- LIVRES NOVEMBRE 2020 -
 
 

 


Véronique Emmanuelle Bovard avait deux atouts dans son jeu, s’assurant de faire une réussite de son premier roman jeunesse L’univers fantastique d’Emma. D’abord tout comme le personnage central de cette fillette de dix ans, elle est passionnée par la nature. En effet, dans sa prime jeunesse en France elle a vécu en milieu rural, aimant d’office la nature et les animaux. Ensuite elle est enseignante au niveau du primaire et sait ce qui intéressera un jeune auditoire. Elle a donc concocté cette historiette où “l’héroïne” entourée de ses amis, vivra des aventures multiples qui vont occuper leurs journées.

L’univers fantastique d’Emma Véronique Emmanuelle Bovard. Essor livres 156p.   www.leseditionsdelapotheose.com

 

 

 


Deux titres captivants aux éditions des Syrtes

Les éditions des Syrtes qui se sont fait une niche dans la traduction d’ouvrages russophones ou se rapportant à la Russie, nous gratifient de deux titres qui valent qu’on s’y arrêtent. Irina Emélianova débarque avec ses Légendes de la rue Potapov. C’est un livre de souvenirs. L’auteure que l’on voit en couverture avec Boris Pasternak sur un cliché de 1959 connaissait bien ce dernier, et pour cause puisque sa mère a été le dernier grand amour du signataire du Docteur Jivago et l’inspiration du roman. Et puis il y a eu d’autres pointures de la littérature russe qui se sont amenés à l’appartement de cette rue Potapov située à Moscou. Comme elle a été très près de Pasternak il y a toujours le risque de voir une statue déboulonnée à la fréquentation des grands hommes. Et pourtant les valeurs de l’écrivain sont intactes et d’un commerce digne d’admiration.  En même temps c’est un portrait du vécu des gens de lettres à cette époque toujours sous la férule du pouvoir soviétique.

Autre climat avec Les Petrov, la grippe, etc. de Alexeï Salnikov. Ce dernier est un phare de la littérature russe contemporaine qui accumule les distinctions. Comme il est beaucoup question de pandémie, de virus etc, vous aurez une interpellation avec ce roman où la grippe joue un rôle, bien arrosée d’alcool. Nous faisons connaissance avec la famille Petrov, lui un mécanicien qui n’a pas trouvé à s’épanouir dans son rêve d’être bédéiste. Puis il y a son ex Petrova dont le déséquilibre inquiète un peu. Elle et son fils sont happés par la grippe. Le géniteur est comme un vieux matou qui traîne avec les potes surtout s’il y a de quoi boire. C’est une véritable comédie dramatique à laquelle nous assistons. On dit qu’il est difficile de faire avec l’ordinaire de la vie. C’est bien le cas dans cette famille déjantée mais qui ressemble à tant d’autres familles russes. Ces pages ont énormément d’âme. On se prend d’affection pour ces Petrov qui se battent pour survivre. Et cette maudite grippe…

 

 

 


Quand le mot transition fait hurler les authentiques défenseurs de la nature

Désobéissance Écolo Paris est un collectif à qui on doit des grèves scolaires dans la capitale française. Un mouvement qui en a marre d’entendre les voeux pieux de nos gouvernants encore à la merci du marché capitaliste. Et surtout une expression qu’ils ne sont plus capables de piffer c’est “transition écologique” qui a des odeurs de procrastination. On en a marre et on en appelle à une rupture radicale avec les pratiques actuelles. Si vous voulez en connaître davantage sur eux, voici que l’on publie en quelque sorte leur manifeste Écologie sans transition. Un appel à agir plutôt que de souhaiter…

Écologie sans transition Désobéissance écolo Paris.  Éditions Divergences 194p.   

 

 

 


Onirisme polynésien

Moetia Robertson a eu beau s’exiler à New York pour vivre son rêve américain ça n’a pas pris de temps qu’il a pris le chemin de retour dans sa Polynésie natale dans laquelle il s’est investi politiquement. Mais ce qui nous intéresse davantage, c’est le passeur, celui d’une tradition orale qu’il transcrit sur papier, celle de créer des personnages qui l’emprunte à des mythologies locales en même temps que bien campés dans la réalité. Comme ce Moana, la figure de proue de Le Roi absent. Un être qui aura eu le malheur de perdre sa mère à peine après avoir été mis au monde et dont le père mourra noyé. C’est sa famille paternelle qui prendra le relais et qui lui assurera une enfance assez heureuse. Il ira vivre ensuite à Paris où il ne fera pas l’économie de certaines trivialités. Déjà il avait un problème identitaire avec un choix de trois prénoms le concernant dépendant de qui s’adressait à lui. Il aura à se forger une personnalité  propre. Parfois il aura il pétera des coches comme en toute fin de cette histoire. Si nous recommandons fortement ce roman fort, c’est que vous aurez l’occasion de vous colleter avec la culture polynésienne. Ils sont trop rares les histoires forgées sur cette culture que c’en est une aubaine. A la fin vous avez en prime un petit glossaire de mots du pays. On vous l’avait dit, Brotherson est un passeur.

Le Roi absent Moetai Brotherson. Au vent des îles 440p.    www.auventdesiles.pf

 

 

 


Actes du septième colloque des français d’ici

 C,est un rituel qui a débuté en 2006 et qui se perpétue à savoir ces colloques sur les français d’ici ou de doctes spécialistes de la langue de Molière sont appelés à explorer toutes les facettes du parler français en Amérique. La septième édition s’est tenue en juin 2018 à l’Université Concordia. Et nous avons des actes de cette manifestation rassemblés dans Les français d’ici en perspective avec des contributions de Davy Bigot, Denis Liakin, Robert A. Papen, Adel Jebali et Mireille Tremblay. A souligner en majeur, une étude du travail de Mme Jean-Louis Audet qui a tenu pendant des décennies une célèbre école de diction qui a formé les plus grands comédiens québécois. Il était temps de lui rendre les honneurs. Outre le français dont elle était une ardente défenderesse, elle avait appris l’espagnol et l’allemand en autodidacte. Un phénomène. On a en fin de chapitre une petite bibliographie pour explorer davantage l’apport de cette femme remarquable et hélas un peu oubliée.

Les français d’ici en perspective. Collectif. Les Presses de l’Université  Laval 194p.    www.pulaval.com

 

 

 


La joueuse aux 23 titres du Grand Chelem

Serena Williams est une phénomène du tennis, seule de sa catégorie à avoir arraché 23 titres au Grand Chelem, toutes femmes et hommes confondus. Il lui fallait bien une sorte de célébration livresque.  La voici signée Mark Hodgkinson. C’est un ouvrage inclassable qui se situe entre une biographie et une encyclopédie de sa personne, avec des analyses techniques de son jeu. On trouve une entrevue d’elle ainsi que des gens de son entourage. Intitulé simplement Serena il comblera d’aise les fans de cette sportive de haute volée. Et l’éditeur n’a pas lésiné sur la présentation graphique, alimentant l’ouvrage de superbes photos la représentant dans l’accomplissement de ce qui est quasiment un art.

Serena Mark Hodgkinson. Marabout 240p.    www.marabout.com

 

 

 


Sur une jeunesse post-soixante-huitarde

En parcourant La nuit du 5-7 de Jean-Pierre Montal on ne peut s’empêcher de penser à la chanson de Charles Aznavour “Sa jeunesse”. Quoique dans cette chanson il y avait beaucoup d’espoir incarnée par cette génération. Tandis que dans ces pages, nous avons à faire face à des jeunes désoeuvrés et sans trop d’horizon. Le titre est emprunté du nom de ce dancing de l’Isère qui a fait tristement l’actualité à l’occasion d’un terrible incendie qui a causé la mort de 146 spectateurs qui avaient presque tous moins de vingt ans. C’était le 1er novembre 1970. Un peu comme pour le Titanic, on raconte que les musiciens, ici rock, ont joué jusqu’à la fin. L’événement passe ici au second plan. Ce que l’auteur met de l’avant c’est l’état d’esprit des jeunes à cette époque. Que dira t-il de ceux de cette génération. On attendra son analyse de la jeunesse sacrifiée de la pandémie.

