- JUIN et juillet 2022 -
 
     
 


 


Quand Umberto Eco pourfendait l’hypocrisie

Quelqu’un a dit un jour que le mensonge était le ciment de la société, car s’il fallait que tous et chacun ne dise que la vérité des choses, tout se mettrait à exploser!  Est-ce que mentir est un mal nécessaire ? Pour y voir plus clair, allez lire la plaquette du regretté érudit Umberto Eco qui est la reproduction d’une conférence qu’il livra en 2011 au Festival culturel de Milan sur le thème “Mensonge et vérité”. Il débute sur la référence italienne à Pinocchio, célèbre menteur s’il en faut. Reconnaître le faux titre de son exposé et du pamphlet, s’attarde à débusquer la contrefaçon, le mensonge et quoi encore qui trafique la vérité. A croire que le mensonge est partie intégrante de l’ADN de l’homo sapiens. Je parle, donc je mens…pourrait-on paraphraser.
Reconnaître le faux Umberto Eco. Grasset 61p.   

 

 


 


Un grand astronome des Lumières qui mit en valeur les femmes de sa science

Jérôme de Lalande est un grand astronome du Siècle des Lumières. Un homme qui avait à coeur de partager son savoir et qui le fit à travers un petit traité de vulgarisation qui a fait école et qui n’a pas connu encore de date de péremption et qui a pour titre Astronomie des dames. Ouvrage qui a été mis à l’Index en 1830 par la sainte église romaine car il faisait la part belle à la contribution des femmes à sa science. En effet, dans ce livre remarquable de simplicité scientifique, il met en valeur la contribution de dix-sept femmes astronomes qui sont passées à la trappe, dont une, qui à elle seule découvrit inq comètes! Ceux qui aiment le cosmos, et ils seront nombreux, seront choqués de voir la discrimination dont on a fait preuve envers le sexe féminin dans ce domaine. En rééditant ce classique, les Presses de l’Université Laval font acte de réhabilitation de leur mémoire.
Astronomie des dames Jérôme de Lalande. Presses de l’Université Laval 290p.   www.pulaval.com

 

 


 


Un journaliste ukrainien et sa captivité chez les pro-russes du Donbass

Si vous êtes friands de tout ce qui se passe aujourd’hui en Ukraine, vous allez apprécier hautement le témoignage coup de poing du journaliste ukrainien Stanislav Asseyev qui fut capturé par les militants pro-russes du Donbass et incarcéré en mai 2017 et qui ne verra sa libération en décembre 2019 que grâce à la pression de groupes de pressions humanitaire. Donbass: un journaliste en camp se raconte nous fait pénétrer dans les arcanes de la répression des nationalistes ukrainiens. Dans ce camp nommé Isolatsia, les prisonniers sont soumis à des conditions dégradantes comme de se laver aux trois semaines, tortures à l’électricité et autres, de l’eau bouillante comme dîner. On devait faire ses besoins soit dans un seau ou dans l’écuelle qui avait servi à apporter le  “repas” Et que dire des femmes systématiquement violées aux mains du sadique directeur aux moeurs sexuelles dépravées.  État des lieux de ce qui se passe encore aujourd’hui, peut-être voire pire. A lire impérativement pour éviter de dire “je ne savais pas”.
Donbass: un journaliste en camp se raconte  Stanislav Asseyev. Atlande 218p.  www.Atlande.eu

 

 


 


Un classique de la littérature inuite rééditée après vingt ans

Rarement dans la littérature un mondiale un roman comme Sanaaq a été précédé d’une si belle histoire. Car il faut savoir que son auteure Mitiarjuk Nappaaluk aînée de trois filles et….analphabète a réussi l’exploit de raconter son grand nord québécois avant les grandes transformations qui ont fait des inuit nomades, des sédentaires. Analaphabète certes mais qui se servait de caractères syllabiques que l’on compare dit-on à des caractères sténographiques. Ce qui l’a amené à l’écriture, ce sont des commandes de textes d’un religieux qu’il destinait à la traduction pour sa communauté. Puis est arrivé un anthropologue remarquable Bernard Saladin d’Anglure qui va prendre sur lui de traduire Sanaaq dans un français classique. Il fut publié pour la première fois chez Stanké en 2002. Et c’est à toute jeune maison d’édition Dépaysage que l’on doit la réédition de cet ouvrage fondateur qui décrit par le menu la vie quotidienne des gens de là bas. En plus, l’écrivaine qui fut par la suite récipiendaire de l’Ordre du Canada, avait reçu le privilège unique de la transmission du savoir traditionnel, par son père, qui n’avait pas eu de garçon. C’est en même temps un témoignage anthropologique de premier plan. La maison d’édition s’est donnée pour mission, à travers une de ses collections, de mettre à l’avant-plan la littérature autochtone.  C’est tout à son honneur. Un lexique du vocabulaire inuit utilisé complète le tout pour les curieux qui voudraient en savoir davantage.
Saanaq Mitiarjuk Nappaaluk. Dépaysage 359p.   

 

 


 


L’historique de la littérature noire au Canada

Les Presses de l’Université d’Ottawa lancent un ouvrage, qui à peine sorti des presses est devenu une référence concernant la littérature noire au Canada. Et c’est signé Winfried Siemerling titulaire d’une chaire de recherche et professeur de littérature anglaise à l’Université de Waterloo. Nous devons la brillante traduction à Patricia Godbout. Cet essai comble un immense vide. Comme si l’establishment de la critique littéraire de chez nous avait fait preuve de discrimination. Et pourtant, ce gros pavé nous montre quel abîme de méconnaissance nous avons vis-à-vis de cette littérature très riche. Qui commence réellement à la fin du XVIIIème siècle. Quoique pour la Nouvelle-France il n’y a aucun écrit venant d’un auteur de race noire. C’est dans les années cinquante et soixante que ces écrits vont prospérer en lien avec une immigration plus intense. On saluera ce travail colossal où l’essayiste n’a omis aucun détail de l’activité littéraire noire sur deux siècles. En même temps, cet ouvrage qui en impose réhabilite des auteurs merveilleux que les lecteurs de l’essai seront peut-être amenés à découvrir.
Les écritures noires au Canada Winfried Siemerling. Presses de l’Université d’Ottawa 644p.      www.presses.UOttawa.ca

 

 


 


Un volet tendresse méconnu de Saint Joseph

Voilà un petit opuscule qui aurait beaucoup plu à notre Saint Frère André qui vouait un culte à Saint Joseph et qui savait d’instinct à quel point il est une figure importante de la chrétienté. Son auteur Yvon Joseph Moreau appartenant à la confrérie des cisterciens du Val Notre-Dame. Il avait été précédemment évêque du diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière, après quoi il préféra retourner vers sa communauté. Saint Joseph amoureux met en lumière un aspect négligé de la vie du père de Jésus, sa tendresse matrimoniale. Il reprend par là des observations contemporaines, qui commentant la révolution sexuelle ont écarté la tendresse. C’est un peu le même constat qu’il fait, quoique la tendresse était manifeste chez Joseph envers Marie. Il complète ce regard par des prières glanées ça et là, s’adressant au plus connu des charpentiers de l’Histoire.
Saint Joseph amoureux Yvon Joseph Moreau. Novalis 66p.    www.novalis.ca

