- SEPTEMBRE 2021 -
 
 

 


D’autres façons d’appréhender le terrorisme

Mine de rien, cela fait exactement vingt ans cette année qu’ont eu lieu les célèbres attaques du 11 septembre 2001 aux États-Unis. Qui a fait prendre conscience à l’humanité toute entière que si le coeur des USA était frappé, plus rien ne pouvait être à l’abri en ce monde. Jean-François Caron professeur de sciences politiques à l’Université Nazarbayev au Kazakhstan signe un essai remarquable où il dit que nous avons tout faux dans la manière de s’en prendre au terrorisme avec ces anciennes notions de guerre totale. Qu’il faut, au contraire, réaliser des attaques ciblées ou s’inspirer de la diplomatie du XIXème siècle.  L’occident face au terrorisme titre de son ouvrage porte un regard critique sur ce qui s’est fait depuis vingt ans dans la lutte contre le terrorisme. Et son ouvrage sort on ne peut mieux au moment où l’Afghanistan s’embrase avec la victoire des talibans.  C’est aux éditions des Presses de l’Université Laval. Chez le même éditeur à ceux qui voudraient approfondir la mouvance djihadiste un essai en collectif sous la direction de Khadiyatoulah Fall qui a pour titre Djihadisme, radicalisation et islamophobie en débats. Les 14 et 15 mars 2018 s’est tenu à l’Université Laval un symposium dont voici les actes. On a senti d’en publier les grandes lignes d’autant que les doctes chercheurs sur la question de la radicalisation sont sur l’impression d’une sorte d’essoufflement, comme si tout avait été dit sur la question.  D’où la nécessité de laisser une empreinte pour alimenter la réflexion à ce propos.

 

 

 


Savez-vous ce qu’est la thérolinguistique ?

Écrivez tout ce que vous voulez à son sujet, mais chose certaine Vinciane Despret déborde d’imagination. Cette enseignante à l’Université de Liège qui porte la double casquette de psychologue et de philosophe, a inventé une nouvelle discipline, la thérolinguistique ou l’étude du langage des animaux au IIIème millénaire. Et concrètement ça donne un ouvrage d’anticipation Autobiographie d’un poulpe. Autrement dit, cette passionnée de la chose animale, s’est mise le temps de quelques pages à vampiriser la tête des bêtes pour en extraire leurs pensées intimes. Ça donne un bouquin distrayant au possible. Si quelqu’un a dit jadis “objets inanimés avez-vous une âme” eh bien pour ce qui est des sujets choisis, elle nous amène dans des mondes imaginaires fascinants. Qui nous aidera à peut-être à envisager notre rapport à la chose animale. Une proche de notre rédaction conquise par les animaux a littéralement dévoré ces chapitres. Seul reproche à ses yeux, c’était trop court. Sans doute le plus beau des compliments que l’on puisse faire.

Autobiographie d’un poulpe et autres récits d’anticipation Vinciane Despret. Actes Sud 149p.    www.actes-sud.fr

 

 

 


La grande prière d’un curé confiné

Si le confinement en lien avec la pandémie et les restrictions sanitaires qui nous égarent ont leur lot de désenchantement, une tulipe peut quand même pousser dans un dépotoir. C’est un peu ce qui arrive avec cette belle réflexion à la fois spirituelle et poétique Jésus seul écrite par l’abbé Stéphen Faure qui est curé de la paroisse de La Farlède et Solliès-Ville dans le Var, donc en Provence, et professeur de spiritualité et d’homilétique au séminaire diocésain de La Castille territoire de Fréjus-Toulon. Dans ces pages inspirantes au possible, il le dit lui-même en sous-titre qui annonce la couleur, que c’est de revenir à l’essentiel. Qui serait pour résumer un regard plus bienveillant sur le monde et surtout apaisé. Il puise dans les Écritures de beaux passages qu’il commente, ou des anecdotes, comme Saint-Paul-de-la-Croix qui demandait aux fleurs de se taire sur son chemin pour ne pas qu’il s’attarde sur son trajet. Qui fait revenir aussi à l’amour de la figure centrale de Jésus. Oui vraiment un livre phare qu’il faut lire. Et qui permettra de réconcilier ceux qui se sont un peu ou beaucoup éloignés de l’Évangile et qui sont confrontés au vide de leur existence.

Jésus seul Stéphen Faure. Artège 123p.      www.editionsartege.fr

 

 


Récits captivants d’un arpenteur du monde

Les récits d’aventures ont un lectorat captif et fidèle. Car qui ne ressent pas un besoin d’évasion. A défaut de le faire soi-même on appréciera de vivre la fugue par procuration. Voici un titre qui dans ce sens va vous ravir au-delà de toute expression. Intitulé L’appel du volcan. Son auteur, Claude Marthaler est un fou de la randonnée pédestre et du volo. Et quoi encore, puisqu’il a failli perdre la vie comme il le raconte, tandis que son parapente se torcha alors qu’il se précipita dans le vide à partir d’un téléphérique de la région préAlpes. Dans ce récit, ou plutôt ces récits au pluriel, il va même escalader illégalement le sommet du Ojos del Salado au Chili. Le gars ne manque pas de vocabulaire et c’est ainsi que nous avons droit à également une belle classe de maître en littérature où le sujet, le verbe et son complément se trouvent à la bonne place, appuyé par une connaissance lexicographique qui lui permet de qualifier chaque chose. Du bonbon.

L’appel du volcan Claude Marthaler. Salamandre 161p.     www.salamandre.org

 

 

 


Retrouver son amour perdu dans un Mexique plus que violent

Il était une fois un jeune homme, Diego et sa tendre Elena. Ils ont tous deux 15 ans et des rêves d’avenir. Mais il surviendra un événement atroce. La jeune fille sera violée par une brute sous les yeux de Diego. Et ce dernier, bouleversé, aura ce geste inconséquent de fermer cette fois les portes de son coeur.  Mais Elena ne sera pas chassé de son esprit et de ses sentiments. Il sait qu’elle s’est rendue dans la terrible ville de Ciudad Juarez, l’épicentre de toutes les violences. Il veut la reconquérir. Et c’est ainsi qu’il va tenter de la retrouver en compagnie de son cousin Ramire.. Voilà pour la trame de fond du dernier roman de Yasmina Khadra Pour l’amour d’Elena  C’est une montagne de violences qui vous attend. La nature humaine dans ce qu’elle a de plus abjecte. Cela en heurtera certains, alors que d’autres n’y verront que la part du diable de l’homme au grand jour. Les dialogues ne font pas dans la dentelle. Nous sommes devant un certain Mexique qui nous offre ce qu’il y a de moins reluisant dans ce pays.