La nuit du 5-7 Jean-Pierre Montal. Séguier 252p.    www.editions-seguier.fr

 

 

 


Une introspection de la complexité sexuelle des femmes

Lisa Taddeo a entrepris une démarche assez singulière, à savoir qu’est-ce qui se passe véritablement dans la tête des femmes en matière de sexualité ? Et qu’arrive t’il quand elles transgressent le formatage social. Elle débute son livre documentaire Trois femmes par le souvenir de sa propre mère qui durant des mois était suivi par un homme qui n’hésitait pas à extirper son membre viril de sa braguette et se masturber. Au début cela l’inquiétait et après coup l’amusa! L’auteure a contacté trois femmes, trois genres différents, qui se sont prêtées à l’exercice de se raconter sans ambages. La première est une reine au foyer, conjointe d’un mari ennuyeux et qui va s’envoyer en l’air avec un amour de jeunesse. La seconde une entrepreneure vivant une union libre, voit les limites qui s’imposent tout de même à trop de libertinage. La troisième, un cas classique, est une étudiante qui entreprend une liaison avec son prof. Trois cas d’espèces dont les expériences valent le détour. La femme paierait-elle le prix d’une trop grande liberté même en notre temps de soi-disant liberté ?

Trois femmes Lisa Taddeo. JC Lattès 409p.     www.editions-jclattes.fr

 

 

 


Une version inédite de Suite française

Irène Némirovsky est morte trop tôt à 39 ans, des suites du typhus, quelques semaines à peine après son arrivée au camp d’Auschwitz. Elle qui était déjà promise à un avenir brillant, réussissant le rare exploit comme avec Colette, de pouvoir vivre de sa plume. Avec un mari compréhensif qui l’a soutenu jusqu’au bout. Elle nous aura laissé un chef-d’oeuvre Suite française inachevé et dont aura pu prendre connaissance grâce à la préservation de sa fille Denise. Qui raconte de l’intérieur la débâcle de la France devant les forces de la Wermacht. Il y avait cependant une deuxième version qui a été étudiée de près par L’Institut Mémoires de l’édition contemporaine. Présenté par Olivier Philipponat et Teresa Lussone nous avons droit à cette deuxième ébauche inédite. Rappelons que ce livre a été le premier à recevoir à titre posthume le Prix Renaudot.  Et on comprendra, tant le procédé narratif est marqué par la beauté et la simplicité du style.

Suite française Irène Némirovsky. Denoël 599p.     www.denoel.fr

 

 

 


Un photographe qui capte les colères de Zeus

C’est ainsi que l’on qualifie en quatrième de couverture de l’album Chasseur d’orages le travail de Dean Gill qui se passionne depuis plus de trente ans pour les orages et les tornades qu’il prend plaisir à capter dans sa lentille. Cet émerveillement vient de l’enfance. Ainsi on ne se surprendra pas qu’il soit devenu météorologue. Dans ce grand livre, il nous montre ses plus belles captures. Des images spectaculaires qui en disent long sur le déchaînement des éléments. Il y a d’abord le grondement qui effraie, mais les instantanés qui sont saisissants. En plus, il complète avec des textes instructifs du pourquoi et du comment de telles manifestations. L’éditeur n’a pas lésiné un seul instant pour offrir un bel écrin graphique à ce travail de maître.

Chasseur d’orages Dean Gill. Salamandre.   www.salamandre.org

 

 

 


La pédagogie en plein air

Si dame nature le permet, avec ces classes mal ventilées qui deviennent des lieux d’éclosion pandémiques, vaut mieux aller prendre son bol d’air et de connaissances à l’extérieur. Deux enseignantes au primaire et une travailleuse sociale Sarah Wauquiez, Martina Henzi et Nathalie Barras sous le patronage de la Fondation Silviva, ont concocté pas moins de deux cent activités de plein air pour enseigner le français, les mathématiques et les arts. C’est une méthodologie en conformité avec les programmes scolaires établis en Suisse et en France. Mais que le Québec pourrait tout aussi bien s’inspirer alors que l’on vient de révéler que 50% des classes scolaires sont insalubres côté ventilation. Les pédagogues ont réussi à combiner transmission des connaissances et contexte ludique. Le résultat est étonnant. Avis aux blasés de l’éducation, il y a encore à faire. En voici la preuve. Il ne faut jamais baisser les bras.

L’école à ciel ouvert Collectif Salamandre 301p.    www.salamandre.org

 

 

 


Deux frères migrants en mode survie

Le phénomène des migrants a donné naissance à toute une littérature et ce, depuis bien longtemps. Mais le flot de réfugiés grandissant, beaucoup d’écrivains s’en inspirent pour leurs histoires. Comme ce tchèque Marek Sindelka “La fatigue du matériau”. On croirait à un traité sur la résistance des matériaux comme on en enseigne dans les écoles techniques. Non, ce qui est ici le matériau en question, c’est le corps humain mis à mal en raison de toutes les épreuves auxquelles sont soumis ceux qui fuient leur pays en guerre ou pour tout autre motif. Comme ces deux frères du roman qui chacun de leur côté vont quitter leur contrée pour migrer ailleurs et vouloir se retrouver. Donc nous avons droit à deux aventures en une. L’écrivain a très bien saisi la réalité de ceux qui ont fait ce choix, poussés dans leurs extrémités. Un texte poignant et c’est un euphémisme.

La fatigue du matériau Marek Sindelka. Éditions des Syrtes 223p.     www.editions-syrtes.com

 

 

 


L’archétype d’une vie de roman

Si vous avez envie d’une lecture qui risque de vous marquer pour longtemps, alors nous recommandons sans hésitation la biographie de Julia Danzas (1879-1942). Elle ne pouvait mieux dire lorsqu’elle qualifia son existence “d’extraordinairement mouvementée”. Pensez donc, celle qui avait été une nièce du témoin du duel de Pouchkine, sera tout à tour demoiselle d’honneur de la dernière impératrice de Russie, Alexandra, sous-officier (sic) d’un escadron de Cosaques, bibliothécaire et moniale catholique à Petrograd, et ce en pleine révolution. Par après on la vit collaboratrice de Maxime Gorki, puis mise en arrestation et condamnée à dix ans de camp mais libérée grâce à l’influence du grand écrivain et de sa femme,  rachetée par son frère pour être évacuée en France, ensuite tertiaire dominicaine et tête pensante d’une revue “Russie et chrétienté”. En 1939 elle ira vivre à Rome où elle s’éteindra. Michel Niqueux, professeur émérite de l’Université de Caen-Normandie dépeint cette vie hors-norme.  Il nous livre des extraits du témoignage de cette dame rendu dans un livre publié en 1935 “Bagne rouge” où il y a des passages glaçants sur le sort des hommes mais surtout des femmes dans l’univers concentrationnaire des goulags. Effrayant. Qui vous fera apprécier votre petite vie quotidienne. C’est l’ouvrage marquant de la saison.

Julia Danzas De la cour impériale au bagne rouge. Éditions des Syrtes 383p.    www.editions-syrtes.com

 

 

 


De la difficulté de la scolarisation des amérindiens en Nouvelle-France

Quand elles débarquèrent en Nouvelle-France, les premières communautés religieuses arrivaient inspirées par l’assimilation des indigènes du Nouveau monde par les colonisateurs espagnols. Mais il en fut tout autre avec nos premières nations québécoises. Au point que les Jésuites, prônent plutôt de favoriser les cultures locales, tandis que les Récollets et les Sulpiciens tenaient mordicus à “civiliser” les sauvages qui avaient pourtant une riche tradition orale et millénaire. Ce fut grosso modo un échec. Du moins c’est la conclusion à laquelle en arrivent les historiens. Un de ceux-ci par contre Paul-André Dubois professeur titulaire au Département des Sciences historiques de l’Université Laval se montre plus nuancé. Et à force de fouiller a déniché des exemples de réussite scolaire. Cela donne Lire et écrire chez les Amérindiens de Nouvelle-France, véritable travail d’érudition. Il lui aura fallu fouiller à plusieurs sources pour faire avancer la connaissance en la matière. Il est intéressant de voir dans ces chapitres les défis qui attendaient ces premiers enseignants. Et fait amusant, il fut un temps où ce sont ces derniers qui se firent élèves à leur tour pour apprendre les langues locales!

Lire et écrire chez les Amérindiens de Nouvelle-France Paul-André Dubois. Les Presses de l’Université Laval 700p.     www.pulaval.com

 

 

 


A quoi joue la Turquie ?

La Turquie semble nostalgique de son empire ottoman de jadis et tente de grignoter des parts de l’échiquier mondial. Un qui connaît bien la République est Jean-François Colosimo qui a d’ailleurs consacré à ce pays un documentaire remarqué sur Arte Turquie, nation impossible. Il persiste et signe avec Le sabre et le turban, jusqu’où ira la Turquie ? Il passe en revue les divers soubresauts politiques qui ont agité la nation depuis cent ans. On voit les aveuglements des autres pays tout comme la naïveté d’autres. Recep Tayyip Erdogan se moque du qu’en dira t'on et poursuit sur sa lancée. Ceux qui s’intéressent à la géopolitique ont de quoi ici se sustenter. C’est la meilleure radiographie de la situation actuelle, lui l’essayiste, qui tout comme nous tentons de comprendre à quoi rime la diplomatie turque et ses alliances inquiétantes.