 


 


Une ode fictive à Jim Morrison

Il est difficile de classifier Le Poète en exil de Ray Manzarek. En effet, ce dernier, claviériste et cofondateur du groupe mythique The Doors imagine un Morrison qui ne serait pas mort et qui aurait entrepris une communication avec lui. Dans le livre, une pure fiction, le leader de la formation est le Poète en question. En même temps que ce tribut au chanteur soliste, c’est un retour sur le style de vie de ce groupe où l’alcool coulait à flot et où l’oeuvre de chair ne faisait pas disette. On carburait à l’outrance. L’auteur au-delà de l’habile musicien qu’il fût, est un habile conteur, qui trouve les mots justes pour décrire ce qui se passait. On voit bien à chaque détour de page, qu’il s’ennuyait de la disparition de Morrison qualifié comme une sorte de Rimbaud des temps modernes.
Le Poète en exil Ray Manzarek. Aux forges de vulcain 270p.    www.auxforgesdevulcain.fr

 


 


Des réunions de famille où le formatage vole en éclats

Curieusement La Ritournelle de Aurélie Valognes arrive à notre rédaction au moment où un de nos coéditeurs se voit invité à une garden-party dans ce qui lui reste de sa famille maternelle, tout juste après avoir accepté un souper réussi quand même chez sa cousine. Mais cette seconde invitation lui pèse justement en raison du formatage en cours dans ce genre de réunion style bbq plein air. Il a peur de ne plus être en mesure de garder sa contenance et d’entendre des inepties autour de lui sans devoir répliquer de son cru. Et c’est précisément ce que stigmate l’écrivaine dans la description du souper de famille mais où, au lieu de jouer le jeu, on déballe au contraire ses vérités. C’est jouissif surtout quand on sait que par essence l’humain est violent. C’est pas nous qui l’affirmons, c’est Freud jadis. Comme l’auteure est familière des best-sellers et certains de ses titres portés au grand écran, on est certain que ce roman vérité ne fera pas exception. Une bonne tranche de son prochain ça fait du bien.
La Ritournelle Aurélie Valognes. Fayard 229p.   

 


 


Deux essais sur la pratique culturelle au Québec

Ce serait un raccourci de déclarer que, comme va la culture va le Québec, mais il est un fait que la pratique culturelle dans la Belle Province est un excellent baromètre de l’état de notre identité. Voici deux essais fondateurs aux Presses de l’Université du Québec qui présentent la radiographie culturelle québécoise. D’abord la sortie de Les enquêtes sur les pratiques culturelles un travail collectif sous la direction de Marie-Claude Lapointe et Gilles Pronovost. Ici pas de statistiques comme tel bien qu’il y a des données, mais surtout un état des lieux, une description de la pratique culturelle, selon que l’on aime la musique country, le cinéma de fiction, l’opéra etc. Comment la recherche à cet effet a évolué au fil du temps. L’ouvrage se termine sur des exemples de ce qui se vit ailleurs sur la planète. Cet ouvrage de grande rigueur offre un panorama du goût des québécois.
Et dans la foulée de ce qui précède, cet autre essai Culture et revitalisation urbaine avec pour sous-titre “Le cas du Cinéma Beaubien à Montréal” coécrit par Wilfredo Angulo, Diane-Gabrielle Tremblay et Juan-Luis Klein. C’est l’action communautaire locale du quartier Rosemont qui, on le sait, à permis de pérenniser les activités de ce petit temple du septième art, qui autrement aurait été menacé de disparition. Mais bien que venant du peuple, ce projet de survivance a paradoxalement été un agent de gentrification du secteur.  On nous montre en quoi, la présence du cinéma joue un rôle clé au secteur économique, avec des influences sur la qualité des ménages et le volet immobilier. Ces deux bouquins font la démonstration hors de tout doute raisonnable de l’importance que l’on doit accorder à la culture pour le développement social et économique. Un rôle même vital.

 


 


Une femme décrit sa psyché compliquée

Le titre est d’une rare provocation chez une femme L’histoire de mon coeur et de mon cul. C’est signé Noémie de Lattre qui est une artiste de scène française. Sur la couverture, pour en rajouter, elle pose nue, mais un peu pudiquement recouverte. On pourrait s’attendre à des passages olé, olé comme le laisse préfigurer le titre. Simplement que, contrairement à la majorité des femmes, elle ose dire clairement qu’elle aime la chose avec des hommes et aussi des femmes. Oui d’accord. Mais au fil des chapitres on sent quand même l’insatisfaction perpétuelle. La routine érotique quoi. Il y a de long moments sur sa relation avec JP homme du sérail du spectacle, qui lui fera un enfant, qu’elle attendra avec une grande anticipation.  Mais c’est une relation conjugale très en dents de scie. Et elle traduit bien ses contradictions, se faire défoncer par un mec viril mais en même temps qui attend du romantisme d’une liaison. En somme, elle cherche sans le savoir l’homme qui va déchirer sa robe et capable de la recoudre. Le mérite c’est qu’elle a l’honnêteté de montrer la complexité de la condition féminine, entre formatage social et désir de s’affranchir des conventions et d’être libre sexuellement. En terminant, elle partage une lettre à son fils Antoine lui disant d’entrée de jeu la rareté de découvrir pour un enfant, la sexualité de sa maman. En effet…
Journal l’histoire de mon coeur et de mon cul. Noémie de Lattre. Albin Michel 306p.  

 


 


Méditations poétiques sur la beauté

Bahar Orang est résidente en médecine avec une spécialisation en psychiatrie. Elle trouve le temps, malgré des études d’une lourdeur qu’on imagine bien, de concevoir un petit opuscule qui nous va droit au coeur Là où les choses se touchent qui est une méditation poétique sur le thème de la beauté. Mais ici il faut prendre l’acception du mot beauté dans un sens très large, comme la beauté du geste que procure une soignant envers une personne affligée par la maladie. Extrait “Mais la Beauté est bel et bien apparue sur le seuil de ma porte avec des mots magnifiques s’adressant à moi, le poème lui-même comme une coquille d’oeuf brisée, ouverte, pointant vers l’indicible”. Devant de tels mots, toute résistance est vaine.
Là où les choses se touchent Bahar Orang. Marchand de feuilles 103p.   www.marchanddefeuilles.com

 


 


Une femme forte algérienne à connaître

C’est un beau devoir de mémoire que nous procure Jacqueline Gerroudj ressortissante française, qui a fait de la résistance sous l’Occupation allemande et qui part ensuite vers l’Algérie. Sur place, cette enseignante de métier, est choquée de l’attitude du colonisateur français. Et dès lors s’engage pour l’indépendance de l’Algérie et milite au sein du FLN. Elle sera arrêtée et condamnée à mort, puis graciée en mars 1962. Elle demeurera en Algérie jusqu’à son dernier souffle en 2015, ayant siégée notamment comme députée à l’assemblée algérienne. Elle nous fait cadeau, pour qu’on n’oublie pas, de ses mémoires de femme d’action. Si vous aimez les portraits de femmes fortes, alors ici vous êtes servi. Une femme qui n’a pas froid aux yeux malgré les risques graves qu’elle encourt. Plus qu’aucune autre, le mot liberté sonne bien à ses oreilles.
Douars et prisons Jacqueline Gerroudj. Le temps des cerises 224p.  