Pour l’amour d’Elena Yasmina Khadra. Mialet Barrault 330p.    

 

 

 


Un couple de monarques en odeur de sainteté

L’Archiduc Rudolf d’Autriche dans la préface de Charles & Zita de Habsbourg itinéraire spirituel d’un couple a bien raison de souligner que notre actuel manque cruellement de dirigeants inspirants, dignes de notre estime. C’est peut-être pour cette raison que les éditions Artège ont eu la bonne idée de lancer cette biographie spirituelle des deux derniers monarques de l’empire austro-hongrois sous la signature d’Elizabeth Montfort. On n’a pas besoin d’être un lecteur fervent de la revue Point vue images du monde pour apprécier cette lecture qui se voue à l’édification. En effet, ce couple a eu un parcours spirituel parfait. Au point que Charles a été béatifié par Jean-Paul II et le procès en béatification de Zita est en instance. Et on espère dans certains milieux chrétiens qu’ils puissent devenir un jour des saints au calendrier liturgique. En effet, leur relation n’est pas banale. Il faut lire ce que l’empereur déclara à sa dulcinée le jour de leur mariage, et ses derniers mots à son endroit avant son décès prématuré. Il a été le seul représentant d’une nation à partager l’exhortation du pape Benoît XV pour la paix. Bien des gouvernants devraient lire ce bouquin pour s’élever un peu de leur médiocre condition. Et que dire du petit peuple qui trouvera à cette lecture de quoi espérer quand on se veut homme et femme de bien comme ces deux aristocrates qui ont traversé bien des épreuves.

Charles & Zita de Habsbourg itinéraire spirituel d’un couple. Elizabeth Montfort. Artège 224p.   www.editionsartege.fr

 

 

 


Ce n’était pas la maman qu’il croyait

Un de nos coéditeurs a pour marotte cette sentence lourde de lucidité: on ne connaît quelqu’un que demain, encore mieux le surlendemain. Et que finalement on ne l’aura vraiment connu qu’à l’heure du bilan final, la mort. Alors on pourra se prononcer. Pourquoi ce préambule ? C’est que le narrateur de Fils d’espionne le romancier hongrois Andras Forgach sera confronté à une troublante réalité. C’est que sa maman qu’il croyait bien connaître, avait une vie double d’espionne. C’est ce qu’il apprendra à travers les archives des services secrets hongrois. Et parfois, cette activité souterraine n’était pas ce qu’il y avait de plus reluisant. Le mec est abasourdi. En somme, ce texte fort qui est publié dans l’excellente collection que nous chouchoutons “Du monde entier” chez Gallimard, est une variation sur ce que disait Malraux qui définit un jour l’homme comme un tas de petits secrets. En même temps, c’est le contexte socio-politique de la Hongrie des années 1970 à 1980 qui est bien rendu.

Fils d’espionne Andras Forgach. Gallimard 337 p. 

 

 

 


La résurrection d’un gars voué à mendier

Aujourd’hui avec la brutalité du système économique, il est très facile de se retrouver à la rue du jour au lendemain. Demandez le à Gaël Galinie, un apprenti ébéniste. Il bossait dans un petit atelier. Il avait vingt ans. Tout allait bien pour lui. Jusqu’au jour où on lui apprit que l’entreprise ne se portait pas très bien, au bord de la fermeture et que son contrat n’allait pas être renouvelé. Comme il n’avait pas complété sa formation, tout le malheur s’est mis à débouler. Il appela des “amis” pour l’aider. On sait ce que sont parfois les amis. Bref, il se retrouve à la rue. Il a écrit son histoire car, loin d’être un lamento, c’est celle d’une renaissance. Aujourd’hui à 31 ans il se déplace à bord de son camping-car qui est son homme et se mue en travailleur agricole saisonnier. Et il est tout heureux. De la rue à la route est une lecture où l’espérance est à chaque page. Il nous enseigne de ne jamais se laisser aller par des événements extérieurs. On a toujours une marge de manoeuvre.

De la rue à la route Gaël Galinie. Favre 158p.     www.editionsfavre.com

 

 

 


Un éblouissant portrait d’une roumaine nommée Dina

Dina titre du récit de Felicia Mihali publié chez Hashtag, est en fait une réédition de 2008 paru à l’époque chez XYZ. On écrit récit mais on n’est plus trop sûr car sur la couverture il est mentionné roman. Et dans le communiqué de presse accompagnant la sortie de l’ouvrage on peut lire parlant de l’auteure “l’histoire est racontée par l’autrice elle-même, originaire de Roumanie et installée au Québec, qui apprend avec stupeur la mort de son ami d’enfance”. Bref, l’essentiel est que nous sommes devant un livre magnifique qui est un éblouissant portrait d’une femme, la Dina en question, qui sera assassinée par qui ? Les soupçons se tournent vers un douanier serbe réputé cruel. Au-delà de la narration des événements et du destin tragique de cette jeune femme, c’est le regard que porte l’écrivaine sur cette victime et le  souvenir qu’elle en trace. Chapeau à l’éditeur de remettre sur les rayons ce grand bouquin.

Dina Felicia Mihali. Hashtag 177p.     www.editionshashtag.com

 

 

 


Le train, terreau de bien des histoires à raconter

Malheureusement on ne prend pas suffisamment le train au Canada. Il est vrai que le service, du côté des horaires et des tarifs, laisse à désirer. Mais bon, une fois qu’on est bien assis dans son compartiment, le déplacement en vaut la peine. Arlette Cousture adore ce moyen de transport. Et elle en fait le théâtre de son présent opus En voiture! All aboard. Ce serait comme un recueil de nouvelles, avec une histoire pour chaque province. Il est dit en quatrième de couverture que ces chapitres ont été inspirés par des faits presque vrais...De l’autofiction pourrait-on dire. L’important étant qu’on prend beaucoup de plaisir à cette lecture. Car elle nous rappelle l’écrivaine, que le train est un formidable terreau de rencontres de toutes sortes. Elle nous livre de beaux personnages, car le commun des mortels, si on sait l’écouter peut nous en dire beaucoup sur les êtres humains et plus largement la vie en général.