Le sabre et le turban, jusqu’où ira la Turquie ? Jean=François Colosimo. Cerf 210p.     www.editionsducerf.fr

 

 

 


Une femme médecin en attente de la clientèle de sa commune

Il est dit que Marc Trillard est curieux de la survivance de superstitions dans le monde contemporains. On pourrait ajouter d’us et coutumes. C’est ainsi que pour son roman Fantaisie villageoise il a campé comme théâtre une commune de France où le médecin de l’endroit est passé de vie à trépas. L’Agence régionale de santé a finalement trouvé une remplaçante pour ce canton de Theyllise. Elle débarque donc avec la foi du charbonnier prête à être une digne disciple d’Esculape. Mais c’est sans compter les habitudes du coin. Elle s’aperçoit avec dépit qu’on ne se bouscule pas au portillon de son cabinet. Elle va donc se mettre en quête de comprendre ce qui anime les autochtones. Et tout comme les individus, les contrées ont des secrets cachés. L’auteur a très bien saisi la mentalité de village et la traduit admirablement. La France profonde dans toute sa véracité.

Fantaisie villageoise Marc Trillard. Le mot et le reste 139p.  

 

 

 


Trois opus chez Sauvage la collection qui incite à la curiosité

Est-ce un défaut ou une qualité, toujours est-il que les petits titres de la collection Sauvage de l’éditrice Annika Parance ne livrent aucun indice de ce qui se trouve à l’intérieur des pages, sinon une minime notice en quatrième de couverture qui n’en dit pas davantage et absence de jaquette de couverture dont le graphisme pourrait nous mettre sur une piste. C’est donc un pari qui attend le lecteur. Et l’audace sourit aux audacieux, on connaît l’adage. De sorte que celui ou celle qui s’aventure à se procurer ces petites plaquettes a l’assurance de se trouver devant de la qualité. Comme quoi ce sont dans les petits pots que l’on trouve les meilleurs onguents si on peut emprunter aussi ce vieil adage. Trois opus paraissent A la foire de Maud Chayer, Au pavillon de la même auteure et Présents composés de Juan Joseph Ollu.  Le premier assez désopilant narre la visite qu’entreprend un homme dans une foire agricole, venu sur l’instance de madame son épouse et des filles. Scène comique où le paternel enjoint son petit monde de s’enduire les mains de Purell avant de toucher aux petits cochons! Vous voyez le genre. Pour le second ouvrage dame Chayer nous conduit encore en milieu familial de banlieue, où le train-train quotidien se verra chamboulé par de l’inattendu, que l’on ne vous dévoilera pas ici, de crainte de gâcher votre plaisir. On remarquera dans les deux cas, un dénominateur commun à savoir un réalisme saisissant. On attend de cette écrivaine le gros pavé qui nous fera crouler de rire de bout en bout. Puis chez Ollu on entre dans l’existentiel de la personne qui ne se sent jamais à la bonne place, s’imaginant ailleurs où elle se trouve, et se demandant après coup si toutes ses indécisions ne viennent du fait d’un rapport en dents de scie avec son paternel comme dans cette nouvelle L’indécis. Beaucoup se sentiront interpellés par ces questionnements, ces situations à qui on réclame du sens.

 

 



 


Le coin de la BD

Les générations passent mais les truands fascinent toujours. A preuve un des plus violents criminels que le Québec ait connu dans ses annales, Richard Blass qui a droit aux honneurs de la bande dessinée. En effet, sur un scénario de Michel Viau et des dessins de Jocelyn Bonnier avec la collaboration du journaliste Bernard Tétrault on retrace l’épopée de ce gars qui fut un pote de Jacques Mesrine et qui a eu le culot de vouloir défier la mafia italienne à Montréal. Et pour ce faire, son gang était constitué de francophones. Comme toujours dans ce monde qui vit à cent mille à l’heure, on ne touche jamais sa pension de vieillesse. Il finira sous les balles de la police. Mais cela fait des vies trépidantes sur du temps emprunté. Le scénariste avait un matériau de choix. Comme il est édité chez Glénat, l’album aura des chances de faire connaître ce gangster Outre-Atlantique. Blass le chat sur un toit brûlant une bd avec de l’action à la pelle.

Du même éditeur Didier Convard et Denis Falque se sont donné pour mission de nous faire connaître la grande histoire de la Franc-maçonnerie dont la seule mention véhicule son lot de mystères. Un fabuleux cours d’histoires qui se poursuivra sur un autre tome. On voit la genèse de cette organisation fort dérangeante pour le catholicisme de l’époque, avec un aéropage de libres-penseurs. En même temps un sacré réseautage qui permettait à ses membres de jouir de postes enviables. Un cours plus intéressant en tout cas, que ce qu’on peut vous enseigner sur les bancs d’école.

Chez Grasset c’est Fido Nesti qui a adapté une pointure de la littérature contemporaine le 1984 de George Orwell qui tombe à point nommé alors que le Big Brother qu’anticipait l’écrivain est devenu une sordide réalité avec la pandémie du Coronavirus-19 et ces gouvernements qui s’arrogent tous les pouvoirs. Vous allez être sidérés de constater comment Orwell a posé en visionnaire. Et qui nous montre tel qu’on le constate, que la démocratie repose sur un socle très fragile. Le bédéiste a réalisé un travail magistral où il recrée le climat décrit dans ce classique d’une civilisation soumise à une entité qui contrôle vos moindres faits et gestes.

 

 

 


Arts martiaux, rendre des coups mais aussi savoir penser

Deux titres chez Budo, l’éditeur des arts martiaux qui ont en commun que leurs auteurs n’ont pas su que donner des coups mais qu’il y a place aussi pour la réflexion, l’un célébrissime mais hélas disparu, nous avons nommé Bruce Lee et Rory Miller qui forme des gardiens de prison. Le premier va passablement vous étonner. Dans son livre La fureur de vivre le vertigineux maître de toutes les pirouettes du combat se montre un remarquable penseur. Si votre vision du gars s’arrête aux spectaculaires chorégraphies de batailles sur grand écran, c’est que vous ne connaissiez rien du type dont on pourra lire des poèmes, de la philosophie, pour laquelle il était d’ailleurs diplômé. C’est un être complet qui partage son point de vue à visage découvert. Il y a beaucoup de textes, donc c’est quelqu’un qui privilégiait aussi l’écriture. Il n’avait pas volé son titre de maître.

Pour sa part Miller fait une profonde introspection touchant à la violence qui est exponentielle dans le monde et peut-être encore davantage en ces temps de pandémie alors que les esprits s’échauffent. Cela donne Méditations sur la violence. Il y a deux livres en un en somme, l’un qui explore les manifestations de la violence et comment elle s’interprète chez l’humain, l’autre comment la violence s’exprime à travers les arts martiaux. Donc deux lectures qui se complètent et qui évitent à l’intéressé par les arts martiaux d’y voir qu’une histoire d’homme fort. Pour ces deux praticiens, force physique assurément, mais aussi force mentale.

 

 

 


Sagesse, trois têtes valet mieux qu’une

Imaginez un moine, un philosophe et un psychiatre qui croient en leur âme et conscience avoir atteints un certain niveau de sagesse et qui décident ensemble de concevoir un dictionnaire touchant à la sagesse. Cela donne Abécédaire de la sagesse signé par MM. Mathieu Ricard, Alexandre Jollien et Christophe André. Le choix des mots définis est bien sûr arbitraire, un exercice de style. Mais en feuilletant ces pages produites par un triumvirat d’intellect tout de même, on apprend une foule de choses. Ainsi au mot étiquettes, on cite Maître Eckhart qui affirmait que s’il se réduisait à une étiquette, plus il augmentait son niveau de souffrance. Suivi de postures psychologiques à prendre pour ne pas connaître pareil état d’âme. C’est un bouquin qu’on gardera auprès de soi pour y référer constamment.