 


 


Quand Yann Moix porta l’uniforme

Yann Moix qu’on découvrit comme débatteur baveux à l’émission “On n’est pas couché” de Laurent Ruquier, traînait avec lui des boulets familiaux, dont un père sadique dont il ne s’est défait que depuis peu. On le sent plus apaisé et fréquentable. On a perdu un chroniqueur féroce et on a gagné un écrivain d’un très beau style. Il a décidé comme on sait de se raconter, des mémoires en somme, étalées sur quatre tomes. Nous avons eu droit à Orléans et Reims. Viendra ensuite Paris. Mais auparavant nous sommes à Verdun qui correspond à la période du service militaire. Comment un révolté comme il est va-t-il s’accommoder des brimades propres aux officiers qui d’office veulent humilier les subalternes ? Nous ne vous dévoilerons pas les chemins de travers psychologiques qui ont été les siens. Sachez qu’on dit volontiers que l’intelligence est l’art de s’adapter aux situations. Eh bien Moix est souverainement intelligent. Et il trouve de belles phrases pour illustrer son propos.
Verdun Yann Moix. Grasset 254p. 

 


 


Après le film une biographie enlevée d’Elvis

A Cannes, la projection du film Elvis du réalisateur Baz Luhrmann mettant en vedette Austin Butler dans le rôle du King et Tom Hanks dans le rôle du fameux gérant, le colonel Parker a été très bien accueillie. C’aurait pu être piégeant de chausser les pointures d’un tel mythe musical. Mais le défi a été relevé. Et peut-être parmi les plus jeunes voudront en savoir davantage sur ce que fut la vie de l’interprète de Love me tender. Eh bien les éditeurs réunis ont eu l’excellente idée de mettre sur le marché la biographie que lui consacre Kathleen Tracy qui s’est intéressé à fond à la vie de son personnage, nous ayant déjà gratifié d’un autre livre sur Elvis en compagnie d’un membre de sa famille. Dans cet Elvis la vraie histoire vous trouverez tout ce qu’il faut savoir. L’essentiel s’y trouve. Et qui nous rappelle que les parents d’Elvis se trouvaient dans une situation financière précaire à tel point qu’ils devaient quémander de l’aide sociale pour survivre! Quand on connaît la suite…Cette bio en est assurément une de référence.
Elvis la vraie histoire Kathleen Tracy. Les éditeurs réunis 270p.    www.lesediteursreunis.com

 

 


 


Découvrir un cadavre dans son sous-sol

Il y aurait de quoi en remuer plus d’un. Et c’est ce qui arrive à Gabriel Choiseul qui découvre un macchabée au sous-sol de son appartement montréalais. Aussitôt son existence va prendre une autre tournure. Arrive sur sa route sa voisine Ariel aux dispositions assez singulières. Puis, comme L’enfer sans confession titre de ce roman de Hervé Desbois est un thriller, il faut bien un enquêteur. Comme la mode est aux duos de limiers, il s’en est créé deux: le vieux Truffaut et un cadet l’enquêteur Bernier. Et puis d’autres crimes vont surgir au fil du temps. Mais que se passe-t-il donc ? Est-ce que ces meurtres en série portent une signature ? Comme l’auteur qui est comédien à la ville et auteur de chansons aime les mots, il se sert bien de son talent pour garder le lecteur alerte. Il semble que c’est sa première incursion dans ce style littéraire. C’est bien parti.
L’enfer sans confession Hervé Desbois. Goélette 459p.   www.goelette.ca

 


 


René Lévesque aurait 100 ans

Le fondateur du Parti québécois René Lévesque s’il avait vécu jusqu’à nos jours, serait exactement centenaire, lui qui est né en 1922. Pour l’occasion diverses manifestations auront lieu d’ici la fin de l’année qu’a accepté de présider Lucien Bouchard. Qui signe d’ailleurs la préface d’une belle publication René Lévesque un homme et son siècle qui est une anthologie regroupant cent textes de Lévesque glanés ça et là dans sa longue carrière, d’abord de journaliste puis d’homme politique. La chose qui frappe dans cette sélection opportune de Guy Lachapelle c’est que celui qui avait osé proposer un beau rêve aux québécois, de faire du Québec un pays, n’était pas recroquevillé avec la ceinture fléchée enroulée solidement autour du corps. C’est au contraire un internationaliste qui avait une passion pour la politique du monde. Et des textes relevés nous le montrent très bien dans ces pages. C’est d’ailleurs grâce à ses prestations à l’émission Point de mire à la télé naissante de Radio-Canada qui l’ont fait connaître du grand public d’une part et qui a permis que les téléspectateurs s’ouvrent les yeux à des réalités dépassant la vallée du Saint-Laurent. Ce grand album au graphisme soigné, est  un des beaux tributs de cette commémoration.  
René Lévesque un homme et son siècle Choix de textes et présentation de Guy Lachapelle. Presses de l’Université Laval 264p.     www.pulaval.com

 


 


Le démon fait homme

Il était une fois une femme prénommée Ariane, qui vit le bonheur conjugal et mère de trois enfants adorables. Elle officie dans le monde des lettres. Mais elle sera victime de ce “beau cadeau” de la vie, l’ennui. Car elle fera la rencontre d’un jeune homme qui va la chavirer complètement. Cupidon qui décoche une flèche empoisonnée. Pire encore, loin d’être la promesse de belles étourderies, c’est une liaison destructrice qui aura des conséquences sur sa vie de couple. Voilà grosso modo la trame de L’homme que je ne devais pas aimer deuxième roman réussi de Agathe Ruga. Cette écrivaine promeut aussi la littérature sur son blog. Cette histoire simple en apparence est riche des tourments qui habite la femme qui s’est laissée prendre aveuglément. Certaines se reconnaîtront assurément, et les tombeurs de même.
L’homme que je ne devais pas aimer Agathe Ruga. Flammarion 202p.  