En voiture! All aboard! Arlette Cousture. Libre Expression 138p.     www.editions-libreexpression.com

 

 

 


Un polar dans le Grand nord canadien

Même si on se trouve devant un polar de facture classique, avec des meurtres se succédant et une enquête à la clé, quelquefois le décor va changer la tonalité. C’est ainsi que Giles Blunt a campé le sien dans le Grand nord canadien. Grand calme a pour cadre la base d’Arcosaur dans l’Arctique et à Algonquin Bay en Ontario. On va successivement trouvé les cadavres d’un homme et d’une femme. Deux limiers sont dépêchés pour élucider ces affaires, John Cardinal et Lise Delorme. L’auteur sait habilement tirer les ficelles pour ne pas nous en dévoiler trop d’un coup, ce qui fait la force du genre.  Il tutoie l’excellence. Les amateurs de thrillers policiers sont servis sur un plateau d’argent. Et comme canadien, nous sommes flattés qu’il ait choisi le Canada. Du travail de maître.

Grand calme Giles Blunt. Sonatine 393p.     www.lisezsonatine.com

 

 

 


De l’érudition concernant la pop musique italienne

Avouons-nous le, on s’y connaît très peu en musique populaire italienne, sauf quelques titres d’exceptions. Question de combler notre vide abyssal en la matière, voici une superbe opportunité de garnir les rayons de notre discothèque avec des titres phares italiens des soixante dernières années. Et comme guide Rosario Ligammari un journaliste qui est un véritable érudit en la matière. Il lance Buongiorno Pop qui passe en revue 100 albums de 1960 à nos jours. Évidemment ce sont des choix arbitraires. Mais le gars a du flair et sait reconnaître le talentueux. Alors, après lecture, vous serez incollable sur Umberto Bindi, Matia Bazar, Sergio Caputo et tutti quanti. Pour chaque album sélectionné, des notices biographiques et des anecdotes à profusion. C’est un travail de réhabilitation à saluer.

Buongiorno Pop Rosario Ligammari. Le mot et le reste 269p.   

 

 

 


De précieux conseils en médecine vétérinaire holistique

Bien que le courant soit moins fort qu’en médecine des humains, il y a une petite tendance qui se dessine en médecine vétérinaire où on veut s’éloigner des interventions lourdes ou de la surmédication. Un des apôtres de la médecine vétérinaire holistique est le Dr. Walter Villiger qui présente son Guide pratique de médecine vétérinaire énergétique. Il est destiné tout autant aux propriétaires d’animaux qu’aux professionnels. Et ce guide est centré sur les soins à donner aux chiens et aux chats. C’est vraiment une approche novatrice où on se rend compte que bien des pathologies chez nos petits compagnons proviennent de sources nerveuses. En fin d’ouvrage il nous offre un répertoire d’utilisation des remèdes avec leur posologie. Et que d’honoraires de vétérinaires à éviter de la sorte. Nos portefeuilles vous remercient cher doc.

Guide pratique de médecine vétérinaire énergétique Dr. Walter Villiger. Favre 157p.    www.editionsfavre.com

 

 

 


Feydeau dans le texte

A première vue, on serait tenté de croire que l’on se trouve en face d’une biographie définitive de Jacques Feydeau, ce phare des soirées théâtrales parisiennes de la Belle Époque. Il n’en est rien.  Christophe Barbier l’ancien directeur de la rédaction de l’Express et maintenant journaliste sur BFM-TV Il y a bien quelques références à sa vie par çi, par là, mais c’est surtout qu’il passe en revue les thèmes exploités dans son théâtre dit de boulevard avec sa cohorte de portes qui s’ouvrent et se ferment sur les plateaux et les maris cocus et qui ont fait sa marque de commerce. On voit que l’essayiste connaît parfaitement son sujet, allant puiser des extraits qui collent à la démonstration qu’il entend faire. Pour les amants de ce théâtre léger au possible, c’est une belle occasion de revoir son oeuvre. L’auteur, surtout en ces temps d’une rare morosité, nous donne le goût d’aller applaudir au premier Feydeau présenté sur nos scènes.

Le monde selon Feydeau Christophe Barbier. Tallandier 359p.     www.tallandier.com

 

 

 


Revoir sa mère après trente ans d’absence

Une des belles surprises littéraires de cette rentrée est sans conteste Revenir à toi de Léonor de Récondo. L’histoire d’une comédienne à succès, Magdalena, qui n’a pas vu sa mère depuis trente ans. C’est quelqu’un qui va lui signaler qu’on a retracé sa génitrice. Mais que pouvoir dire en guise de retrouvailles. Des blâmes, des interrogations multiples, de l’empathie ? Vous verrez comment l’écrivaine a agencé cette première rencontre déterminante. Et ce sera aussi la divulgation d’une chose non dite. Dame Récondo, qui est aussi violoniste baroque, sait autant jouer de la partition qu’avec les sentiments. Nous avons pris un grand plaisir à découvrir cette auteure d’une part et le sujet, qui bien que pas nouveau en soi, est une belle variation.

Revenir à toi Léonor de Récondo. Grasset 176p.

 

 


Un compatriote signe une analyse significative de la présidence Trump

Gilles Vandal est professeur émérite de l’Université de Sherbrooke et réputé spécialiste de la présidence de Barack Obama. Il nous arrive avec une analyse post-mortem de la saga présidentielle de Donald Trump. Quatre années où le locataire de la Maison-Blanche offrira une gouvernance totalement déjantée asservie à ses lubies et en même temps annonciatrice d’une ère de populisme. Donald Trump le fossoyeur de l’Amérique est l’occasion pour lui, comme pour nous, de dégager avec le recul, ce qu’a été ce règne absolument démentiel. La question est posée d’entrée de jeu, comment en est-on arrivé à hisser au pouvoir un tel individu. De quoi est composée la stratification sociale américaine actuelle. Sa conclusion est que cet incompétent aura changé la face de l’Amérique et du monde.

