelque chose ? Un journaliste d’enquête français va découvrir des mois avant la dépouille d’un roumain à moitié dévoré, organes arrachés et vidé de son sang. La belle affaire. Pour tenter d’élucider ces phénomènes étranges il va accomplir un périple qui va le mener de la Ville Lumière, en Tchécoslovaquie de même qu’en Roumanie. Il ne sera pas au bout de ses peines comme vous allez le découvrir avec cet écrivain qui maîtrise bien l’art du suspense. Fait à noter, pour ceux qui éprouvent des problèmes de vision, l’éditeur a prévu de gros caractères typographiques. 

La faim et la soif. Mickaël Koudero. Hugo thriller 525p.      www.hugothriller.com

 


 


Sur l’abnégation des nôtres durant l’Occupation

Bernard Dionne nous livre un roman puissant Les grandes noirceurs mettant en scène deux jeunes juifs montréalais qui vont joindre le Special Operations Executive (SOE) au péril de leur vie afin de seconder en France l’action de la Résistance. En plus de la Gestapo qui occupe l’Hexagone et qui traque les ennemis du régime il y a la sale milice française qui se montre pire que la police allemande. Si des romans ayant pour cadre des faits de résistance sont légions, celui-ci à la particularité d’être très bien documenté. Un peu comme au cinéma où on vous mentionne que cette histoire est vraie, seuls les noms ont été changés. Pour la raison que l’auteur est professeur d’histoire et ils emble en connaître particulièrement un rayon sur ce sombre volet de l’Histoire de France. En même temps il nous remet en mémoire ces hommes et ces femmes qui étaient à payer de leur personne pour que la liberté puisse triompher. Un beau devoir de mémoire.

Les grandes noirceurs. Bernard Dionne. Fides 243p.     www.groupefides.com

 

 










 


Cinq romans qui valent le détour chez Gallimard

Une très belle cuvée cette semaine qui comblera au superlatif les amants de la belle littérature. En effet cinq titres s’amènent qui vous assurent de nombreuses heures d’évasion. Il y a d’abord Bénédicte Belpois et sa sensuelle Suiza. Le titre l’emprunte au prénom du personnage principal, une jeune femme qui vit dans un village de Galice. Troublante comme ce n’est pas permis et avec ce brin d’innocence qui ajoute à son rayonnement. Les mâles du bled en sont tous tombés dingue. Dont un en particulier. Mais qui a de drôles de réactions. Pour lui avant ce désir de baise, c’est cet irrépressible besoin de la frapper comme pour souiller cette pureté et l’amener dans une sorte de dégradation et vers…l’amour! Allez chercher l’erreur. On pense à l’Été meurtrier de Jacques Becker où Isabelle Adjani se promenait toute nue dans la cour arrière de la maison de famille, attirant sur elle l’amour haine. C’est le premier roman de l’écrivaine qui a trouvé l’inspiration au cours d’un séjour en Espagne. Ça promet.

Ensuite Dai Sijie nous présente L’Évangile selon Yong Sheng. Le nom de l’auteur vous dira quelque chose puisque c’est à lui que l’on doit « Balzac et la petite tailleuse chinoise » qui a été porté au grand écran. Dans ce dernier roman il y avait une part d’autofiction. C’est dans une même veine avec cet opus qui nous parvient où il raconte l’histoire de son grand-père qui est devenu un des premiers pasteurs chrétiens  en Chine. Au départ cet aïeul va suivre la destinée de son paternel, créateur de sifflets pour colombes. Et puis il sera mis en pension chez un pasteur américain. Et c’est la fille de celui-ci qui fera l’éducation spirituelle du jeune chinois. Ainsi naîtra la vocation. Et là il va tomber en pleine révolution maoïste et puis la terrible Révolution culturelle où même de porter des lunettes vous suspectait d’être un intellectuel. C’est raconter avec le brio dans un style romancé où il excelle.