Abécédaire de la sagesse Mathieu Ricard, Alexandre Jollien et Christophe André. L’Iconoclaste  Allary Éditions 338p.   www.editions-iconoclaste.fr

 

 



 


Le coin santé physique et psychique

Avant d’en arriver au sujet du livre Spermageddon chez l’éditeur Hugo, qui fait état de la semence masculine dont la force décline, il faut vous raconter une anecdote en lien avec cet ouvrage. Un de nos rédacteurs répondait à une annonce de la clinique de fertilité d’un hôpital montréalais qui achetait du sperme pour alimenter sa banque de réserve pour les futurs cas d’infertilité. Notre collègue se rend donc et rend « la marchandise » à la technicienne qui le fait patienter le temps d’un test de validité. Hélas, son sperme ne répondait pas aux critères, les spermatozoïdes ne présentant pas suffisamment de résistance. Et lui qui rêvait disait-il en blaguant, de pouvoir se payer une maison avec ses seules sortes de contributions! Et c’est le thème de cet essai du norvégien Niels Christian Geelmuyden journaliste sociétal qui sonne l’alarme à l’effet que la fertilité masculine est en chute libre. Diverses raisons expliquent cet état de fait qu’il détaille. On parle du Coke Diète qui inséré dans le vagin qui pourrait être un destructeur de gamètes, tout comme l’alcool pourrait jouer un rôle dans le déclin de la noble matière. Qui intéressera au premier chef tout ceux que la fertilité taraude. L’ouvrage abonde en données les plus récentes.

 

La chanteuse Jeanne Mas qui a été assez discrète ces dernières années n’en a pas moins été inactive pour autant. Au contraire, elle s’est sentie remuée par tout ce qui touche à la vie après la vie ou les vies antérieures. Elle a beaucoup lu sur les sujets et mené de même des consultations. Le fruit de ses réflexions vous l’avez consigné dans L’Éveil. Elle se voit un jour siéger auprès des Grands Maîtres Ascensionnés....En tout cas que l’on partage ses vues ou pas, pour elle cela semble l’avoir apaisée pour ce qui est de son passage terrestre. C’est chez aux éditions Michel Lafon.

Chez le même éditeur un sujet on ne peut plus d’actualité le Covid-19. C’est un explorateur en carrière qui a senti qu’il avait un mot à dire à ce propos et il le livre dans Covid et après ? Et le sous-titre choisi est en phase avec son métier puisqu’il écrit “Notre nouvelle terre inconnue”. Dès les premières lignes il donne le ton en disant qu’une crise en cache une autre et que cette pandémie agit surtout comme un révélateur. Déjà vous voyez cela donne de la perspective. Et ça permet de voir la forêt au lieu d’avoir le nez collé sur l’arbre. Ensuite il rappelle que c’est la première épidémie de l’ère 2.0 et que justement nous étouffons sous une tonne d’informations. Et on ne parle pas des fameuses “fake news” qui ont pris le devant de la scène. Il passe en revue toutes les implications que cela engendre comme la dualité entre les mesures sécuritaires et le principe de liberté individuelle. Il n’a pas la solution mais apporte des pistes à considérer. C’est le premier ouvrage du genre qui prend de la distance face à ce que nous vivons. Nous recommandons fortement sa lecture, surtout pour ceux et celles qui sont tourmentés par ce qui se passe présentement.

 

 

 


Des souvenirs épars de Philippe Labro

Philippe Labro est un touche à tout qui réussit à peu près tout, et même ses souvenirs. Il nous livre J’irais nager dans plus de rivières qui n’est pas à proprement parler une autobiographie mais un recueil de souvenirs. Et comme il vit intensément comme toujours, il aurait pu ajouter Tome 1 car des aventures journalistiques et autres, il en a à la pelle. Celles qu’ils nous offrent valent le détour. Il pimente son propos par sa sélection d’aphorismes de gens célèbres et les appliquent à des réalités concrètes de son existence. Comme cette évocation du regretté chef suicidaire Bernard Loiseau ou comme sa rencontre à Buenos Aires avec l’Abbé Pierre survivant d’un naufrage. Labro est un merveilleux conteur ce qui est la condition sine qua non pour réussir cet exercice de style. C’est nostalgique à souhait. On se plait à se demander, concernant le contexte actuel pandémique, si on ne vivait pas davantage à ces époques.

J’irais nager dans plus de rivières  Philippe Labro. Gallimard 297p.

 

 

 


Pourquoi on s’absente tant dans le corps enseignant au Québec

Il a raison Philippe Labbé de titrer l’enquête qu’il dirige d’épidémie d’absentéisme chez les enseignants au Québec, un fait avéré depuis des lustres et qui s’est accentué avec le phénomène de l’enfant roi qui rend la discipline à peu près impossible, d’autant que les parents se rangent non pas, comme autrefois, du côté de l’autorité professorale, mais de leurs enfants dont ils pensent à juste titre avoir engendré des merveilles. Ensuite ces pauvres profs laissés à eux-mêmes n’ont souvent pas le soutien de la direction qui fait preuve de plus d’une petite lâcheté. C’est une enquête sur le terrain où d’une part on a récolté des témoignages d’instituteurs suivi d’un répertoire de tous les problèmes que l’on rencontre sur le terrain. C’est une étude qui a le mérite de la clarté la plus totale. Vous avez la véritable radiographie de l’enfer que vivent nos profs dans la Belle Province. Qui intéressera au premier chef ceux qui se passionnent pour l’éducation et qui dissuadera ceux qui regardent du côté de l’enseignement comme future profession.

L’épidémie des congés maladie chez les enseignants du Québec Enquête sous la direction de Stéphane Labbé. Fides coll. L’épreuve des faits. 205p.      www.groupefides.com

 

 

 


Durante, l’argent et les couleurs locales

Pas besoin de demander à Daniel Castillo Durante s’il aime les voyages, aller simplement lire son recueil de nouvelles Tango où chaque chapitre nous transporte du canal de Panama à Lisbonne en passant par le Mexique et ailleurs. Il y a un  thème qui revient comme une trame c’est le rapport aux biens terrestres et de l’inconfort d’être là où nous nous trouvons. Il y a énormément de déplacements dans ces pages. Mais ce qu’on retient c’est que l’écrivain s’en donne à coeur joie en jouant avec les couleurs locales comme d’un peintre avec sa palette. Beaucoup d’exotisme au menu. On adore ces beaux dépaysements.

Tango Daniel Castillo Durante. L’Interligne 117p.    www.interligne.ca

 

 

 


Sur 27 chansons cultes du Québec

Laurent Lavigne en historiographe de la chanson au Québec a établi une sélection de 27 chansons qui ont marqué le Québec. Pourquoi vingt-sept plutôt que trente ou cinquante ? C’est un choix éditorial arbitraire va sans dire. Mais il faut dire que ses choix tombent sous le sens, car on retrouve effectivement des airs cultes. Il a accompli un sacré travail de recherchiste pour nous combler d’anecdotes. Tenez par exemple le Si j’étais un homme de Diane Tell, sa chanson fétiche, on apprend qu’elle n’a pas eu un fabuleux accueil de la part des instances du milieu musical et que c’est le public qui lui a accordé son adhésion. Vous en apprendrez énormément sur ces titres que l’on fredonne encore aujourd’hui. Pour l’âme à la tendresse de Pauline Julien, il souligne avec pertinence que c’est une rare fois que la chanteuse se fait étrangement plus douce, elle si passionaria avec ces autres chansons. On sort de cette lecture plus intelligent que l’on est entré.

27 chansons qui ont marqué le Québec Laurent Lavigne. Les heures bleues.  www.heuresbleues.com

 

 

 


Retour sur le juge condamné pour meutre Jacques Delisle

On n’a pas oublié dans les annales judiciaires de la condamnation pour meurtre prémédité de l’ex juge à la Cour d’appel Jacques Delisle. Aujourd’hui il a 82 ans et a référé une demande au Groupe de révision des causes criminelles pour que l’on revoie son procès. On se souvient qu’il a été accusé du meurtre de sa femme. A la télévision on se rappellera de l’arrogance qu’il affichait dans les corridors du tribunal, apostrophant avec superbe les journalistes affectés à cette cause hautement médiatisée. Un juge accusé de meurtre ça ne se voit pas tous les jours.  Gabriel Fontaine revient sur cette affaire dans Juge Delisle assassin qui reprend le parcours de cet homme de loi et comment en est-il arrivé là. Il use de la forme romancée dans certains passages mais inspirée des faits réels. Donc, des dialogues plausibles. Les amateurs d’affaires judiciaires seront comme dans un plat de bonbons, rien de moins.