Donald Trump le fossoyeur de l’Amérique Gilles Vandal. Mardaga 249p.   www.editionsmardaga.com

 

 

 


Une réédition bienvenue d’un essai fondateur sur la langue et le genre

A notre rédaction nous honnissons le mot autrice que pour cette raison nous n’utilisons jamais, lui préférant la désignation d’écrivaine. D’autres par contre ce sont accommodés du mot. C’est une bataille sans fin que celle du genre dans la langue française. Heureux les anglo-saxons qui ne sont pas confrontés à cette problématique, le genre n’existant pas “a table” n’ayant pas de sexe. Tout ceci pour vous annoncer la réédition revue et augmentée de cet essai déterminant Pour une langue sans sexisme paru pour la première fois en 1996 et signé par la docteure en linguistique Céline Labrosse qui fait voir dans cette nouvelle mouture l’état des choses, proposant une sorte d’apaisement dans la désignation du genre. Il faut rappeler, et c’est ce qu’elle fait, que longtemps on donna la préséance du masculin sur le féminin, dans une perspective de noblesse, plutôt de discrimination. L’essayiste exhorte au recours d’une langue plus égalitaire.

Pour une langue sans sexisme Céline Labrosse. Fides 156p.    www.groupefides.com

 

 

 


Sur ces nazis qui feront de brillantes carrières à l’après-guerre

L’historien et journaliste Éric Branca nous propose une lecture véritablement choquante mais nécessaire. Car on l’a dit, quiconque ignore l’histoire est condamné à la revivre. C’est celle de nombreux nazis, ici on en a sélectionné quelques-uns, plus illustres, qui ont réussi à passer à travers les mailles des procès en dénazification et qui ont entamé de brillantes carrières, l’un d’eux se rendant même au poste de chancelier fédéral. L’auteur ne pouvait pas passer sous silence la trajectoire incroyable d’Albert Speer, l’architecte et intime favori d’Hitler qui a conduit des dizaines de milliers de prisonniers à la mort pour cause de travaux forcés, qui fera certes vingt ans de prison à Spandau mais qui retrouvera la vie civile avec une superbe attitude. De même Hjalmar Schacht le banquier du dictateur, un génie de la finance, qui va redresser oui l’économie de l’Allemagne, réduisant comme peau de chagrin le chômage, mais tout cela au service de la machine de guerre. Il mourra paisiblement à l’âge vénérable de quatre-vingt-quatorze ans ans en 1970.  Qui a dit que le crime ne payait pas ? Revoyez votre copie.

Le roman des damnés Éric Branca. Perrin 423p.       www.editions-perrin.fr

 

 

 


Un superbe démenti sur le monde qui n’aurait appartenu qu’aux hommes

Un des mythes persistants veut que ce sont les hommes à qui le monde a toujours appartenu. Une sacrée relecture de l’histoire de l’humanité était à refaire. Et c’est grâce au journaliste chevronné qui s’est fait historien Robert Schneider qui débarque avec Maîtresses et femmes d’influences. Si la sphère politique et économique leur était fermé, elles n’en étaient pas moins influentes en coulisses. L’auteur s’est concentré sur ces femmes fortes en France depuis 1789. Et voici un exemple entre autres et pas le moindre. Celui d’Hélène Portes dulcinée de Paul Reynaud le dernier président du Conseil de la IIIème République farouchement anti-anglaise et qui obligea son mari, tout soumis, eh oui, à faire revenir le Maréchal Pétain pour qu’il puisse signer l’armistice.  Et elle ne fut pas la seule. Peut-être préféraient- elles manoeuvrer dans l’ombre ?  Vous allez faire des découvertes étonnantes. Certes ces femmes n’avaient pas officiellement de pouvoirs, mais dieu ce qu’elles se sont agitées sous les projecteurs pour faire avancer les causes qui leur tenaient à coeur.  On doit aussi à cet auteur un ouvrage remarquable sur les premières dames de France.

Maîtresses et femmes d’influence Robert Schneider. Perrin 312p.    www.editions-perrin.fr

 

 


Une fine analyse de l’action du fameux curé Labelle, le roi du Nord

Les québécois qui malgré la devise provinciale du Québec “Je me souviens” ne se souviennent souvent de pas grand chose, connaissent au moins la figure du célèbre curé Labelle, en raison de la personnification qu’en a faite magistralement le comédien Paul Desmarteaux dans la télésérie culte “Les Belles Histoires des Pays d’En-Haut”. Mais quel a été précisément le rayonnement de ce curé de Saint-Jérôme ? Nous avons un livre de référence qui paraît Le pays rêvé du curé Labelle de l’historien Richard Lagrange. Il nous brosse la vie et la carrière de ce prêtre aux allures de démiurge qui rêvait d’une colonisation canadienne-française intense partant de Saint-Jérôme et allant jusqu’au Manitoba! Malheureusement pour lui, l’attitude de beaucoup de compatriotes de chez nous le découragea parfois. Sans compter l’archevêque de Montréal, Mgr. Fabre qui le jalousait, et qui va lui mettre souvent des bâtons dans les roues. Il avait peur que le curé Labelle ne veuille créer son propre diocèse à Saint-Jérôme et s’introniser évêque avec l’aval de Rome. Hélas, le Vatican pencha pour l’archevêché de Montréal. Le grand succès du pasteur et colonisateur, aura été l’établissement de la ligne de chemin de fer reliant Montréal à Saint-Jérôme. On a dit de lui que s’il n’avait pas été prêtre, ce fervent propagandiste du train aurait été un administrateur du Canadien-Pacifique. C’est toute une épopée qui revit sous nos yeux. Et qu’est-ce qu’on apprend. Saviez par exemple que notre cher curé s’est même rendu à l’Élysée en 1890!