Gallimard a été une des premières maisons d’édition à miser sur les littératures du monde et dépasser le petit univers de Saint-Germain-des-Prés. Et c’est pourquoi nous avons une affection particulière pour la collection « Du monde entier » qui nus révèle des textes merveilleux des quatre coins du monde. Et ça ne dément pas avec le dernier titre en date Une vie de homard d’Erik Fosnes Hansen né dans la Grosse pomme américaine mais de parents norvégiens. Si le titre intrigue c’est qu’il est une métaphore. L’auteur est d’avis que les gens s’entourent d’une carapace comme le homard masquant ce qu’ils sont vraiment. Il a compris contrairement à bien des gens, que le mensonge est le ciment du tissu social. Et pour illustrer son propos il met à l’avant-plan un adolescent de 14 ans, Sven, plein de capacités qui vit dans une belle auberge en Norvège, tenu par son grand-père. Et l’histoire se situe en l’année 1982, vertigineuse pour la finance mondiale. Et le regard lucide de l’adolescent se promène sur les êtres qui l’entourent. La littérature se fait alors la cartographie de l’humanité dans l’espace temps. Bel exercice de style qui nous rappelle qu’on ne connaît vraiment quelqu’un que demain, encore mieux le surlendemain.

Dans cette même collection qui nous cesse de nous enchanter au tour de Joe Dunthorne et Les désaccordés. L’écrivain, gallois vivant maintenant à Londres et qui en est à son troisième roman nous fait connaître un journaliste pigiste, qui a une vie d’une banalité sans nom. Mais au fil du temps et avec le tempo de la vie agitée de notre époque, il sera en véritable décalage avec son entourage au point que son mariage va prendre l’eau. D’autant qu’il vit difficilement la paternité. Ray Morris est un gars ordinaire, le monsieur-tout-le-monde chéri des études de marketing. Vous lecteurs, serez sans doute interpelés car s’il ne vous ressemble pas exactement, vous en connaissez des semblables. Le personnage n’a pas entendu certainement le message bouddhique qui dit que la vie est un véritable slalom et que la stabilité est chose rare, la seule chose stable ici-bas étant le changement.

C’aurait pu s’intituler « Le désarroi de Mathilde », mais David Foenkinos a choisi Deux sœurs. Au départ c’est Mathilde qui est virée par son compagnon. Dévastée par cette rupture, elle ira trouver refuge chez sa sœur. Et là son comportement va se modifier surprenant l’entourage. Pas facile de se faire montrer la porte. Elle encaisse très mal l’échec de son couple. L’histoire en soi est convenue mais le romancier joue très bien ses cartes. Des esprits chagrins parisiens ont dit qu’il jouait toujours d’une même recette. Eh bien on adore ce plat là, car il est mitonné avec habileté et toujours avec une véritable connaissance de la psyché sentimentale des êtres humains.

 

 


 


Un motel de l’Oregon avec une clientèle déjantée

Katarina Bivald publie Au motel des pins perdus qui se passe à Pine Creek en Oregon. On ne peut trouver milieu plus biblique que ça, un havre pour républicains. Il y a Henny qui dès le départ est happée mortellement par un camion. D’autant plus tragique qu’elle se voyait vivre de belles années après les retrouvailles avec son amour qu’elle avait perdu de vue depuis quinze ans. Reste que son fantôme est là qui voudra apporter du bien aux pauvres mortels qui résident dans ce motel, notamment une lesbienne radicale et un transgenre, qui a-t-on besoin de le préciser, vivent en milieu hostile où le mot différence ne fait pas partie du vocabulaire de la population locale. Notre gentille sera tout de même limitée dans ses interventions et devra se contenter de voir vivre ceux qui doivent composer avec la vie et se battre. C’est une comédie, un peu longuette certes mais qui vaut bien des romans sur le marché. Rappelons que l’auteure nous a donné « La bibliothèque des cœurs cabossés » qui a trouvé un large public. Ce devrait être encore le cas avec sa dernière ponte qui célèbre la diversité et le vivre ensemble.

Au motel des pins perdus. Katarina Bivald. Denoël 565p.    www.denoel.fr

 

 


 