 


 


Pour comprendre le chaos afghan

 Au moment d’écrire ces lignes, la guerre en Ukraine est devenu l’événement chouchou des médias, qui ont oublié qu’en Afghanistan se joue un drame humanitaire terrible, à la fois social et alimentaire. Le pays est au bord de la ruine, les talibans après vingt ans d’absence sont revenus au grand désarroi du monde, rétablissant la charia dans toute sa rigueur, anéantissant leurs femmes, et osant demander de surcroît de l’aide internationale alors qu’ils avaient promis un grand assouplissement du régime. Pour comprendre le chaos qui s’opère dans ce pays, allez lire la belle étude historique que nous propose Jean-Pierre Perrin dans Kaboul l’humiliante défaite. Ce grand reporter détricote tout ce qui se trame en coulisses, notamment les américains et les chinois qui s’agitent. A la lecture on se dit que ce pauvre peuple n’est pas sorti de l’auberge et on voit mal l’issue possible, tant que ces talibans camperont sur leur rigidité morale.
Kaboul l’humiliante défaite Jean-Pierre Perrin. Équateurs 190p.    www.editionsdesequateurs.fr

 


 


Trois titres captivants pour les ados chez Glénat

Habituellement on ne touche que de peu la littérature jeunesse qui à elle seule est une recension particulière. Mais comme on dit, l’exception confirme la règle, de sorte que nous nous trouvons ici en face de trois excellents titres qui sortent chez Glénat et destinés aux ados. Commençons par Élodie Loisel qui présente Fatal Kombat. C’est une anticipation, car elle nous transporte en 2025 alors que notre chère planète est acculée à la famine. Et pour contrer ce fléau, les dirigeants de plusieurs pays n’ont trouvé d’autre solution que d’éradiquer de moitié la population. En parallèle deux équipes compétitives se retrouvent à Miami, les Violets et les Jaunes, dont le but est d’éliminer l’autre. Vous allez voir que l’ombre du gouvernement américain surveille de près les enjeux et celà a à voir avec le but décrit plus haut.

Puis Jean-Philippe Bernié y va avec Les voleurs d’avenir. C’est une saga annoncée car on parle ici du tome 1 intitulé “L’ami perdu”.  De la science-fiction pur jus qui en ravira plusieurs. Le protagoniste est un garçon, Marek, doté du pouvoir d’anticiper à l’avance ce qui va se produire. Un jour, son ami Laurent disparaît sans donner d’adresse. Inquiétant. Les ravisseurs sont au courant des dons de Marek. Pour quels motifs ? En plus que cette recherche de l’ami va conduire notre héros dans, tenez vous bien, la Terre du futur….Tout un programme!

Enfin Jonathan Bélanger signe Dans l’ombre du sasquatch. Au point de départ se trouve un journaliste qui a eu l’idée de réunir pour son papier, quatre garçons d’horizons divers mais qui ont en commun d’avoir été mis en contact avec des faits extraordinaires. Si le scribe est tout à la joie de l’originalité de son sujet et des jeunes qui correspondent à son projet, ces derniers ne partagent pas le même engouement. De sorte que du campement où on les a réuni, ils vont fuguer. Pauvres gamins, ils ne savent pas dans quoi ils se sont aventurés. Ils croiseront bien des vilains. On pourrait dire du journaliste que l’adage s’applique “l’enfer est pavé de bonnes intentions”.

 


 


A la rencontre des Powys, une dynastie d’écrivains anglais

Grâce à Patrick Reumaux nous devons de découvrir ou de redécouvrir, c’est selon, une dynastie littéraire anglaise issue d’un pasteur Charles Francis Powys (1843-1923). Il eut une nombreuse progéniture, onze enfants, dont quatre prendront le chemin des lettres: John Cowper, Theodore, Llewelyn, Theodore Francis et Philippa. En Angleterre, hormis les Brontë, on connaît très peu de familles d’écrivains, ce qui stimule la curiosité pour ces Powys injustement reléguée dans l’ombre au contraire de la première famille citée. Alors pour aller à leur rencontre deux titres de Reumaux chez l’éditeur Le bruit du temps,  La table des Powys qui est en sorte, la biographie familiale. Il faut commencer par celui-ci. Puis John Cowper, Theodore et Llewelyn Powys, les parias, essais choisis où l’essayiste s’arrête sur la production de ces trois écrivains et en quoi ils méritent de l’attention. Nous chevauchons les époques victorienne et édouardienne avec tout ce que comporte la civilisation de l’empire britannique dominant, avec ces dandys, cet humour so british, le sarcasme. Ces lectures nous ramènent à plus d’humilité et nous font dire que nous sommes des nains devant la connaissance. Merci M. Reumaux de mettre ces écrivains sous les projecteurs.

 


 


Un sonneur d’alerte soulève le voile sur l’armée secrète de Poutine

Il s’appelle Marat Gabidullin. Il a 54 ans. Un gars du genre mâle alpha, qui s’est engagé en 2015 auprès du groupe Wagner, la milice secrète, formé de mercenaires, qui a comme principal client Vladimir Poutine. C’est en fait l’armée secrète de l’occupant du Kremlin. Qui se déploie présentement en Ukraine. Ces miliciens sans peur et sans reproche, on les envoie sur les coups les plus durs. D’ailleurs Gabidullin en a fait les frais dans sa chair, ayant subi une grave blessure. Et c’est ce qui va déclencher chez lui un remord de conscience. Il va donc révéler de l’intérieur le Groupe Wagner dont on connaissait l’existence mais dont on ne savait rien. Par le menu il détaille les horreurs de la guerre et à quel point le gouvernement russe est corrompu. Un ouvrage choc qui passionnera les fans de récits militaires et de géopolitique.
Moi, Marat ex-commandant de l’armée Wagner Marat Gabidullin. Michel Lafon 360p.      www.michel-lafon.com

 


 


Sur ces petites filles aux allumettes

Peut-être connaissez-vous le conte de Hans Christian Andersen “La petite fille aux allumettes”, cette pauvresse battue à la maison et qui pour survivre tentait tant bien que mal de vendre des allumettes aux passants. Ce que raconte Kathleen Durocher brillante historienne, est le triste sort des allumettières, comme on les appelle qui ont travaillé pour l’usine de fabrication d’allumettes la plus importante au Canada, E.B. Eddy. de 1854 à 1928. C’était le gros employeur de Hull.  L’historienne retrace ce que fut ces femme qui pour donner un ordre de grandeur touchaient en 1910, entre 400 et 1000$....par année. Elles étaient souvent les pourvoyeurs à la maison, quand le mari n’avait qu’un emploi saisonnier. Elle évoque le terrible phospore blanc entrant dans la composition des allumettes, qui empoisonnait le sang où nécrosait la mâchoire. En même temps, ces ouvrières ont été les pionnières du syndicalisme au féminin. C’est un beau tribut que leur rend l’auteure. La compagnie ferma ses portes au début des années soixante.
Pour sortir les allumettières de l’ombre Kathleen Durocher. Les Presses de l’Université d’Ottawa 176p.       www.presses.uOttawa.ca