Le pays rêvé du curé Labelle Richard Lagrange. Presses de l’Université Laval 189p.   www.pulaval.com

 

 

 


Splendeurs et misères de la jet-set

Henry-Jean Servat qui fut reporter à Paris Match et une luciole des nuits parisiennes et même de la jet-set mondiale a cru bon partager ses souvenirs d’un monde qui fait figure aujourd’hui de très ancien, à l’heure des nombreuses restrictions de la pandémie présente où le mot plaisir n’a presque plus de place. So chic! est une galerie de portraits choisis au hasard où les personnages sélectionnés semblent faire partie d’une sorte d’Atlantide, un monde disparu. Qu’est-ce qu’on fêtait à certaines époques. Il parle de Lee Radziwill, la soeur de Jackie Kennedy, le summum du snobisme qui lui fit l’honneur de sa table. De gens tels l’académicien Julien Green ou Jacqueline Delubac, fortunée et une des femmes de Sacha Guitry, les deux ne recevant jamais personne mais qui lui ouvrirent les portes de leur antre secret. Il ne fait pas que dans la louange. Il décrit très bien le caractère détestable de Catherine Deneuve, tout comme les administrateurs de médias qui jettent des archives à la poubelle comme celles de Télématin ou bien des pontifes à Paris-Match qui ont refusé des hommages qu’il avait envie de faire sur Danielle Darrieux et Olivia de Havilland, au prétexte que ça...n’intéresserait personne!  Par contre une starlette en bikini, ah ça oui. Servat est un mémorialiste de la paillette. On en redemande de ce Saint-Simon qui parle d’un temps que assurément, les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître et qu’ils ne connaîtront jamais.

So chic! Henry-Jean Servat. l’Archipel 246p.    

 



 


Le coin des arts martiaux

Aux éditions Budo la rentrée s’annonce éclatante avec trois titres sur les arts martiaux. Commençons par L’Esprit du judo de Jean-Lucien Jazarin président du Collège national des ceintures noires de France. C’est un ouvrage phare puisqu’on lui reconnaît d’avoir été la porte d’entrée des connaissances du judo pas seulement en France mais chez les occidentaux. Le maître est décédé en 1982 mais son enseignement demeure grâce entre autres à cet ouvrage qui n’en est pas un didactique sur la gestuelle, mais bien sur l’aspect spirituel. Il raconte ses rencontres avec ses mentors et comment les orientaux l’ont abordé. C’est de plus un excellent conteur,  ce qui n’est pas pour déplaire. Et qui donne envie à ceux qui seraient tentés, de vouloir à tout le moins s’y initier.

Et puisqu’il est question de la pénétration des arts martiaux en France, voici un ouvrage complémentaire à connotation historique Histoire du karaté sur la Côte d’Azur de Gabriel Ben Soussan. C’est que cette région de l’Hexagone a été un lieu déterminant pour la propagation du karaté. Ici nous sommes en face d’un quasi livre d’érudition, car on fait la nomenclature de tous les acteurs de renom qui ont été les étendards des arts martiaux en France. Avec une riche iconographie et des reproductions de coupures de presse sur différentes époques. On se rend compte alors quelle a été la ferveur de ces animateurs à répandre dans le pays leurs connaissances orientales. Et ils ont largement essaimé au point que la France a été le deuxième pays après le Japon pour la pratique de cet art ancestral.

Si les deux précédents ouvrages sont de nature théorique, en voici un axé sur la pratique. En effet voici le maître Gichin Funakoshi qui donne son cours de Karaté Jutsu considéré comme la Bible du Karate-do. Nous avons ici une quantité d’illustrations décrivant chaque position à prendre. Écoutez, ce livre n’est pas d’une écriture récente puisqu’il a été édité pour la première fois en...1925! On appelait cela la boxe d’Okinawa. Le maître est considéré rien de moins comme le père du karaté. Il fait la démonstration dans ces pages des katas modernes Shotokan et Wado-ryu. Et l’éditeur a mis les moyens pour nous faire parvenir ce traité, car il n’en existait que de rares exemplaires de ce qu’on croyait perdu d’une part. Ensuite le japonais classique rendait la traduction assez ardue. Il a d’abord été traduit en anglais par John Teramoto et ensuite dans la langue de Molière par Josette Nickels-Grolier.

 

 


Manga sur de vieilles histoires de fantômes nippons

Les histoires de fantômes d’où qu’elles proviennent fascinent toujours. En voici sept provenant du Japon et qui ont vu le jour en 1896! Sous la plume de l’écrivain irlandais Lafcadio Hearn (1850-1904) un des premiers occidentaux à prendre la nationalité japonaise avec un nouveau nom Yakumo Koizumi. Il s’est fait fort de transmettre des éléments de la culture traditionnelle de son pays d’adoption. Grâce au scénariste écossais vivant au Japon Sean Michael Wilson et du talent de dessinatrice de manga Inko Ai Takita vous allez faire connaissance avec des petits contes chargés de mystère. Et l’éditeur Graph Zeppelin présente cette BD à la manière des japonais c’est-à-dire que le début commence par ce qui serait pour nous la fin. Un peu déroutant de lire à l’envers, mais il faut bien faire de petites concessions pour vivre pleinement le Japon littéraire.

Yokai manga histoires de fantômes japonais Lafcadio Hearn, Sean Michael Wilson et Inko Ai Takita. Graph Zeppelin 127p.     www.graphzeppelin.com

 

 

 


Le bédéiste érotique Xavier Duvet n’a pas encore tout exprimé

Quiconque s’affiche ouvertement érotomane, ne craint pas de vouer une admiration sans bornes pour Xavier Duvet qui du côté de la bande dessinée érotique, tutoie maintenant l’excellence et se trouve au zényth de son talent. Et il nous le prouve encore magistralement avec son personnage fétiche de Catlady qui dans Dans la chaleur de la nuit dont le titre seul est tout un programme, se métamorphose en cambrioleuses chez des bourgeoises, dont elle ne se contente pas de dérober les joyaux mais aussi de s’emparer de leur intimité! Tout un programme nocturne. Avec un luxe de détails, Duvet (quel patronyme prédestiné) nous montre par quels moyens son héroïne entend faire grimper ses “victimes” au sommet de l’extase. Dans le genre c’est le maximum.