Juge Delisle assassin. Gabriel Fontaine. Les éditions de l’Apothéose 471p.    www.leseditionsdelapotheose.com 

 

 

 


Deux ouvrages qui valent le détour chez Heures bleues

Heures bleues est une maison d’édition québécoise qui est entrain de se tailler une place enviable chez nous par la qualité de ce qui figure à son catalogue. Et nous en avons une preuve manifeste avec les deux derniers titres qui paraissent dans la collection « Hors chemins ». Le premier, est-ce un récit ou un roman, aucune indication, mais on pourrait le ranger dans la catégorie des cas vécu puisqu’il aborde la thématique de la violence conjugale. C’est Sous le coup les coups écrit à quatre mains par Édith Lanoir et Serge Provencher. Le cas classique d’une femme en perte d’estime de soi, fort belle au demeurant (elle sera même mannequin) et qui va connaître une descente aux enfers à la suite de la violence qu’elle subira de la main de l’homme que pourtant hier elle adulait. Si cette lecture est incontournable c’est que la conscientisation du problème passe entre autres par le véhicule de la littérature. Les auteur(e)s traduisent bien par quels états d’âme passent les victimes. Ici, la protagoniste puise sa force dans la protection de ses enfants.

Le second ouvrage Épreuves terminales de Martin Gagnon est bien identifié comme roman. Elle doit certainement être une accro de 1984 de George Orwell dans lequel une organisation contrôle tout de ses subordonnés. Ici c’est également une fiction où le ministère du Rendement procède à une expérience pénitentiaire particulière où notamment le sevrage aux télécoms est une épreuve en soi et où les prisonniers doivent leur survie à la note attribuée par leurs geôliers. Comme on le voit ces temps-ci dans le monde où la démocratie est rendue bien fragile, cette anticipation tombe à point nommée.

 

 

 


La fille de Félix Leclerc et son rapport à sa mère

Si de croire que d’être la fille du grand barde Félix Leclerc, assure un monde tout de rose vêtue, détrompez-vous. L’ordinaire de l’existence vous rattrape qui que vous soyez. Et  Nathalie Leclerc dans le deuxième tome de ses souvenirs nous ouvre toutes grandes les portes de sa réalité. Le cri de ma mère est la relation difficile entretenue avec sa mère Gaëtane Morin. Car Nathalie fut d’abord une déception. Ça commence bien un départ dans la vie,  sa mère en effet, souhaitant un garçon et ne se gênera pas de le manifester.  La fille s’établira en France et ce sont des pages intéressantes à lire sur les relations qu’elle a noué là bas. Son retour à l’île d’Orléans  sera le point de départ du rétablissement entre mère et fille. Cet ouvrage s’inscrit dans une mouvance où des filles parlent de leur lien avec la figure de la mère. On le voit ailleurs avec la comédienne et cinéaste Paule Baillargeon qui révèle les rapports toxiques avec la sienne où aucun rapprochement n’a été possible.

Le cri de ma mère Nathalie Leclerc. Leméac 161p.  

 

 

 


Variations sur le contact avec la nature

L’ontarien Andrew Forbes se fend d’un recueil de nouvelles Terres et forêts qui tombe bien au moment où semi-confinement pandémique oblige certains songent à demeurer en milieu campagnard loin des bruits de la ville. Amusant, alors qu’en ville, on voit de plus en plus des animaux se rapprochant des milieux urbains en quête de nourriture facile. La nature a des attraits à nulle autre pareil. Et c’est ce que le nouvelliste traduit bien dans ces pages à travers les histoires des uns et des autres, qui pour divers motifs entretiennent un rapport avec ce qui est vert. Comme son personnage qui veut devenir agent de la faune au même titre que son défunt paternel, disparu hélas trop tôt. Des textes denses où il réussit magnifiquement ses variations sur le thème choisi. Il nous donne le goût de quitter la ville au plus vite.

Terres et forêts Andrew Forbes. Les éditions de ta mère 282p.    www.tamere.org

 

 

 


Dans les arcanes de la vie pas toujours en rose

Si vous n’êtes pas du mileu gay, difficile de vous imaginer à quelle enseigne c’est le milieu d’une grande cruauté, où on consomme plus les corps qu’on les aiment. Pierre-André Doucet en livre une illustration avec Des dicks pics sous les étoiles où on voit défiler des amours éphémères. Il nous invite à voir vivre Marc qui, comme tous ceux de sa génération passe trop de temps sur les réseaux sociaux. A chercher quoi ? En quatrième de couverture, on décrit le constat d’une vie à la dérive. C’est bien de cela dont il s’agit.  Charles Aznavour dans sa chanson “Comme ils disent” le disait autrement. On se fait que très très rarement des relations durables dans ce milieu, au point où on se demande si le qualificatif de gay n’est tout simplement pas une ironie. C’est une vie sombre qui défile sous nos yeux. Tout ça parce que même en 2020 on est dans la tolérance et non dans l’acceptation. D’être au ban de la majorité qui croit qu’elle détient la vérité des choses, laisse des traces. C’est ce dont il est question ici, des épines de vie.

 Des dick pics sous les étoiles Pierre-André Doucet. Prise de parole 365 p.   

 

 

 


Collage d’études sur la loi 21

La loi 21, celle qui proclame la laïcité de l’État québécois continue de faire des vagues. Et dans la foulée de cette agitation, pour beaucoup intellectuelle, voici un ouvrage qui a la qualité de recenser tous les courants d’opinions à ce jour. Modération ou extrémisme ? est sous la direction de Leila Celis, Dia Dabby, Dominique Leydet et Vincent Romani. Ce sont tous des regards critiques. C’est une recension multidisciplinaires qui permettra au lecteur de se forger une opinion personnelle éclairée face à tous ces enjeux.

Modération ou extrémisme ? Collectif. Les Presses de l’Université Laval 257p.     www.pulaval.com

 

 

 


Tout sur l’affaire Epstein

C’est une affaire criminelle des plus mystérieuses avec un haut degré d’opacité tellement elle implique des noms connus de la planète, on parle évidemment de L’affaire Epstein. Ce Jeffrey Epstein amateur de jeunes nymphettes qui organisait des orgies dans ses propriétés, compromettant des personnalités mondiales qu’il filmait à leur insu pour ensuite les faire chanter. C’est en gros la sombre trame de cette histoire singulière avec cette mort mystérieuse de l’intéressé dans sa cellule, alors qu’il se serait pendu, dans un contexte de surveillance pénitentiaire extrême ? On avance même l’hypothèse qu’il ait été évacué de geôle. Tous les fantasmes sont permis. Et parlant de fantasmes l’enquête complète que nous livre Dylan Howard avec ses collaborateurs Melissa Cronin et James Robertson nous dit tout des goûts particuliers des invités en matière de sexe. Epstein avait organisé une véritable traite des lolitas. Un chapitre est consacré à son plus illustre bénéficiaire le prince Andrew fils de sa Majesté la reine Elizabeth, qui depuis la divulgation de ses liens avec le sulfureux personnage est mis au ban des activités royales. On lisait à droite et à gauche dans la presse des faits divers sur cette saga pédophile. Cet ouvrage a le mérite de faire le point sur tout ce que l’on sait à présent car l’enquête n’est pas encore terminée, des complices devront être entendus dans les années à venir.

L’affaire Epstein Dylan Howard, Melissa Cronin et James Robertson. Le jardin des Livres 277p.      www.lejardindeslivres.fr

 

 

 


Liaison homosexuelle trouble à Venise

Donna Leon n’a pas à chercher bien loin pour alimenter les intrigues de son limier fétiche le commissaire Brunetti. En effet, cette ressortissante américaine vit depuis trois décennies dans la Cité des Doges, la Sérénissime Venise. C’est là qu’elle campe son dernier opus qui fait voir le beau-père de l’enquêteur qui vient voir ce dernier, très soucieux. C’est qu’un de ses amis, de la haute société vénitienne, a le projet d’adopter...son amant dans le but avoué d’en faire le bénéficiaire de tous ses biens après son décès. Et le proche parent a des doutes sur la moralité de l’amant en question. Brunetti réfléchit à la question un peu, n’aimant pas trop associer vie professionnelle et familiale. Mais il n’aura pas trop de temps à perdre, le père de substitution mourra foudroyé d’une part et quand une amie viendra lui rendre les derniers honneurs, on la retrouvera étranglée dans son hôtel. Voilà du pain sur la planche. Une histoire sur fond d’homosexualité a toujours du piquant. Et dame Leon sait assaisonner.