 


 


Deux papas nous disent ce qu’est être un père féministe

Sur la rue il n’est plus rare de voir un père pousser le carrosse de son petit, chose absolument impensable encore hier. L’homme a lentement évolué. Deux papas, Jordan Shapiro et Cédric Rostein préfacier publient Comment devenir un papa féministe. Ils se sont rendu compte qu’il y avait un vide abyssal dans la littérature parentale, à savoir que la thématique était toujours centré sur la mère, jamais le père. Pourtant il a bien droit au chapitre, après tout c’est lui qui fournit n’est-ce pas la matière première…Shapiro revisite comment s’est édifié la masculinité au fil du temps et comment doit se faire le partage des tâches domestiques. C’est en sorte un aggiornamento total du rôle du père tel que convenu jusqu’ici. Pour le plus grand bonheur de ces dames à qui l’essayiste propose un allié en la personne du mâle.

Comment devenir un papa féminioste Jordan Shapiro. Leduc 238p.   www.editionsleduc.com

 


 


Pour pérenniser vos aliments un peu plus longtemps

Les aliments ont une durée de péremption naturelle, si on veut qu’ils conservent leurs saveurs et leurs valeurs nutritives. Comme à l’ère des hausses du panier d’épicerie, on n’a aucun intérêt à gaspiller comme on le faisait encore il y a peu. D’où la nécessité de bien conserver ceux-ci. C’est pourquoi un guide nous arrive signé Michelle Keogh Déshydrater les aliments chez soi”. L’ouvrage que l’on voudra conserver précieusement dans sa bibliothèque de cuisine se divise en deux parties. La première traite justement des procédés de conservation comme le faisaient aussi jadis nos ancêtres, bios avant l’heure. Dans la seconde, vous avez cent recettes dont on vous met au défi d’opposer de la résistance, tant les propositions sont autant de péchés pour gourmets.  En effet comment dire non à une charqui de morue salée ou des carrés au chocolat, beurre d’arachide et aux graines de chia. Il y a tout un volet côté dessert à ce qu’elle nomme des “cuirs”. De  belles trouvailles qui enchanteront vos convives.
Déshydrater les aliments chez soi Michelle Keogh. Broquet 190p.    www.broquet.qc.ca

 


 


Un sympathique ours polaire aux prises avec le changement climatique

Si vous pensez que les magnifiques ours polaires passent leurs journées à se rouler dans la neige des contrées arctiques, détrompez-vous. Eux aussi voient leur sérénité mise à mal par les changements climatiques et le comportement de ceux qui peuplent leur biosphère. La bédéiste Caroline Soucy rend bien compte des mille misères de l’un d’eux Pol Polaire dans ce qui s’annonce une saga puisque le tome 1 porte le titre de coup de chaleur. On voit d’ailleurs notre “héros” hier encore redoutable prédateur….qui a peur maintenant, avec des morceaux de banquises qui se détachent et où il se trouve comme sur un radeau avec sa progéniture, comme le montre la couverture désopilante. Aie! aie! pas rigolo d’être un ours blanc de nos jours.
Pol Polaire T. 1 Coup de chaleur. Caroline Soucy. Glénat 46p.    www.glenat.com

 


 


Douze classiques des contes réuni en un bel album

Il serait intéressant de vérifier combien de parents à l’ère numérique, se donnent la peine de lire des contes à leurs enfants. Et pourtant les pédo psychiatres et soignants de l’enfance sont unanimes, la lecture des contes favorise l’imaginaire et inculquent aux petits les notions du bien et du mal, ce qui les préparent  bien à la réalité de la nature humaine. Alors ci de ce côté-là vous avez chers parents du rattrapage à faire voici une superbe opportunité qui sort aux éditions Hurtubise Le monde des contes de fées où on a regroupé douze des plus grands classiques, les voici: La petite sirène, Hansel et Gretel, La Belle et la Bête, Cendrillon, Le livre de la jungle, Casse-Noisette, l’Île au trésor, le Magicien d’Oz, la Reine des neiges, Robin des Bois, Blanche-Neige et Alice au pays des merveilles.  Revu par Kate Davies et illustré avec brio par Lucille Clerc. Sans conteste avec la confiance en soi, c’est le plus bel héritage que vous pouvez léguer à votre enfant, le développement de leur imaginaire comme mentionné plus haut et qui conduit souvent  à la créativité. On appréciera au passage le soin graphique apporté par l’éditeur à ce travail. 
Le monde des contes de fées Kate Davies et Lucille Clerc. Hurtubise www.editionshurtubise.com

 


 


Ça et là sur des questions existentielles et la Foi

L’abbé Jean Desclos est un théologien aguerri, ancien vice-recteur de l’Université de Sherbrooke et précédemment doyen de la faculté de théologie de cette même université. Il est ensuite retourné à la base de sa mission évangélique comme curé de la paroisse Saint-Charles Garnier du diocèse de Sherbrooke. Il a voulu répandre à sa façon la bonne nouvelle avec un livre qui est un véritable guide spirituel Fréquenter l’invisible. Un ouvrage qui tente de donner des réponses aux questions de tous et chacun concernant la transcendance. Et la période de confinement pandémique a été certainement l’occasion inespéré pour ce genre de questionnements. Il reproche à l’homme de vouloir toujours aller trop vite et exhorte à prendre du temps. Rien de dogmatique dans son propos. Comme un ami qui vous veut du bien. Ou qui souhaite apporter de l’apaisement à ceux et celles qui se tourmentent sur le sens de la vie et l’Au-delà.
Fréquenter l’invisible Jean Desclos. Médiaspaul 284p.      www.mediaspaul.ca

 


 


Un maître du kendo occidental revient sur l’enseignement du dojo

Pierre Delorme est viril. Il aime concevoir comme avec l’architecture et savoure à l’idée de se mesurer du côté des arts martiaux et de la boxe. Ce maître du kendo occidental revient sur ses années de formation en dojo au Japon alors qu’il bénéficia d’une bourse lui permettant de séjourner dix-huit mois là-bas. Il étudiera entre autres la Voie du sabre auprès de Okada Morihiro. Comme on l’a souvent dit, au-delà de la chorégraphie spectaculaire que cela offre, il y a aussi toute une posture mentale. Grâce à notre auteur Dojo le temple du sabre est aussi une pénétration de la culture nippone avec ses codes, ses rites multiples, rigides et fascinants à la fois. 
Dojo le temple du sabre  Pierre Delorme Budo éditions 238p.    www.budo.fr

 


 