Catlady Dans la chaleur de la nuit. Tabou 46p.    www.tabou-editions.com

 

 

 


Sur l’histoire de la nonciature apostolique à Ottawa

Un jour, sur une chaîne télé catholique on entendit une interview de son Excellence Mgr. Luigi Bonazzi, le précédent nonce apostolique au Canada. Qui s’exprimait dans un français tout en finesse ce qu’était en clair son travail de représentant du Saint-Siège au Canada. Il a été muté depuis en Albanie. Et c’est maintenant Mgr. Ivan Jurkovic d’origine serbe qui lui a succédé et qui s’exprime tenez-vous bien, en dix langues! Car on s’aperçoit que le Vatican délègue la crème de ses ambassadeurs auprès des pays, pour faire à la fois bonne figure et autorité. Justement paraît une étude en collectif sous la direction de Philippe Roy-Lysencourt qui raconte l’Histoire de la délégation apostolique du Saint-Siège au Canada qui couvre la fin du XIXème siècle jusqu’au début des années soixante. Les collaborateurs ont potassé les archives secrètes du Vatican ouvertes maintenant aux chercheurs, couvrant cette période. Mais hélas, si vous voulez en savoir plus long sur l’affaire de Charbonneau, il faudra encore patienter, car il n’en est pas fait mention dans cet ouvrage bien que l’on traite du travail du nonce en poste à l’époque, Mgr. Ildebrando Antoniutti. Sans doute ce dossier sensible de l’éviction de l’Archevêque de Montréal au profit du cardinal Léger demeure-t-il un sujet sensible. Pour le reste, on rend compte de tout le travail des nonces au Canada pour tenter de rappeler l’autorité de Rome auprès des églises locales qui souvent voulaient en faire à leur tête. On est ébahi devant le travail fouillé qui a présidé à l’élaboration de ce grand cours d’histoire ecclésiale et diplomatique.

Histoire de la délégation apostolique du Saint-Siège au Canada collectif sous la direction de Philippe Roy-Lysensourt. Les Presses de l’Université Laval 287p.    www.pulaval.com

 

 

 


Le tribut d’Amélie Nothomb à son paternel

Le 30ème opus de Amélie Nothomb est un hommage à son père, Patrick, disparu l’an dernier à l’âge respectable de 83 ans. Cela veut donc dire que Premier sang n’est pas un manuscrit puisé dans sa réserve d’écrits à l’avance comme elle l’a si souvent raconté. Cette disparition a sans doute bousculé son agenda de programmation littéraire. Elle titre le bouquin de roman, mais c’est de l’autofiction, mieux, du récit car après avoir investi la peau de Jésus dans son précédent livre très remarqué, il vampirise l’âme de son père défunt qui s’exprime à la première personne. C’est un pur joyau, dans le genre de narrer l’esprit de famille des Nothomb avec en toile de fond cette sentence de Boileau qui voulait que ce qui s’énonce clairement et les mots viennent aisément. Eh bien c’est ce qui se passe ici où avec une simplicité confondante, sans effet de style, le narrateur nous plonge dans ce que fut sa vie et son désir à tout prix d’épouser celle qui deviendra la mère d’Amélie. Du grand Nothomb. C’est papa qui du haut du ciel doit être bien content de sa fille.

Premier sang Amélie Nothomb. Albin Michel 171p.    www.albin-michel.fr

 

 

 


Une poésie en rudesse

Membre de l’Académie des lettres du Québec et de l’Ordre du Canada Denise Desautels est une pointure de notre littérature. Et à ce titre on attendait avec impatience de savoir sur quel thème elle allait poétiquement nous entretenir. Cela donne Disparaître. Sur des oeuvres de l’artiste visuelle pluridisciplinaire Sylvie Cotton. C’est très d’inspiration corporelle en confrontation avec les éléments. Des vers mâtinés d’un peu de violence. Comme l’est la vie et la mort.  Extrait “De portrait en portrait notre oeil ne compte que sur lui-même sa cécité volontaire ses plaies ses empreintes des clichés trop nets il refuse toute aide on le voit c’est là c’est os. A jamais.”

Disparaître Denise Desautels. Autour de 11 oeuvres de Sylvie Cotton. Noroît 137p.    www.lenoroit.com

 

 

 


Sur les atrocités japonaises

S’il s’est beaucoup écrit sur l’Holocauste et les horreurs des camps d’extermination, la littérature est moins abondante du côté des crimes de guerre commis par les japonais durant la Seconde guerre mondiale. Ce vide est comblé par le récit du psychanalyste américain Sidney Stewart (1919-1998)  qui fut fait prisonnier par l’opposant nippon. Cela donne Mémoire de l’inhumain où il fait un récit complet, n’épargnant aucun détail atroce de ce que fut leur quotidien de prisonnier aux mains de l’ennemi. Au-delà de la culture étrangère et de la propagande, il est clair à la lecture que japonais ou pas, quand on donne la chance à un humain de donner libre cours à sa pulsion première de violence, il ne se fait pas prier. Et c’est de voir comment les soldats japonais prenaient un plaisir jouissif à martyriser leurs captifs, comme d’enfoncer une baïonnette dans les intestins d’untel à la moindre saute d’humeur. En plus des sévices il y avait la dimension du contexte tropical avec toutes les hostilités que cela suppose pour un métabolisme occidental. Beaucoup de G.I, succombaient en raison de nombreuses maladies. Et on ne leur donnait aucun médicament. Ils étaient traités comme moins qu’un chien. C’est un récit glaçant sur le côté le moins reluisant  de l’homo sapiens.

Mémoire de l’inhumain Sidney Stewart. Éditions Campagne Première 298p. 

 

 

 


La soi-disant invincibilité d’une drogue de synthèse

Il s’est beaucoup écrit sur les méfaits des drogues. Mais entre les mains d’un romancier de fiction cela peut prendre d’amples proportions. C’est le cas de celui qui signe depuis vingt ans sous le pseudonyme de Phénix. Selon ce que le communiqué de presse qui accompagne la sortie de son dernier livre portant le titre de Hubris, l’écrivain qui se déplace énormément dans le monde a des contacts étroits avec les milieux militaires et du renseignement. Nous voici donc dans la Ville Lumière où on assiste à des incidents liés à des comportements étranges. On apprendra que tous ces cas ont en commun d’avoir absorbé une drogue de synthèse pour laquelle on leur fait croire qu’ils sont invincibles. Et quel hasard avec l’actualité afghane, c’est que les autorités vont apprendre que cette drogue connue des usagers sous l’appellation de Tom & Jerry est issue d’un laboratoire clandestin d’origine islmaiste afghan voulant se venger de la France. Une fiction qui pourrait être très près de la réalité avec ce monde en ébullition. Nous avons adoré parcourir ces chapitres enlevants.