Quand un fils nous est donné Donna Leon. Calmann Levy 322p.    www.calmann-levy.fr

 

 

 


Entre le film et la réalité

Il était une fois un américain d’origine asiatique qui se voit prendre le relais d’un Bruce Lee au grand écran. Willis va se rendre compte qu’il y a à Hollywood une marge entre le rêve et la réalité. C’est ce que raconte Charles Yu qui est bien au fait du quotidien quand on est sino-américain et que l’on vous catalogue. Son Chinatown intérieur se présente à la fois comme un roman et un scénario de film dialogué. Une démarche assez singulière en littérature. C’est la version “bridée” du rêve américain. Nous vous laissons le soin de connaître le dénouement de ce qui arrivera à Willis. Chausseras- t-il les souliers de ses idoles des arts martiaux ?

Chinatown intérieur Charles Yu. Aux forges de Vulcain 274p.    www.auxforgesdevulcain.fr

 

 

 


De la Biélorussie à l’Île-d’Orléans

Martine Dorval s’intéresse à la chose internationale. Pour son deuxième roman Le garçon de Minsk elle nous raconte l’histoire d’un orphelin placé en institution en Biélorussie. Il y demeurera jusqu’à l’âge de sept ans. Après quoi, victime des effets de l’accident nucléaire de Tchernobyl, il sera adopté par une famille de l’Île-d’Orléans. Il va grandir mais sera continuellement taraudé par la question de ses origines. Car il n’a aucun souvenir antérieur à ses sept ans. Grâce au contact d’une scientifique de haute volée d’origine biélorusse travaillant dans une université montréalaise, il va remonter la filière. En cours d’investigation va surgir un dénommé Carl Neumann qui prétend tout savoir de ses origines. Pourquoi lui, sait-il ? Voilà des allures de thriller psychologique. C’est rondement bien mené.  La romancière précise que bien que ce soit un roman, des détails par contre sont véridiques.

Le garçon de Minsk Martine Dorval. Éditions Charlevoix 248p.   www.shistoirecharlevoix.com

 

 

 


 Poésie sur du temps emprunté

Bertrand Tremblay est un artiste visuel multidisciplinaire et aussi poète. Il a conscience de son éphémère condition de terrien, et veut prendre tout le temps de savourer ce qui lui reste de son passage terrestre présent et futur. Il sait, lui le sensible et plus que tout, que nous vivons sur du temps emprunté. Et le voilà qui nous arrive avec un cinquième recueil de poésie  Toucher terre. Parfois on trouve des accents métaphysiques. Extrait “la couleur du feu qui nous brûle celle de nos âmes inassouvies des géants cosmiques ont propulsé loin le souhait de notre être qui ne désirait pas commencer” et soutenu par des illustrations de l’auteur artiste. Notons le soin jaloux que la maison d’édition a apporté pour l’ouvrage, lui offrant un bel écrin à la hauteur du contenu.

Toucher terre Bertrand Tremblay. Éditions Charlevoix 85p.      www.shistoirecharlevoix.com

 

 



 


Le coin Miam miam

Sara Girard sait à quel point faire la cuisine peut être contraignant, elle qui a quatre enfants à nourrir et sans doute un conjoint. Alors plus qu’une autre, elle a donc appris à se tirer d’affaires, en nourrissant bien son monde avec de la cuisine du coeur et en toute simplicité. Notamment avec la cuisine végane dont elle nous livre 100 recettes dans One pot végane chez Broquet. Celle qui est aussi blogueuse propose 100 recettes inédites. Au passage sa conversion au monde végétarien, est venu d’une soudaine conscientisation  de la souffrance animale. En même temps, elle voulait préserver le patrimoine de la bonne cuisine familiale. On évoquait plus avant la simplicité, quoi de plus basique qu’un macaroni  tofu fumé et tomates. Ou encore un ragoût de pois chiches et de légumes en sauce brune. Dire que tout ça est santé est un euphémisme. De quoi requinquer une énergie en panne.

Puis un livre de recettes que l’on n’attendait mais alors pas du tout La cuisine des suffragettes publié au Marchand de feuilles. Un ouvrage qui a 105 ans d’âge et qui avait été établi comme produit de ventes pour soutenir la cause des suffragettes, ces féministes de la fin du XIXème et du début du XXème siècle. Comme cet ouvrage était destiné au grand public et dans un contexte où l’argent ne courait pas dans les rues, on trouve fatalement de simples et bonnes recettes. Comme la manière de réaliser un plum-pudding, des croquettes de carottes et étonnamment un rôti...végétarien! (des suffragettes étaient déjà  végétariennes avant l’heure), un soufflé de patates douces rapide, etc.  Et chose amusante, elles avaient la dent sucrée, car que de suggestions d’affriolants desserts. Bref, un vieux grimoire à tenir à portée de main dans sa bibliothèque culinaire.

 

 

 


Du André-Philippe Côté inspiré et inspirant

Nous avions tous hâte de voir comment le caricaturiste du Soleil allait s’approprier le fameux Coronavirus-19 qui empoisonne nos existences plus encore que notre métabolisme. Eh bien il nous est servi en pleine couverture de sa vingt-troisième édition De tous les...Côté. En effet, le communiqué accompagnant sa sortie nous apprend que ce dessin inspiré par le fameux Petit prince de Saint-Exupéry a été retenu par le quotidien français pour illustrer un dossier  sur le sujet de la pandémie. Jolie reconnaissance d’un satiriste qui a ses lettres de noblesse depuis longtemps. Et bien qu’il passe en revue sa vision de l’actualité, ses flèches percutantes concernent le Coronavirus. Et comme on en rit, ça allège un peu notre fardeau.

De tous...Côté André-Philippe Côté. Les éditions La Presse 151p.    www.editionslapresse.ca

 

 

 


Enfants et ados lâchez le téléphone mobile et prenez le marteau

Quelle excellente idée de Stéphanie Lévesque que cette initiation aux travaux de rénovation. Quand on pense que les jeunes décrochent majoritairement, rendu en secondaire III blâmant le système de ne leur enseigner que des trucs comme l’algèbre dont ils ne se serviront jamais dans leur vie. Tandis que dieu sait si on doit avoir recours au marteau ou à la scie. Encore faut-il savoir comment s’en servir. Le contenu du livre qu’elle consacre au sujet Génération marteau devrait être inscrit de manière obligatoire au programme du Ministère de l’éducation. On aurait sans doute moins de cancres. Bref revenons au contenu de l’album sur des photos de Nadine Trudel et des dessins distrayants de Jeanne Lemay qui a tout juste 17 ans et au talent prometteur. L’auteure et menuisière accomplie le dit “L’autonomie manuelle est une richesse”. Qu’est-ce qu’elle a raison. Adulte on épargnerait bien des honoraires de rénovateurs si on savait soi-même quoi faire. Le graphisme du livre est judicieux, ludique et à la fois éducatif en diable puisque dans les premiers chapitres on passe en revue les outils de base et leur utilité. Même des adultes auront intérêt à venir jeter un coup d’oeil. Comme nous les membres de notre rédaction, tellement peu habiles dans le domaine.  Il n’est jamais trop tard pour apprendre.

Génération marteau Stéphanie Lévesque. Les éditions La Presse 172p.   www.editionslapresse.ca

 

 

 


Le coin BD

C’est d’abord d’un manga dont il est question signée Haru Aoi Ça reste entre nous” aux éditions Kana. Car en matière de moeurs sexuelles, le Japon transgresse bien des limitations que s’est donné l’occident concernant le rapport avec des personnes mineures. Et ce manga, prévu en trois tomes, narre l’émoi qui s’empare d’une présidente d’association d’élèves qui s’éprend d’un garçon plus jeune qu’elle. Il est vrai que ce dernier est mignon comme tout. A croquer, sinon dévorer.

Puis chez Dargaud c’est le troisième volet de Retour sur Aldébaran qui clôture le cinquième cycle des “Mondes d’Aldébaran” que signe Leo ce génial bédéiste français d’origine brésilienne et maître incontesté de la fiction. Dans cette saga inextricable qui nous mène sur tant de planètes, nous retrouvons le duo de Kim et Marion et faisons connaissance avec les Tsaltérians qui auraient des ressemblances avec les Terriens. Peut-être Leo a- t-il sa petite idée sur la présence d’extraterrestres ? En tout cas, faute d’avoir cette certitude, on est amené à une succession d’exotismes, autant d’évasions qui est une véritable récréation pour les esprits.

 

 

 


Sur un des pères du Big bang le chanoine Georges Lemaître

En général on associe le nom de Stephen Hawking comme le découvreur du Big bang. En réalité il est surtout le contributeur de l’existence des trous noirs qui marqueraient en somme la fin du parcours débutant par le Big bang. Mais l’un des grands architectes du commencement du monde est un prêtre belge, grand cosmologiste qui enseigna durant toute sa carrière à l’Université catholique de Louvain. Grâce à une présentation et une édition critique de Jean-René Roy on ressort des conférences que le savant extra planétaire a livré en cours de vie. Ces exposés ont le grand mérite d’être d’une grande vulgarisation. Et heureusement, car s’il y a une chose complexe c’est bien la relativité dans le cosmos. Lemaître aimait la vie, la photo (quand il n’oubliait pas, distrait de recharger son appareil), la bonne chaire. Un bon vivant en somme et d’un commerce agréable. Ici on est dans le grand “Il était une fois”. Impressionnant.