Théâtre: exil et retour au bled perdu

C’est assez rare de voir une pièce de théâtre écrite à quatre mains. En voici une et qui ne manque pas de vigueur au niveau émotionnel. Il s’agit de Un coin jeté dans l’Nord coécrite par Alexandre Castonguay et Nicolas Lauzon. Au point de départ c’est une fille, décrite ici comme La Fille, comme les deux  autres personnages identifiés par le père, le gars. Elle n’en pouvait plus de ce bled laissé à l’abandon alors que la grosse shop locale a fermé ses portes. Un climat de désolation qui la fait frémir. Elle quitte donc, pour la ville, laissant la famille derrière elle. Elle reviendra plus tard, confrontée à une sorte de règlement de comptes. Les dialogues sont à l’avenant qui expriment bien le ressenti des uns et des autres.
Un coin jeté dans l’Nord Alexandre Castonguay et Nicolas Lauzon. Atelier 10    www.atelier10.ca

 


 


Le quotidien éprouvant en zone nord du Cameroun

Djaïli Amadou Amal est originaire de l’extrême nord du Cameroun. Elle est peule et musulmane. On la connaît déjà comme auteure des Impatientes qui lui a permis de rafler le Goncourt 2020 des lycéens. Elle nous revient avec ce qui est d’office un roman Coeur du Sahel qui a valeur de documentaire, car elle décrit très bien le climat social agité qui prévaut là-bas, voire dangereux. Surtout pour les femmes enrôlées comme domestiques et corvéables à merci, même au lit. On se souviendra que l’actualité nous a rapporté les opérations coups de poing du groupe Boko Haram. Elle évoque le sort d’une adolescente de quinze ans, Faydé qui va être forcée de devenir domestique pour survivre. C’est incroyable qu’en 2022 de tels agissements se produisent alors que des milliardaires s’en mettent plein les poches et que l’on pourrait arracher ces gens à leur misère. Au sortir de cette lecture vous serez, vous occidentaux, un peu plus honteux de vous plaindre de moments d’ennui.
Coeur du Sahel Djaïli Amadou Amal. Éditions Emmanuelle Colas 352p.   www.emmanuelle-colas.fr

 


 


Une femme de chambre qui devient enquêteuse par la force des choses

Le dramaturge Sacha Guitry qui avait le mot caustique a dit un jour que lorsque l’on ne peut pas, on enseigne. Eh bien il ne pourrait pas dire que lorsqu’on ne sait pas écrire on devient éditrice, car Nita Prose qui est éditrice à Toronto, nous montre tout ce dont elle est capable, style et surtout imagination. Jugez vous-même. Pour son roman La femme de chambre elle plante le décor dans un hôtel de grand luxe, le Regency Grand. Avec une femme de chambre Molly qui un jour pénétrant dans la suite de la très fortunée Mme Black, va la découvrir auprès de son mari qui a été assassinée. Et comme c’est la liberté créatrice de l’écrivaine, elle a décidé que Molly va se muer en limier et tenter d’élucider cette étrange affaire. Et plus elle avancera dans son enquête, plus elle en découvrira derrière les dorures. Tout n’est pas très net dans cet établissement hôtelier. L’expression “squelettes dans le placard” n’a jamais trouvé aussi bonne illustration. Ce pourrait faire un fabuleux film. En attendant, faites dérouler votre propre cinéma.
La femme de chambre Nita Prose. Calmann Lévy 429p.    www.calmann-levy.fr

 


 


C’était une grande amitié en temps de guerre

Il était une fois deux femmes, Solange d’origine juive qui va entrer en Résistance durant l’Occupation et Liliane qui provient d’un tout autre milieu qui ne lui laisse que de l’amertume. La seconde au contact de la première, dégourdie et entreprenante, va s’épanouir. Voilà en gros la trame narrative de La jeune fille à la tresse de Françoise de Luca qui nous arrive bardée de prix distinctifs dans le monde des lettres, celui du Gouverneur général, celui des libraires et le Anne-Hébert. Elle n’a pas déméritée avec ce dernier opus qui nous montre clairement pourquoi elle emporte les reconnaissances, c’est qu’elle sait comme nulle autre trouver une bonne histoire et la mettre en mots. Ensuite ici, note touchante, c’est l’amitié féminine si déconsidérée ailleurs où l’on voudrait voir ces dames se crêper le chignon. Le bémol, et c’est ici à prendre comme un compliment, c’est que ça passe trop vite.
La jeune fille à la tresse Françoise de Luca. Marchand de feuilles 300p.     www.marchanddefeuilles.com

 


 


Enfin une charge solide et littéraire contre les réseaux sociaux

Êtes-vous comme nous, exaspérés par ces reproductions de textos au grand écran, lorsque les personnages s’envoient des messages ? Ces encadrés qui surgissent dont on ne sait où et qui nous tapent royalement sur les nerfs. Et bien John Boyne nourrit lui aussi une rage à peine contenu contre notre ère des réseaux sociaux et ne se gêne pas de la clamer à travers sa dernière ponte Le syndrome du canal carpien. Nous sommes ici en Grande-Bretagne au sein d’une famille de parvenus, le père étoile de la télé, mère romancière à succès qui ne se donne même pas la peine d’écrire ses ouvrages, recourant à des écrivains fantômes qu’elle ne se gêne pas de rabrouer dont trois enfants, dont deux garçons dont l’un âgé de 17 ans flirte avec des hommes pour leur soutirer de l’argent sans aller nécessairement au plumard avec eux. Des personnages très de notre temps que vous reconnaîtrez autour de vous. Un roman solide qui est comme un pamphlet dénonçant la futilité de notre époque.
Le syndrome du canal carpien John Boyne. JC Lattès 477p.    www.editions-jclattes.fr

 


 


James Hyndman fait l’éloge du tennis

Ils sont là à s’époumoner sur les courts de tennis à traquer la balle qui s’en vient à toute vitesse. Une véritable secousse pour les organes vitaux. Alors à quoi tient cette fascination qu’ont les tennismen pour ce sport ? Pour le comprendre il faut lire ce petit opus de James Hyndman Faux rebonds”qui gagne en densité.  Le comédien s’est mis en retrait des projecteurs et se consacre un peu plus à l’écriture pour lequel c’est son troisième bouquin. Ce serait ici comme sa biographie sportive. Il trouve les qualificatifs appropriés pour faire partager sa passion. Il livre des séquences de tennis avec les grands de la raquette. Comme qualité de communication c’est la note parfaite.
Faux rebonds  James Hyndman. Quai no. 5,  135p.  www.quaino.5.com

 


 