Hubris Phénix La Tengo 279p.     www.la-tengo.com

 

 

 


Le féminisme expliquée simplement

Fanny Anseaume qui a bossé un temps dans le monde de la mode, s’est transformée en sociologue et féministe. Elle veut engager un dialogue pour mieux faire comprendre les revendications des femmes auprès de ceux qui auraient encore du mal à comprendre, certains hommes par exemple. Ainsi elle lance Tu ne vas pas sortir comme ça ? Avec pour sous-titre “le féminisme expliquée à mon père”. Il n’y a pas que lui qui va tirer bénéfice de cette parution. Car elle reprend, un après l’autre, les clichés qui entourent le vécu féminin. Et se porte à la défense des femmes notamment par un chapitre sur l’injonction qui leur est faite d’avoir des enfants. Soulignons les illustrations amusantes de  Lucy Macaroni elle aussi résolument engagée dans la lutte féministe.  En fin d’ouvrage les sources bibliographiques pour ceux et celles qui voudraient pousser plus loin la réflexion.  C’est aux éditions Leduc.

Et si vous voulez demeurer un peu dans le sujet, et chez le même éditeur, un livre entretien A nos soeurs, nos mères, nos filles cosigné par la journaliste Aurélie Godefroy et thérapeute Julie Laurent-Marotte. Une libre conversation sur leurs préoccupations de femmes où plusieurs sujets sont abordés tels le deuil, la confiance en soi, la féminité, la famille, du fait d’être bien entouré, de la méditation. Comme le sous-titre l’indique c’est la puissance de la sororité, comme de se soutenir face à l’adversité. Beaucoup de lectrices se sentiront interpellées par ce bel échange qui se déroule dans le respect des idées et de la personnalité de chacune.

 

 


Un demi siècle de revendications de la communauté LGBT+

C’est curieux, C’est ça notre liberté 50 ans de lutte LGBT+ de Paris à New York signé Mason Funk sort au moment où un de no co éditeurs planche sur un manifeste déboulonnant le mythe de la Fierté, mettant à l’avant-plan que nous ne sommes rendus qu’à l’étape de la tolérance et non de l’acceptation. Fin de la parenthèse. Revenons au livre de Funk est fondateur d’une association américaine  OUTWORDS qui s’est donnée pour mission de documenter l’histoire du mouvement LGBT+ chez nos voisins du Sud. Pour l’essentiel ce sont des témoignages de différents acteurs de la scène gay ou même de simples individus qui ont vu l’évolution de la cause homosexuelle aux États-Unis. Pour la présente édition on a complété avec d’autres points de vue. Il est certain que la seule grande avancée en la matière, a été l’adoption par certains pays d’un encadrement législatif décriminalisant l’homosexualité d’une part, et assurant des protections enchassées dans des chartes des droits de la personne. Pour le reste on appréciera ces commentaires distinctement.
C’est ça notre liberté 50 ans de lutte LGBT+ de Paris à New York. Mason Funk. Éditions Harper Collins 302p.      www.harpercollins.fr

 



 


Le coin de la BD

Les fanas de Stars Wars et bédéistes de surcroît ont maintenant un joyau du genre entre les mains grâce au tandem formé de Charles Soule et Jesus Saiz qui nous offre le tome 1 d’une BD qui s’annonce une saga fulgurante. Dans ce premier volet. Comme ça se passe avec le genre fantasy où s’entremêlent dix histoires, résumons en disant que nos héros sont sur le point de perdre la bataille. Mais ce qui nous a impressionné au plus haut point outre la magistrale qualité du dessin c’est la colorisation. Une explosion chromatique qui est un véritable éblouissement pour les yeux, avec un sens poussé du détail. C’est édité chez Panini.

Chez l’éditeur Casa c’est une note d’espérance avec Les gueules noires sur un texte de Zampano et des illustrations de Eric Sikora. Le titre l’emprunte au surnom que l’on donnait jadis à ceux qui travaillaient dans les mines du nord de la France dans la région des houillères. Il ne reste que des vestiges désespérants des temps anciens où régnait une activité incessante. Ce ne sont que des ruines. Mais heureusement, des gamins ont décidé d’investir une rue d’une localité et de lui redonner vie. Cette BD survient au moment où on tente de redonner vie à des petits bleds de l’Hexagone. C’est une BD festive remplie de notes positives.

 

 

 


La banlieue dans tous ses états

A l’évocation du mot banlieue, nous vient à l’esprit des aménagements qui font clichés, bien que souvent réels. Qu’en est-il vraiment ? Pour faire le tour de cette question périurbaine voici un essai fondateur de Gérard Beaudet urbaniste émérite et professeur titulaire à l’École d’urbanisme et d’architecture de la Faculté de l’aménagement de l’Université de Montréal qui présente un gros pavé Banlieue, dites-vous ? qui passe en revue la suburbanisation de la région de Montréal. Il nous montre autant les beautés de l’étalement urbain au fil des décennies mais aussi de combien d’horreurs. Et que le futur est annonciateur de bien des visions urbaines. Ce ne sera plus monolithique comme ces duplex en rangée typique de Saint-Léonard et de Ville Lasalle. Pour quelqu’un qui s’intéresse au domaine, c’est un ouvrage incontournable qui fera date.