La naissance du big bang Georges Lemaître. Les Presses de l’Université Laval 260p.    www.pulaval.com

 

 



 


Deux ouvrages en marge de la pandémie de la Covid-19

Cette pandémie que nous vivons plus ou moins difficilement, engendre déjà sa littérature qui sera le reflet a posteriori, de ce que nous vivons. Deux titres paraissent. A commencer aux éditions Médiaspaul L’âme retrouvée de Jean-François Gosselin. Cet enseignant est passé successivement des mathématiques à la statistique pour finir comme professeur de théologie. Il voit bien comme observateur du temps présent que nous souffrons de l’absence de nos plaisirs habituels. Il y va donc une proposition qui va dans le sens de Jésus qui disait que son royaume n’était pas de ce monde en même temps que nous avons en nous cette parcelle de ce royaume. Donc pourquoi ne pas profiter de ces moments de privations pour approfondir notre intériorité ? C’est la trame essentielle de cette petite plaquette qui s’intéresse à notre âme. En fortifiant notre vie intérieure, peut-être est-ce la solution pour affronter le monde actuel et ses dérives.

L’essayiste ne pensait pas si bien dire, voire écrire, lui qui s’attachait bien avant que la pandémie s’annonce, à  la rédaction de cet ouvrage Quand l’avenir nous échappe sur le thème de comment nous faisons face à des situations apocalyptiques. Et pan, la Covid-19 débarque. Quel momentum pour mettre à contribution sa théorie sur ce paradoxe que face à une catastrophe, on se montre dans un premier temps démuni, l’impréparation en sorte et puis dans deuxième temps, comment nous réussissons à tirer parti du pire pour réinventer. Cette réflexion ne pouvait pas mieux tomber. Qui a tout de même une conclusion à saveur d’espérance. C’est aux éditions Desclée de Brouwer. Sa lecture apaisera à coup sûr bien des tourments qui nous assaillent devant l’imprévu.

 

 

 


De l’opportunité de choisir soi-même de quitter ce monde

Le suicide a été longtemps un tabou mais au vu des trop nombreux suicides au Québec, notamment chez les jeunes, on ne pouvait plus faire l’économie d’une discussion ouverte sur ce sujet. Car si on n’a évidemment pas choisi sa venue au monde, a-t-on au moins légitimement la propriété de choisir le jour de sa fin ? En somme de mettre fin au contrat. Le psychologue Yves St-Arnaud apporte sa pierre à la construction d’une pensée propre avec Rendez-vous avec la mort, titre que s’était octroyé par ailleurs Agatha Christie pour un de ses polars. Il présente le journal d’un septuagénaire qui croit avoir fait le tour du jardin. Tout au long de ces pages il jongle si oui ou non il va passer à l’acte. Il décline tous les motifs qui le justifieraient. En fin d’ouvrage, St-Arnaud laisse le lecteur devenir s’il l’a fait ou pas. Mais les interrogations qui sont celles du protagoniste, beaucoup se les ont posées à un moment donné. C’est interpellant à coup sûr. Un journal court mais qui touche à l’essentiel de la démarche humaine.

Rendez-vous avec la mort Yves St-Arnaud. Liber 150p.    

 

 

 


Un petit peu d’érudition dont on en redemande

Daniel Mendelssohn est un écrivain qui tient en grand respect son lecteur. Au point de lui apporter des nourritures intellectuelles sur un plateau d’argent. Comme avec ces Trois anneaux histoires d’exil  inspirés par le Decameron de Boccace ou un homme voulait gratifier quelqu’un en lui remettant un anneau exclusif. Mais il s’avéra que deux autres individus eurent droit aussi à ses admirations. Qui méritaient bien également de posséder un tel anneau. Alors au lieu d’effeuiller la marguerite à perpète, il va commander à un artisan deux autres années, chacun croyant être en possession d’une pièce exclusive. Ainsi l’honneur était sauf. La métaphore s’applique ici au fait que Mendelsohn aurait pu écrire sur un seul des trois personnages qui mérite son attention, il va carrément s’exprimer sur les trois qui sont Erich Auerbach, philologue, qui fuya l’Allemagne nazie, et à qui l’on doit une étude phare sur la littérature contemporaine; Fénelon l’évêque et tribun qui, pour s’être commis avec Les Aventures de Télémaque, suite en somme de l’Odyssée grecque, encouru le bannissement. Enfin, l’écrivain allemand W.G. Sebald qui de son propre chef prit la route de l’Angleterre, exploitant entre autres justement le sujet du déplacement. On a donc droit à de petits portraits de chacun. De la belle érudition mais paradoxalement à la portée de tous. Qui nous rappelle que nous sommes des nains devant la connaissance. On en redemande.

Trois anneaux Daniel Mendelsohn. Flammarion 180p.   

 

 

 


Tome 2 sur la saga des Ateliers Angus

Le journaliste Gaétan Nadeau complète avec le deuxième tome la grande histoire des Ateliers Angus et la naissance de la Société de développement Angus. Le premier tome couvre de 1885 à 1992 et le second démarre cette dernière année jusqu’à nos jours. Ce vaste chantier de construction de locomotives a été un des fleurons de l’industrie. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, on comptait jusqu’à 12 mille ouvriers. C’était la plus grande usine du genre en Amérique du Nord.  Un fleuron pour le quartier Rosemont. Puis ce fut le déclin. Il faudra attendre la vision éclairée d’un Christian Yaccarini pour faire passer ce vaste ensemble dans l’univers de l’économie sociale aux antipodes des pratiques du grand capitalisme. C’est un succès qui vit la contribution de cerveaux en urbanisme de l’UQAM. Mais si le succès de cette reconversion fait figure de modèle et salué par plusieurs, l’auteur ne cache rien que ce fut la croix et la bannière pour trouver le financement, car économie sociale ou non l’argent demeure toujours le nerf de la guerre. C’est une aventure digne d’un roman.

Angus Tome 2 Un roman social et économique 1992-2020. Gaétan Nadeau. Fides 322p.     www.groupefides.com

 

 

 

Sur l’art de faire la guerre en Nouvelle-France

Doctorant en histoire à l’Université Laval, Michel Thévenin se démarque déjà comme un pro de la chose militaire au XVIIIe siècle. Il tient même à cet effet un blogue historique “Tranchées et Tricornes” qui vaut le détour. Pendant ce temps il nous offre une étude comparée  Changer le système de la guerre qui jette un regard sur le siège en Nouvelle-France 1755-1760. Comment protégeait-on nos forteresses et comment allait-on à l’assaut des autres. Un travail de véritable érudition qui n’exclut pas le plaisir. On apprend qu’en France Vauban préconisait outre l’armée de siège, une armée d’observation qui n’était pas en première ligne, mais comme soutien. Une faction qui n’a été appliquée qu’une seule fois en Nouvelle-France. Ceux qui aiment les stratégies militaires sont ici servis sur un plateau d’argent.

Changer le système de la guerre Michel Thévenin. Les Presses de l’Université Laval 216p.    www.pulaval.com

 

 

 


Sur la valeur de s’accorder et l’admission de la justice pour chacun

De doctes théoriciens sont encore à se demander si fondamentalement l’homme est bon. D’autres comme John Rawls accorde à l’homo sapiens un sens intrinsèque de la justice sociale. Et qu’il est en phase avec des principes de justice pour lesquelles il est prêt à s’arrimer. Le sociologue Michel Forsé, directeur de recherche au CNRS et Maxime Parodi sociologue également est chargé d’études à Sciences Po. ont décidé de confronter Rawls grâce à une méthodologie empirique. L’épreuve des faits. Avec pour objectif de mieux saisir ce qui fait le ciment des sociétés libérales et démocratiques. En somme, comment les hommes font le choix de s’accorder entre eux.