 La sagesse d’en connaître la différence

C’est l’extrait de la fameuse prière des Alcooliques Anonymes qui nous invite à choisir entre ce que l’on peut changer dans la vie ou pas, et la sagesse d’en connaître la différence. C’est le dilemme auquel est confronté Dawn une révélation de l’art lyrique qui a déjà intégré à son répertoire des rôles majeurs qui ont contribué à la faire remarquer. Mais hélas une déveine vocale lui fera connaître la chute d’Icare. Les mélomanes sont d’une férocité sans nom quand se présente une non performance. Que fait-on alors quand toute sa vie a été consacrée au bel canto ?  L’espoir est cette chose à plumes de Nina Berkhout raconte cette reconversion qui a des accents loufoques, comme de prendre en main une troupe de siffleurs! Si on dit volontiers que l’intelligence est l’art de s’adapter aux situations, eh bien notre héroïne est sacrément douée pour la vie. Et vous verrez la place que prennent les oiseaux dans cette nouvelle existence.
L’espoir est cette chose à plumes Nina Berkhout. XYZ 306p.   www.editionsxyz.com

 


 


En librairie le tome 4 de la diablesse à l’épée Red Sonja

Fans de femmes fortes, nous vous signalons la parution du tome 4 de cette icône de la BD Red Sonja surnommée la diablesse à l’épée. Rappelons, si vous n’êtes pas familier avec cette héroïne que nous nous trouvons à l’époque de Conan le barbare. Notre héroïne sera investie de dons particuliers par Scathach, dite la déesse route. Elle aura tout le loisir de jouir de sa force, mais il lui est demandé un seul sacrifice, de ne jamais baiser avec un mâle qui aurait réussi à la vaincre au combat. Notre Red Sonja a bien répondu à l’exhortation qui lui est faite, et la voilà qui charge ses adversaires avec cette force incroyable qui va assurer sa légende. Roy Thomas, Frank Thomas et Esteban Maroto de même que Howard Chaykin ont conjugué le maximum de leur talent pour nous offrir ces affrontements épiques. Scénarisation et qualité de l’illustration tutoient ici l’excellence du domaine.
Red Sonja la diablesse à l’épée Tome 4 Collectif. Graph Zeppelin 226p.    www.graphzeppelin.com

 


 


Des blogs sur les mythes féminins et l’écologie couchés sur papier

Il nous arrive deux albums intrigants, bien conçus au plan graphique. Et qui ont en commun d’être à l’origine des séries sur les réseaux sociaux. Et qui sont publiés tous deux aux éditions Mâtin, le même nom qui héberge la version web. Le premier de Blanche Sabbah “Mythes & Meufs” revisite de grandes figures féminines de l’Histoire et surtout du conte, mais dont l’auteure considère qu’elles ont été manipulées dans une vision trop masculine et réductrice. Elle a donc pris sur elle de nous les faire redécouvrir. Et pour une relecture c’en est toute une. Blanche-Neige n’est plus tout à fait la même. Les dessins de même que les textes sont désopilants, alors avertissement aux messieurs, ne prenez pas tout au premier degré.

Puis vous avez Maïté Robert qui dans Procrastination écologique se fait chantre d’une responsabilité personnelle en vue de lendemains qui chantent pour la planète. Elle pense à tout l’auteure, même d’inculquer des habitudes bio aux animaux domestiques. Malgré qu’elle soit un tantinet un peu rigide sur les bords, elle génère malgré tout un capital de sympathie. A propos de son obsession pour une planète verte, n’a t-on pas dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions!

 


 


France, le germe naissant du populisme façon autoritaire

Louis-Napoléon Bonaparte sera élu président de la République française puis empereur sous le nom de Napoléon III. Tout cela se passe entre 1848 et 1870. Période où le monarque président va sillonner l’Hexagone pour être à la rencontre du petit peuple. C’est très novateur. Et surtout que ces visites sont savamment orchestrées. Même que des compositeurs dont Charles Gounod composeront pour sa personne des cantates! C’est ce que l’historien Rémi Dalisson raconte avec une érudition qui laisse pantois. Dans Au plus près du peuple et comme sous-titre “Les voyages politiques de Napoléon III” il reprend ces parcours qui font appel aux moyens de communication du temps. Et efficaces si l’on en juge les foules qui l’attendent à chaque étape. On a peine à imaginer ce que cet homme autoritaire, c’est bien le paradoxe, lui qui donne l’illusion de rapprochement, ferait des moyens de communication d’aujourd’hui! L’ouvrage se termine par une bibliographie exhaustive pour qui voudrait explorer plus loin cette période exaltante.
Au plus près du peuple Les voyages politiques de Napoléon III. Rémi Dalisson. Vendémiaire 332p.    www.editions-vendemiaire.com

 


 


Pour un durcissement juridique de la violence faite aux femmes

La guerre aux femmes de l’argentine Rita Laura Segato a été publiée pour la première fois en 2016. La réédition d’aujourd’hui qui compte deux autres chapitres a été révisée aussi sous l’angle de l’écriture inclusive. Depuis que l’ouvrage a été lancé initialement, l’auteure a pu voir comment a évolué le rapport du juridique face aux violences faites aux femmes. Car tout le propos est là, une dénonciation du laxisme des cours de justice face à cette spécificité de la criminalité qui, elle le dit sans ambages, est une lutte contre les femmes en raison simplement du genre. Elle passe en revue différentes procédures pénales un peu partout dans le monde et elle se scandalise du peu de cas de la gravité des gestes posés envers les femmes. Et elle n’y va pas par quatre chemins côté recommandations, dont l’une d’elles est l’envoi en camp de concentration des hommes racisés. C’est une féministe extrémiste quel que peu mais dont beaucoup de questions de fonds qu’elle soulève doivent être entendus par les autorités.
La guerre aux femmes Rita Laura Segato. Payot 332p.     www.payot-rivages.fr
Repères pour illustration:

 


 


Un exposé complet sur les extra-terrestres

Les habitués du petit écran connaissent bien Jean Casault qui au Québec est devenu par la force des choses l’autorité crédible pour ce qui est des extra-terrestres. Par la force des choses oui, car c’est adolescent, plus précisément à l’âge de seize ans, qu’il sera confronté à une première présence et qui ne sera pas la dernière. Dès lors, il consacre sa vie à l’étude du phénomène. Et ça ne s’arrête pas là, même après des milliers de conférences, il pousse encore ses recherches et a prend même la direction d’une collection sur l’ufologie aux éditions Louis Courteau dont voici le tome 1 Cinquante ans d’ufologie profonde. Ça débute par une partie autobiographique où il rappelle comment on inculquait la connaissance dans nos écoles à coups de baguettes et punitions diverses. Quelle façon de faire aimer le savoir. Et à ceux qui doutent de l’existence d’une autre vie cosmique, il répond qu’il faudra des télescopes qui aillent plus loin que le bout de leur nez. Ou comme de traverser une rue et qu’une fois de l’autre côté de prétendre que la Chine n’y est pas. Les passionnés de la chose sont ici comme dans une bonbonnière.
Cinquante ans d’ufologie profonde Jean Casault. Louise Courteau 230p.    www.louisecourteau.com

 








 


Le coin santé physique et psychique

Qui utilise déjà les huiles essentielles vous confirmera assurément l’efficacité de celles-ci, du fait du haut niveau de concentration. Rien de tel que l’eucalyptus ou la menthe, pour dégager poumons et voies nasales. Et que dire du baume bienfaisant de la lavande. C’est tout un monde que connaît Alexandra Diaz (à ne pas confondre avec la chroniqueuse et animatrice québécoise) qui cueille la matière matière et en fait la distillation. Elle nous fait cadeau de son savoir dans une petite plaquette informative Voyages olfactifs au coeur des huiles essentielles aux éditions Louise Courteau. Pour chacune de ces huiles, elle en a sélectionné onze, une fiche signalétique des propriétés qui la concerne.