Banlieue, dites-vous ? Gérard Beaudet. Les Presses de l’Université Laval 490p. www.pulaval.com

 

 



 


Le coin santé physique et psychique (1)

La non-dualité est une composante de la recherche dans le domaine de la croissance personnelle. Et un de ces chantres est Alain Galatis qui a beaucoup écrit sur le sujet et qui persiste et signe avec Le jour de la nuit qui est constitué de quatre textes comme autant de variations sur le sujet. On appréciera particulièrement celui intitulé “L’homme croit que ce qui n’existe pas existe” qui a une résonance particulière en ces temps de pandémie. On va y lire comment le formatage de la pensée s’installe dès après la naissance avec au final le souhait d’une pensée unique qui ne se remet pas en question. Publié aux éditions Accarias c’est un livre que nous conseillons de mettre sur le dessus de votre pile de prochain achat de bouquins.

Aux éditions de Mortagne dans la collection “Tabou,” il est question des personnes intersexes, qui ont des caractéristiques, parfois génitales appartenant aux deux sexes. Voilà qui ne doit pas faire plaisir à l’actuel président de Chine qui a décrété ne plus vouloir des personnes efféminées au petit écran. Une information qui pèse lourd de danger car si là-bas on fait preuve de non acceptation, ici on ne fait souvent guère mieux avec à peine de la tolérance. Comme si les êtres humains étaient monolithiques. Dieu se serait-il trompé dans sa Création ? Revenons au livre qui est un tribut à la différence tandis que l’auteur de Noa intersexe, Samuel Champagne s’exprime à la première personne, livrant dans des pages chargées d’humanité, à quoi s’expose socialement l,être qui n’est pas tout à fait comme tout le monde. A la fin du livre on se demande, l’humain est curieux de ce qui se passe sur Mars mais peine à considérer un proche marqué par la différence.

Récemment sur l’application Tik Tok un livreur sous-traitant pour Amazon décrivait le malheur qui lui était tombé dessus. En effet, allant livrer un colis, il emprunte une petite rue au volant de sa camionnette quand soudainement un gamin envoie volontairement une balle de baseball contre son véhicule. Le chauffeur sort de celui-ci, accroche le petit par le bras,  le prend en photo, lui et son domicile et l’admoneste, lui faisant jurer de ne plus le reprendre de la sorte, sinon. Le lendemain il est convoqué par son patron qui lui destine un blâme transmis par la mère du petit, à l’effet que le livreur aurait fait preuve de violence envers sa merveille. Eh bien voilà qui cadre très bien avec le thème de ce livre fondamental à se procurer Le travail est malade il nous fait souffrir de Maxime Bellego aux éditions de boeck supérieur. Ce psychologue fait état d’une longue liste de pathologies du travail et fait la démonstration que les vieilles manières de management n’ont plus leur place. C’est un appel à toute une réorganisation du travail que le praticien des esprits exhorte. On l’a vu au Québec où la détresse au travail est exponentielle comme jamais et où la consommation d’antidépresseurs  atteint des sommets. 

 

 



 


Le coin santé physique et psychique (2)

Les animaux nos meilleurs complices coécrit par le Dr. Christian Bourit et Éric-Antoine Verheyden est un véritable petit cours d’éthologie animale, qui est la science du comportement de ces derniers dont le grand théoricien est Konrad Lorenz. Ces deux conférenciers intègrent la connaissance des quanta de Max Planck à la réalité du lien entre les bêtes et nous. Dans ce livre qui sort chez l’éditeur Guy Trédaniel, ils mettent en lumière toutes les interrelations que nous pouvons avoir non seulement avec les animaux de compagnie mais avec plus largement d’autres animaux. Ils ont sélectionné un nombre partial de ceux-ci décrivant pour chacun des éléments d’études sur leurs agissements et quelles leçons nous devons en tirer. De quoi nous faire porter un nouveau regard et nous faire aimer davantage les beautés de la nature.

C’est quoi un être intelligent ? Une tête bien faite plutôt que bien remplie ? Pour Colette Portelance, la réputée thérapeute connue pour ses écrits sur le lâcher-prise, sa définition va bien au-delà des connaissances et du statut social. A ses yeux, la définition qui correspond le mieux est la personne qui se laisse guider par sa passion et qui l’exploite merveilleusement. Ça donne des individus dotés d’une grande richesse. Elle s’en explique plus largement dans Au coeur de l’intelligence aux éditions du CRAM. Nous avons simplifié un peu d’entrée de jeu, car dans ces chapitres elle fait un tour d’horizon de différentes intelligences. Nous avons beaucoup aimé les passages consacrés à l’intelligence de l’esthète. C’est une étude de ce que nous sommes dans tous nos atours psychologiques.

Comment concilier notre souci de la préservation de l’environnement en accord avec des préceptes de santé. Exemple, est-il préférable de boire de l’eau du robinet plutôt qu’en bouteille, sachant les ravages du plastique qui est laissé à l’abandon dans la nature et particulièrement dans nos cours d’eau.  Voilà à quoi s’attachent Clémence Pouclet et Auxane Maurille-Biron dans ce traité qu’il faut se procurer sans faute Petite bible de santé environnementale. La première est écoconseillère et formatrice en santé environnementale alors que la seconde est illustratrice, consacrant son art à des projets responsables. Clémence Poulet a vraiment fait tout le tour de la question de nos habitudes de vie liées à l’environnement. Un exemple, le recours aux désodorisants pour lesquelles des études se font sur une probable cause à effet du cancer du sein. Alors on propose une alternative. C’est aux éditions Thierry Souccar. Un chapitre est dédié à la recherche de textiles labellisés et un autre à la litière pour animaux. Vraiment on est sonné par l’investissement de l’auteure qui a accompli un travail de moine pour accoucher d’une somme aussi détaillée.

Nous ne traitons que très peu et pour ainsi dire jamais les livres pour l’enfance car c’est un domaine qui est bien couvert ailleurs et qui n’est pas un créneau qui a été retenu au départ. Cependant comme on dit l’exception est la règle, car notre attention a été captée par le sujet Où va le caca ? S’il y a un sujet tabou, à tout le moins délicat c’est la production de nos selles. Comment expliquer ce phénomène du métabolisme aux touts petits ? Eh bien Katie Daynes sur des illustrations délicates de Dan Taylor est allé au front. Dans ce genre didactique un peu singulier avouons-le c’est une réussite. Et l’éditeur Usborne a fait un petit exploit en faisant en sorte que les illustrations sont détachables du livre. C’est très amusant.