Le sens du juste Michel Forsé et Maxime Parodi. Les Presses de l’Université Laval  316p.      www.pulaval.com

 

 

 


Meurtre à l’université

Est-ce une tendance mais nos universités deviennent depuis quelque temps le terrain de jeu des auteurs de polars. C’est vrai que ces maisons de haut savoir sont aussi le théâtre de bien des rivalités entre direction et corps professoral, entre directeurs de départements, entre élèves et profs. Ce peut être un terrain miné. C’est le cadre qu’a choisi Michel Hébert pour son roman Le compas au cours duquel il y aura un meurtre à l’Université américaine d’Égypte. Un des trois titulaires du département de mathématiques a été retrouvé raide mort avec un compas planté dans la poitrine. Instrument qui donne son titre à l’ouvrage. Et le compas en question appartenait à l’un des deux autres confrères. Va s’enclencher une enquête qui prendra de grandes proportions mais avec des égarements de conduites et des petits secrets qui vont freiner la justice. L’auteur qui connaît bien le milieu pour avoir enseigné à l’Université américaine du Caire en connaît un rayon sur les magouilles qui peuvent opérer dans un tel pays.  Un excellent travail dans ce genre littéraire.

Le compas Michel Hébert. La Plume d’Or 198p.     www.editionslpd.com

 

 

 


Nostalgie quand tu nous tiens

Nous avons pris cette phrase clichée qui illustre mieux que tout le propos de Michel Winock avec Ces jours anciens. Il semble d’entrée de jeu que l’écrivain est effaré devant le temps qui passe, qui efface des choses, quand ce ne sont pas des lieux physiques qui disparaissent carrément. Ce banlieusard de Paris pour ce qui est de ses premières années de vie, a décidé de faire un retour en arrière, non pas par passéisme du genre que c’était mieux avant. A cet effet d’ailleurs il rappelle en fin d’ouvrage que seuls un tiers des français disposaient de W.C. intérieurs en 1954. C’est surtout par devoir de mémoire pour qu’on n’oublie pas. En même temps, ceux de la présente génération on un bon mémorialiste en sa personne qui donne effectivement le climat qui régnait entre la fin de l’Occupation et avant les trente Glorieuses.

Jours anciens Michel Winock. Gallimard 190p. 

 

 



 


Le coin spiritualité

Il est de ces belles histoires de fin de vie qui méritent d’être racontées. Surtout si elles concernent de jeunes personnes qui hélas pour cause de maladie, vont devoir quitter ce monde. Comme cette Carlotta Nobile morte à vingt-quatre ans d’un cancer. C’était une brillante violoniste italienne promise à un bel avenir. C’est durant sa lutte contre les métastases qu’elle accueilli le message du pape François lorsque celui-ci exhorte à porter la Croix dans la joie. Ce message papal a eu une résonnance chez elle. De sorte qu’elle a enduré tous ses traitements sans se plaindre, voulant apaiser les inquiétudes de sa famille. Elle avait eu une dévotion pour la Vierge Marie. Elle nous a quitté en juillet 2013. Filomena Rizzo ancienne vice-présidente de l’Action catholique diocésaine et professeure de théologie et l’abbé Paolo Scarafoni du diocèse de Bénévent racontent ce parcours de Foi unique en son genre, surtout de nos jours dans ce très beau livre Carlotte Nobile en un instant, l’infini aux éditions Artège.

Chez le même éditeur, c’est un bon curé d’Aix-en-Provence Fabrice Chatelain qui tente de donner un éclairage au moyen des Saintes Écritures sur ce qui nous attend dans l’Au-delà. Nous irons tous au paradis l’emprunte à une chanson populaire. Il a été beaucoup question de sa contrepartie l’enfer. Existe-t-il ? Beaucoup d’anticipations métaphysiques qui nous font perdre quelques cheveux parfois. Le pasteur puise donc dans les Évangiles et autres textes de même qu’il a recours parfois au mode questions réponses. On appréciera la simplicité du propos, tout sauf dogmatique. Il laisse une chance à l’être humain.

Les trois prochains ouvrages sont publiés aux éditions Accarias. Jean Klein pour débuter avec Ouvert à l’inconnu. C’est une réédition de ce maître de sagesse (1912-1998) qui portait la double casquette de médecin et de musicologue. Branché sur l’hindouisme, il était transmetteur de la non dualité de l’être. Il a milité toute sa vie pour que nous ne soyons pas autre chose que nous-même. Inutile de vous dire qu’il était à l’opposé du formatage des vies voulu par les sociétés. Et son enseignement ne se réfère à aucune religion, sinon celle de la vérité de soi. Pour ce livre il avait opté pour la forme questions-réponses plus dynamique et moins encombrante qu’un traité philosophique. Aux interrogations simples il offre des réponses qui le sont aussi.

Un autre qui nous a quitté, pétri également de sagesse c’est Arnaud Desjardins disciple du courant tibétain. Mort en 2011 on a publié de lui à titre posthume les Lettres de Desjardins à ses élèves qui porte le titre actuel En communion avec vous. Cette correspondance s’étend de 1984 à l’année de sa disparition. Son maître était le Svâmi Prajnânpad. Desjardins avait un grand mérite, il répondait rapidement à ses correspondants aussitôt leurs lettres arrivées. Il ne faisait pas dans la procrastination. Ces échanges épistoliers sont en quelque sorte un bel héritage de la concision de sa pensée. Le matériel spirituel qu’on y trouve est plus approfondi va sans sire que dans le genre précédent de Klein qui répond à chaud aux interrogations. Desjardins a le temps de peaufiner sa spiritualité. Ce dernier savait répondre concrètement aux questionnements sur la difficile condition humaine.

Et puisque nous venons d’évoquer le maître à penser d’Arnaud Desjardins, voici judicieusement La grandeur de l’homme de Svâmi Prajnânpad un ensemble de citations commentées des Upanishad et autres histoires. C’est Roger-Pol Droit qui préface l’ouvrage. Ce qui est bien ici, c’est que le gourou qui prend ses distances avec les religions avilissantes concernant la dignité humaine, se sert beaucoup de paraboles, un peu comme le faisait Jésus en son temps, pour faire passer un message. Pas de grandes théories, seulement de petits exemples inspirés du quotidien. Si son message nous parvient jusqu’à ce jour c’est grâce au travail d’édition de Daniel et Colette Roumanoff. Ces trois bouquins ne peuvent être sur le marché mieux que présentement, nous qui, pour cause de pandémie devons supporter des périodes de confinement. L’occasion en or de faire un repli sur soi et de travailler sur son intériorité. Voici trois belles opportunités de le faire. Il n’y a pas de mal à se faire du bien.

 

 

 


C’était dans son autre vie

Que ce soit dans une réincarnation, un phénomène transgenre ou un dédoublement de vie, toujours est-il qu’il se peut que l’on ait commis un ou des actes répréhensibles qui viennent nous rattraper. C’est le cas ici de Manon le personnage central de Montjoie de Michel Ouellette qui est taraudée par l’idée que du temps où elle se trouvait à Las Vegas elle aurait commis un homicide. Puis en ce temps là elle n’était pas Manon mais Gerry Durocher! Ça vous titille lecteur éventuel ? Effectivement c’est intrigant en diable, relevant d’une sorte de thriller psychologique. Ce que le cerveau peut se mettre à perdre le nord parfois. Un excellent roman où l’auteur vampirise l’esprit de Manon et nous fait partager ses tourments. Avait-elle raison de s’en faire autant. Allez lire vous verrez.

Montjoie Michel Ouellette. Prise de parole 154p.     www.prisedeparole.ca

 

 

 


Le coin santé physique et psychique

C’est un autre titre fort instructif qui sort dans cette jeune collection prometteuse « L’épreuve des faits » chez Fides sous la direction de Stéphane Labbé. Il s’intitule La sexualité des jeunes au Québec. Si on s’interroge à quoi ressemble la libido de nos jeunes à l’ère de l’hypersexualisation, vous serez étonné des résultats. Le fonds de commerce de l’homo sapiens de chez nous demeure pas mal semblable avec le même niveau d’embarras. Peut-être seule l’éclosion plus ouverte de l’homosexualité change la donne par rapport aux générations antérieures. Mais pour ce qui est des relations garçons et filles, ça demeure véritablement deux planètes. La beauté de l’exercice c’est qu’on vous livre la vérité des choses. Vous avez un parfait tableau de la situation qui éclairera beaucoup de parents.

Chez l’éditeur Éveil un ouvrage anatomique qui fera de vous un incollable pour tout ce qui touche à la musculature. Anatomie des muscles du corps humain de Chris Jarmey passe en revue chacun des muscles qui nous composent. C’est fascinant de voir l’étendue de ceux-ci. Pour illustrer le tout, de formidables planches en couleurs. Notre guide ne se contente pas de les reproduire, il les commente. Ainsi nous saurons à quoi rime le positionnement musculaire. Comme méthode didactique on ne fait pas mieux.