Le parent parfait n’existe pas, c’est impossible! C’est la conclusion à laquelle est arrivée la consultante parentale Anne-Marie Bosems dans son ouvrage Parents imparfaits et débordés et alors ? aux éditions Mardaga. Et ce n’est pas une théoricienne fumiste car elle parle d’expérience, puisque elle-même a quatre enfants. Le but qu’elle s’est donnée c’est comment interagir aux besoins de l’enfant sans toujours engager ses émotions. C’est toujours l’équilibre entre ce que l’on voudrait que l’enfant fasse, confronté à la personnalité déjà manifeste du petit. Dans le genre c’est vraiment bien, d’autant que la littérature sous cet angle en psychologie n’est pas si abondante que celà.

 

On se rend compte que la connaissance des composantes de l’être humain avance lentement. Maintenant on sait que des gens naissent, qui ne s’acceptent pas dans leur peau et voudront changer de sexe, sujet d’étude méconnu encore hier. De même les femmes ont commencé à se rendre compte que lors de l’acte sexuel, elles n’avaient pas nécessairement envie d’uriner, mais que c’était ce qu’on a appelé, étude aidant, le phénomène des femmes fontaines ou appelé communément le squirt. Mais ça demeure encore une zone d’ombre que nous aide à démêler la psychologue Magalie Guerrier-Benoit avec cette petite plaquette très instructive Je squirte. Elle décrit ce qui se passe physiologiquement dans la vulve alors que s’opère des excitations jusqu’ici inédites. C’est aux éditions de l’Éveil.

Nous n’avons pas de statistiques à vous donner, mais on sait, que les réseaux sociaux ont accentué la détresse, notamment chez les adolescents, la détresse causée par la non acceptation de leur image corporelle. Et ce n’est pas le site Tik Tok qui va freiner cette détestation avec ces jeunes adolescentes à la plastique parfaite qui se trémoussent insolemment devant la caméra. C’est pourquoi l’ouvrage de la psychothérapeute Marie-Michèle Ricard arrive à point nommé. Qui nous livre un essai pertinent De l’insatisfaction à l’acceptation corporelle aux éditions JFD. Elle détaille sur tous nos comportements et nos attitudes face à l’alimentation et au surpoids. Comment on vit trop dans le regard des autres. Elle invite les lecteurs à se montrer indulgent envers soi-même. Nous ne sommes pas nés en somme pour être des canons de beauté à perpète, loin s’en faut.

Alex Cormont cartonne sur le web avec son site Youtube comme coach adulé. Il signe aux éditions Leduc Écris ta légende! Qui s’adresse à la grande majorité des gens qui n’ont aucune confiance en eux et rabroué par un système social trop formaté qui ne laisse aucune place au hors-norme. D’ailleurs il fait bien de mettre en sous-titre “ce que l’école ne t’a jamais appris et ne t’apprendra pas” et où il a tout à fait raison. Il a élaboré pour ce faire une méthode en trois piliers “Qui suis-je ?”, “Où vais-je ?” et “Pourquoi ?”. Et son mérite c’est d’interpeller son lectorat avec des questions coups de poing, celles qui dérangent notre intérieur et nous obligent à un profond examen de confiance.  Et beaucoup de ces interrogations touchent au but de la vie. Que voulons-nous en réalité ? Nos attentes ? L’auteur souhaite surtout que la démarche de vie ne se conclut pas sur des regrets.

Comment interférer avec une personne atteinte d’Alzheimer ou qui se trouve en fin de vie. Fleur-Lise Monastesse a fait de l’accompagnement de personnes vulnérables durant une vingtaine d’années, jusqu’à ce qu’en 2015 où elle va se pencher de plus près auprès de patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Quand ces derniers ne peuvent plus ou presque plus communiquer à l’autre, quelle posture prendre ? C’est toute son expertise qu’elle partage dans son livre Murmurer aux coeurs d’Alzheimer aux éditions du Souffle d’or. Un bouquin pétri d’une profonde humanité. Car qu’est-ce qu’il faut d’altérité pour s’engager auprès de quelqu’un qui ne vous donne aucun renvoi d’ascenseur cognitif ? Et comme hélas l’Alzheimer est en hausse exponentielle, cette livraison est de grande utilité publique.

Aux éditions des Presses de l’Université du Québec une belle exploration du plus grand ordinateur qui soit, nous avons nommé, le cerveau. Dont même les génies de l’intelligence artificielle admettent que les robots, aussi perfectionnés soient-ils, n’atteindront jamais la perfection de cet organe qui loge dans notre boîte crânienne. Ce livre Le cerveau une galaxie dans votre tête en est un de vulgarisation du neurochirurgien et neuro-oncologue David Fortin. De plus, il est professeur titulaire à la Faculté de médecine de l’Université de Sherbrooke où il dirige le laboratoire de recherches sur les tumeurs cérébrales. Il ne pouvait être que mieux placé pour nous servir de guide sur ce merveilleux cerveau, un continent en soi où il reste beaucoup de découvertes à faire. Saviez-vous par exemple qu’il existe des infections du système nerveux central ? Vous ne serez pas au bout de vos surprises et en pâmoison devant la structure de cet organe à nul autre pareil.
Le cerveau une galaxie dans votre tête Dr. David Fortin. Presses de l’Université du Québec 225p.      www.puq.ca

Chez le même éditeur, Le meilleur intérêt de l’enfant victime de violence conjugale un collectif sous la direction de Simon Lapierre et Alexandra Vincent. Malheureusement, l’actualité nous ramène de façon récurrente de véritables histoires d’horreurs de maltraitance envers les petits. On a encore en mémoire le célébrissime cas de la petite fille de Granby. Et un autre du genre rapporté il y a peu. Que faire alors que la DPJ est débordée devant les signalements. On parle de 3000 dossiers en attente de traitement! Puis la soi-disant pandémie a beau vouloir éradiquer le virus, elle a engendré d’autres maux pire encore. Car le confinement a provoqué une accentuation de la problématique. Dans cet essai les auteurs mettent de l’avant les avancées socio-juridiques pour circonscrire le problème et de travailler au bénéfice de l’enfant qui doit être au centre de l’intervention. Vous avez là des exemples non seulement de chez nous, mais glanés ailleurs dans le monde.