Le plus sélect club gay planétaire

Jamais l’expression pavé dans la mare n’a trouvé plus de sens qu’avec la publication de Sodoma de Frédéric Martel journaliste à France Culture. L’auteur a mis quatre ans pour accoucher d’un gros bouquin qui constitue la plus grande enquête concernant les mœurs homosexuelles au Vatican. C’est absolument stupéfiant. D’abord on apprend qu’au trois-quarts, toute la Curie romaine pratique les amours qu’elle condamne officiellement. D’ailleurs la règle interne est qu’on n’est pas regardant pour ce que tu fais au lit, en autant que ça ne fasse pas scandale et surtout que tu ne te montre pas libéral pour ce qui est de la diversité sexuelle. Au mieux devient homophobe dans tes déclarations officielles et ainsi toute la structure n’en sera pas affectée. Sauf qu’avec les dénonciations de victimes de prêtres pédophiles par dizaines de milliers, c’est l’Église catholique qui prend l’eau de toutes parts. Pour son enquête, l’auteur qui croyait au départ se contenter de voyages aller-retour Paris-Rome, a sillonné la planète et a engagé des recherchistes pour plusieurs pays. Et le plus étonnant, des cardinaux et d’autres prélats de haut rang se sont confiés très ouvertement, du jamais vu. Qui confirment que oui, l’homosexualité est un mode de vie au Saint-Siège. De page en pages on va de révélation en révélations. Parmi les faits renversants, c’est sous Jean-Paul II récemment canonisé qu’il y a eu le plus de « cover-up » de crimes sexuels et de corruption! On est bien loin de la figure de Jésus, humble prophète. Vous verrez le luxe ostentatoire de cardinaux qui vivent avec leurs amants au Vatican aux yeux et au su de tous. Et même que l’on se traite au féminin entre eux. Le cardinal Marc Ouellette qui a reçu le journaliste a admis qu’il n’y a pas une paroisse sur la planète qui n’est pas concernée par des histoires d’abus sexuels. Et encore que Martel ne s’est attaché dans son livre que sur le volet homosexuel. Rajoutez les crimes hétérosexuels et la double vie de prêtres vivant en concubinage avec des femmes et vous avez un portrait réaliste de ce qu’est la Sainte Église catholique, qui n’a de sainte que le nom. Le reste c’est Lucifer avec tous ces vices qui règne en maître. Auparavant l’écrivain à scandale Roger Peyrefitte avait déclenché les « outings » dans ses livres et entrevues, notamment les inclinaisons du Pape Paul VI lui aussi canonisé, mais le livre actuel dépasse la rumeur, ce sont strictement les faits vérifiés et contre-vérifiés.

Sodoma. Frédéric Martel. Robert Laffont 631p.   www.laffont.ca

 





 


 Le coin santé physique et psychique

Michel Gitton est prêtre dans diocèse de Paris. Il a senti la nécessité de parler des soubresauts qui agitent le christianisme et comment sous d’apparentes contradictions, tout le message évangélique est à ses yeux cohérents. Exemples, comment expliquer que ce sont des élus qui gagneront le royaume des cieux alors que théoriquement le salut est pour tout le monde. Ensuite les exhortations à ne pas juger alors que nous devrons répondre de nos actes devant le Christ qui lui fatalement nous jugera. Vous voyez que ce ont des thèmes intéressants et il y en a d’autres dans Le monde sans être le monde chez Novalis où le pasteur répond aux difficultés que rencontre présentement celui qui veut pratiquer sa vie chrétienne. Et chez le même éditeur l’ultime ouvrage du regretté Maurice Bellet qui nous a quitté l’an dernier pour retrouver son Créateur. Il portait la triple casquette de prêtre, psychanalyste et de théologien. Et à quelques jours de la fête de Pâques, la plus grande fête au calendrier liturgique car la Résurrection donne toute la crédibilité au message du Christ. Il s’intitule Le Messie crucifié scandale et folie et est une analyse novatrice de la symbolique de la mise en croix de Jésus. Et les derniers mots  du livre reprennent ceux de la Genèse, en une espèce d’espoir pour qui se montre pessimiste quand à l’état du monde « Au commencement ».

On a beau parler de la conciliation travail-famille, la résultante en est que l’on dénombre une proportion effarante de parents épuisés, à la limite du burn-out, d’autant qu’outre les exigences de la parentalité s’ajoute le nouvel esclavage patronal qu’est le multitâches avec son lot de performances inatteignables. Si vous avez peur pour votre équilibre, voici un bouquin spécialement consacré à la problématique signé par la psychologue Suzanne Vallières, « Le psy-guide des parents épuisés ». aux éditions de l’Homme. Elle dédie son livre à sa fille Gabrielle qui l’a éclairé sur les enjeux actuels et qui sera maman à son tour.
Aux éditions JPO Jean-Gabriel Charrier qui est pilote de ligne et en charge de la formation a vite compris que la maîtrise que l’on exige des pilotes en cas de problèmes, peut très bien s’appliquer à d’autres corps de métiers. Comme il le dit lui-même les pilotes d’aviation ne sont pas des surhommes, mais par ce qu’ils sont bien entraînés commettent moins d’erreurs. C’est la raison que contrairement à l’idée reçue vous avez au prorata moins de chances d’avoir un accident en avion que sur la route. Il fait donc le tour d’horizon des éléments de base en psychologie dont il faut disposer pour être en mesure de surfer sur les problèmes.


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